Le président Obasanjo lance un appel à la tolérance

Nigeria: Introduction de la charia, la loi islamique, dans un second Etat fédéral

Lagos, 30 mai 2000 (APIC) Malgré les tensions interreligieuses sanglantes causées par l’introduction de la loi islamique dans l’Etat fédéral de Zamfara, au nord du Nigeria, un second Etat fédéral, Sokoto, a adopté la charia lundi. Le président nigérian Olusugen Obasanjo a pour sa part lancé un appel à la tolérance. L’application de la loi islamique est perçue comme une grave menace par la population chrétienne du pays.

Suite aux affrontements entre chrétiens et musulmans – qui ont déjà fait plusieurs milliers de morts depuis le début de l’année au Nigeria – les gouverneurs des Etats fédéraux du nord, peuplés majoritairement de musulmans, s’étaient mis d’accord avec le gouvernement fédéral à Lagos en février dernier pour suspendre toute introduction de la législation islamique. Selon la Constitution, le Nigeria, dont la proportion de chrétiens et de musulmans est équivalente, est un Etat laïc.

Malgré cet accord, les autorités de Sokoto, centre historique de l’islam au Nigeria, ont déclaré qu’elles ne pouvaient plus revenir en arrière sur leur promesse, après avoir annoncé l’adoption de la charia. Le gouverneur Attahiru Bafawara a nommé 43 juges islamiques, les « Alkalis », pour présider les nouveaux tribunaux islamiques de l’Etat en majorité musulman. La charia prévoit des châtiments comme l’amputation de la main pour les voleurs et la lapidation des femmes adultères.

« L’effusion de sang doit cesser! »

Lundi, au cours d’une parade marquant le 1er anniversaire du retour du pays à un régime civil, le président Obasanjo s’est adressé à la foule en demandant de mettre un terme aux violences ethniques, religieuses et intercommunautaires. « L’effusion de sang doit cesser. Nous allons faire en sorte que cela cesse! », a-t-il lancé dans un appel destiné à la nation. Cette mise en garde intervient au même moment où l’Etat fédéral de Sokoto adoptait formellement la charia, après que le Zamfara l’ait fait en janvier dernier.

Le président a dissipé les craintes que le pays pourrait se désintégrer et éclater en Etats séparés, expliquant la très grande sensibilité des gens au Nigeria au moindre conflit intercommunautaire par le traumatisme de la guerre civile qu’a connue le pays avec la sécession du Biafra à la fin des années 60. La charia a été introduite à Sokoto sans les cérémonies publiques qui avaient accompagné sa mise en œuvre à Zamfara, dans le but d’éviter des troubles.

Prêtre tué à Kaduna

Le projet d’introduire la charia à Kaduna, une ville d’un million d’habitants, a suscité des troubles interconfessionnels qui ont fait la semaine dernière plus de 300 morts. Les deux communautés religieuses s’affrontent depuis le début de l’année suite à la volonté des dirigeants des Etats du nord du Nigeria d’imposer la charia, la loi islamique, dans cette région majoritairement musulmane. En février, plus de 1’000 personnes avaient trouvé la mort dans des troubles à Kaduna.

Lors des dernières émeutes, un prêtre catholique de 26 ans, Clement Ozi Bello, de l’archidiocèse de Kaduna, a été arrêté sur un barrage routier le 23 mai par une foule de jeunes musulmans fanatisés. Son corps mutilé n’a été retrouvé que jeudi dans un canal d’égout. L’information a été gardée secrète jusqu’à la fin des funérailles du jeune prêtre vendredi, afin d’éviter de nouveaux affrontements. Le Père Clement, ordonné prêtre l’an dernier, était curé de la paroisse de Saint-Pierre, à Kawo. Il est né dans une famille musulmane dont la mère venait de se convertir au catholicisme. (apic/bbc/misna/be)

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