Soudan: Après 16 mois dans les prisons de Khartoum, le Père Hilari Boma témoigne

« Le problème de ma souffrance ne s’arrête pas avec ma libération »

Khartoum/Rome, 30 mai 2000 (APIC) Arrêté par les autorités soudanaises en été 1998, relâché en décembre 1999, le Père Hilari Boma témoigne aujourd’hui de sa détention, et du climat qui règne au Soudan. Après 16 mois de détention pour une prétendue « participation à des attentats », le Père Borna se repose aujourd’hui en Allemagne. L’agence missionnaire romaine Fides. Interview.

« Le problème de ma souffrance ne s’arrête pas avec ma libération, parce que l’Eglise continue à souffrir », assure le Père Hilari Boma, l’un des deux prêtres arrêtés par le régime de Khartoum en été 1998, et relâché en décembre 1999 grâce « au pardon présidentiel ». Le Père Boma n’aime pas parler des mois qu’il a passés en prison, même s’il laisse entendre qu’ils ont été difficiles. Rappelons que 5 des 26 personnes arrêtées avec lui ne sont pas sorties vivantes de ce drame.

Le Père Boma, âgé de 59 ans, a été arrêté à la fin du mois de juillet 1998; 25 autres personnes ont été arrêtées en même temps que lui, dont un autre prêtre, le Père Lino Sebit, âgé de 31 ans. Ils étaient tous accusés d’avoir participé aux attentats à la bombe à Khartoum le 20 juin 1998. Les deux prêtres ont été libérés le 6 décembre 1999. A présent, le Père Boma se trouve en Allemagne pour se remettre. Avant d’être arrêté, il avait été pendant vingt ans responsable des rapports entre l’Eglise et le Gouvernement, et il était chargé des rapports avec les musulmans. En tant que prêtre, dit-il le problème de la souffrance ne s’arrête pas avec ma libération. Pourquoi?

Père Boma: Parce que l’Eglise continue à souffrir, elle est abandonnée par le monde, elle n’existe pas dans les plans des grands mouvements internationaux. Les intérêts des grandes nations semblent plus importants que notre souffrance. Notre vie est la continuation de la Croix. Dans plusieurs cas, la fin de cette souffrance est drastique, elle se termine par la mort. Parfois, comme dans mon cas, elle se résout de manière providentielle, avec la sortie de prison. Mais la souffrance reste. Pendant vingt ans, comme représentant de l’Eglise dans le dialogue avec les musulmans, et comme lien entre l’Eglise et le gouvernement, j’ai vécu la situation terrible d’un peuple qui souffre et qui est abandonné.

Votre libération n’est cependant pas intervenue avec la reconnaissance de votre innocence…

Père Boma: En effet, il n’y a pas eu absolution et pleine reconnaissance de l’innocence. Un jour, on nous a emmenés hors de la prison, on nous a convoqués, et le Président Bachir nous a dit: « Oublions le passé! dans ce climat de paix et de détente politique et religieuse, je vous libère ».

Le président Bachir, avec la dissolution du Parlement et l’élimination de Tourabi, semble vouloir mettre à l’écart l’idéologue fondamentaliste…?

Père Boma: Je ne vois rien de positif en cela, ni pour le Soudan, ni pour la population. Ce sera positif pour les puissants, parce qu’ils luttent pour le pouvoir. Mais leurs affrontements ne sont pas dictés par l’intérêt du peuple et des fidèles. Il en va ainsi depuis quarante ans. Les luttes politiques de Khartoum se font par intérêt du pouvoir. Et puis, Tourabi continue à avoir une grande influence. Il dirige ses partisans comme auparavant.

Il n’y a eu aucune amélioration durant les derniers mois ?

Père Boma: La situation ne s’améliorera jamais si nous attendons des changements de l’intérieur. Les Soudanais ne sont pas parvenus à se procurer la paix dans les quarante dernières années; je ne crois pas qu’ils puissent y parvenir dans les dix prochaines années. Tant que Khartoum, donc le Soudan, regardera vers le Moyen-Orient et non pas vers l’Afrique, et continuera à se considérer comme étant arabe avant d’être africain, le Soudan sera contre le christianisme, et on ne résoudra pas les problèmes. Le gouvernement, militaire à présent, pourrait peut-être commencer à résoudre quelque chose. Mais il faut une intervention extérieure.

A savoir ?

Père Boma: Tout d’abord il est absolument nécessaire de ne plus donner d’armes au Soudan. Il faut l’entrée d’une force: ONU ou OUA. La présence d’une force armée est nécessaire dès lors qu’il convient de faire cesser la lutte entre deux personnes qui se battent, de les séparer. Malheureusement, de nombreux pays occidentaux défendent leurs intérêts, et ils ne pourront aborder les problèmes que le gouvernement du Soudan ne parvient pas à résoudre.

Retournerez-vous au Soudan ?

Père Boma: Pour l’instant, c’est difficile. Mais j’espère y retourner à tout moment comme prêtre. (apic/fides/pr)

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