Rome: Jean Paul II prêt à se rendre à Moscou avant la fin de l’an 2000
Rome, 28 mai 2000 (APIC) Le pape Jean Paul II est prêt à partir pour Moscou avant la fin de l’an 2000 s’il reçoit une invitation officielle du patriarcat orthodoxe russe. Le chef de l’Eglise catholique devrait recevoir une invitation à venir en Russie de la part du président russe, Vladimir Poutine, attendu au Vatican le 5 juin prochain. Il n’est pas exclu que Poutine soit porteur d’une invitation du patriarche Alexis II.
D’une manière ou d’une autre, une invitation du patriarcat orthodoxe de Moscou pourrait parvenir prochainement au Vatican. Jean Paul II se montre prêt, en ce qui le concerne, à partir pour la Russie avant même la fin de l’an 2000. La date de sa rencontre avec Alexis II pouvant avoir alors une grande signification symbolique.
Jusqu’à présent, les tentatives de rencontres entre Jean Paul II et le patriarche ont échoué à deux reprises, les orthodoxes se refusant au dernier moment d’en permettre l’organisation, envisagée d’une part en Hongrie, où le pape se rendait les 6 et 7 septembre 1996, et d’autre part près de Vienne le 21 juin 1997, au moment du deuxième rassemblement oecuménique européen de Graz.
La question uniate et le problème du prosélytisme
Les raisons alléguées pour repousser une telle rencontre étaient surtout, jusqu’à présent, le conflit en Ukraine entre les orthodoxes dépendant du patriarcat de Moscou et les communautés gréco-catholiques. Ces dernières, interdites sous Staline en 1946, réclament la restitution depuis leur renaissance officielle en 1991 des églises confisquées par le régime communiste et remises à l’Eglise orthodoxe.
Par ailleurs, le patriarcat de Moscou se méfie au plus haut point de l’activité missionnaire des catholiques dans les anciens pays soviétiques, qu’il définit comme du prosélytisme, et de la renaissance de l’Eglise catholique en Russie, qui a développé des activités pastorales en direction de fidèèles catholiques déportés au-delà de l’Oural lors des vagues de répression staliniennes.
Commission mixte de dialogue entre évêques grec-catholiques et orthodoxes ukrainiens
Quelques pas ont toutefois été franchis ces derniers mois en vue d’une meilleure compréhension entre les deux Eglises. Une commission mixte de dialogue, comme celle qui existe déjà en Roumanie depuis octobre 1998, a été créée entre les évêques grec-catholiques ukrainiens et les évêques orthodoxes ukrainiens dépendant de Moscou, pour s’efforcer de résoudre localement leurs contentieux concernant les biens des Eglises. Cette commission a été approuvée dans son principe par le patriarche Alexis II en novembre 1999, alors que le cardinal Edward Idris Cassidy, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, s’était rendu à Moscou pour lui en parler. Sa mise en place laisse espérer suffisamment de fruits positifs pour qu’un voyage de Jean Paul II puisse même être envisagé en Ukraine au cours de l’année 2001.
En attendat, le 28 février 2000, le métropolite orthodoxe russe de Smolensk, Kyrill Vladimir Gundjajev, président du Département des relations extérieures de l’Eglise russe, est intervenu à Turin, dans le cadre d’un colloque sur l’orthodoxie dans les sociétés de l’Europe orientale, sur la question de l’activité des prêtres catholiques étrangers en Russie. «Nous étions affaiblis par 70 ans d’oppression communiste, a-t-il expliqué. Les missionnaires occidentaux sont arrivés bien organisés, avec de l’argent à la pelle, et achetaient littéralement les âmes des fidèles. (…) Nous avons eu peur de ne pas y arriver, d’être effacés. Mais c’est dans la faiblesse que se manifeste la force, a ajouté l’évêque orthodoxe. Aujourd’hui, nous n’avons plus peur des missionnaires».
S’il ne se montrait pas très optimiste quant à la date d’une visite du pape en Russie, le métropolite Kyrill affirmait toutefois que «la rencontre entre le pape et le patriarche de Moscou est un événement fondamental». «C’est le dernier moyen pour combattre les maux de ce monde et les problèmes d’aujourd’hui, et c’est une nouvelle page de l’histoire chrétienne, ajoutait-il. Nous ne pouvons pas nous permettre d’échouer».
Rencontre catholique-orthodoxe en juillet à Baltimore
Le progrès des relations entre les deux Eglises apparaît par ailleurs dans la convocation au mois de juillet prochain, à Baltimore aux Etats-Unis, de la «Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe», qui ne s’était plus réunie depuis 1993. D’abord prévue en juin 1999, cette réunion avait dû être annulée dès le mois d’avril précédent, officiellement à cause de la guerre du Kosovo, mais aussi à cause du problème ukrainien non résolu. En juillet 2000, elle devrait rassembler en revanche des représentants de toutes les Eglises orthodoxes. D’ores et déjà présentée par le Conseil pour l’unité des chrétiens comme un «événement majeur», elle est également l’objet d’un intérêt attentif de la part de l’Eglise orthodoxe russe.
Enfin, le patriarcat de Moscou, en se montrant prêt à se mettre d’accord avec le gouvernement russe sur un voyage du pape en Russie, souhaite apparemment sortir de l’isolement dans lequel il s’est trouvé à la suite de la visite de Jean Paul II en Roumanie, en Géorgie, et à Jérusalem, lorsque le pape a été reçu par les patriarches orthodoxes locaux. Il semble prendre acte des résultats plutôt positifs de ces voyages, tandis qu’il cherche en même temps une aide pour lutter contre la sécularisation de la Russie, qui accompagne l’arrivée du libéralisme occidental.
Le 15 décembre 1999, le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, qui venait de rencontrer à Moscou le patriarche russe, avait commenté positivement sa visite sur Radio Vatican. «Il se prépare quelque chose avec Alexis II», avait-il affirmé, soulignant même que les préparatifs pour une rencontre entre Jean Paul II et le patriarche de Moscou «pourraient commencer vers la fin du grand Jubilé».
Visite de Vladimir Poutine au Vatican le 5 juin
En attendant, la visite de Vladimir Poutine au Vatican sera la cinquième visite d’un président russe chez Jean Paul II, après celles de Mikhaïl Gorbatchev le 1er décembre 1989 et le 18 novembre 1998, et de Boris Eltsine le 20 décembre 1991, et le 10 février 1998. Tous les deux avaient déjà invité le pape en Russie. Jean Paul II pour sa part tient beaucoup à être invité spécialement par le patriarcat orthodoxe de Moscou avant d’accepter toute proposition.
Le pape reçoit régulièrement à dîner de façon officieuse des membres de l’Eglise orthodoxe russe, et a le projet depuis quelques mois d’offrir une église de Rome aux orthodoxes russes. Il s’agit de Saint Basile, la chapelle d’un ancien noviciat, actuellement non utilisée, située au centre de Rome et possédant une belle iconostase. On sait par ailleurs que Jean Paul II lit tous les jours quelques pages de russe – pour ne pas l’oublier -, dans une Bible que lui a offerte Boris Eltsine au cours de l’une de ses visites. (apic/imedia/be)
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