Rome: Publication d’un document sur «l’éthique dans les communications sociales»

La liberté d’expression n’est pas « une norme absolue »

Rome, 30 mai 2000 (APIC) La liberté d’expression « n’est pas une norme absolue, incontournable », estime le Conseil pontifical pour les communications sociales dans un document d’une quinzaine de pages, publié le 30 mai 2000 en vue de la Journée jubilaire des journalistes célébrée le 4 juin.

Intitulé « L’Ethique dans les communications sociales », signé par le président du Conseil pontifical pour les communications sociales, l’archevêque américain Mgr John Foley, ce texte énonce brièvement « quelques principes éthiques importants » concernant l’utilisation des médias, après en avoir décrit les aspects positifs et négatifs dans les domaines économique, politique, culturel, éducatif et religieux.

Le fondement de ces principes est que la personne humaine et la communauté humaine doivent être « la fin et la mesure de l’utlisation des moyens de communication sociale ». Ainsi, le document explique par exemple que les moyens de communication sociale ne doivent pas « dresser un groupe contre un autre », que ce soit au nom du conflit entre les classes, d’un nationalisme exacerbé, de la suprématie raciale, ou de la purification ethnique. D’autre part, les médias ne doivent pas être « vulgaires et dégradants ». Il ne suffit pas de dire que les médias reflètent les goûts populaires, peut-on lire. « Ils les influencent également fortement, et ont le devoir de les élever, et non pas de les dégrader ».

« Les médias contribuent souvent aux injustices et aux déséquilibres qu’ils relatent », souligne par ailleurs le document. Le texte déplore ainsi « une sélectivité qui ne peut être justifiée » dans leur description des « souffrances humaines ». Les décisions sur le contenu et les politiques des médias ne doivent pas être prises uniquement en fonction des études de marché, du nombre des ventes ou des indices d’écoute, peut-on lire. Le Conseil pontifical pour les communications sociales condamne ainsi le « néolibéralisme » comme un exemple de système économique dans lequel « les moyens de communication qui devraient profiter à tous sont exploités au profit de quelques-uns ».

La pratique de la presse aux Etats-Unis montrée du doigt

En présentant mardi 30 mai à Rome le document lors d’une conférence de presse, Mgr John Foley a d’autre part déploré que certains leaders politiques – il a donné l’exemple des Etats-Unis -, reçoivent d’importantes contributions de la part de grandes entreprises de communication. « C’est un type de corruption, a-t-il affirmé, qui a une grande influence, non pas sur le bien public, mais sur les élections ».

« Certains hommes politiques sans scrupules utilisent les médias à des fins démagogiques et trompeuses, et pour soutenir des politiques injustes et des régimes d’oppression », relève encore la Conseil pontifical pour les communications sociales. « Même dans les pays aux systèmes démocratiques, il est très fréquent que les dirigeants politiques manipulent l’opinion publique à travers les médias, au lieu d’encourager une participation informée au processus politique ». La solution « ne réside toutefois pas dans un contrôle de l’Etat sur les médias, dit le texte, mais dans une plus ample réglementation, conforme aux normes du service public, ainsi que dans une responsabilité publique plus grande ».

Pour le Conseil pontifical pour les communications sociales, la liberté d’expression n’est donc pas « une norme absolue, incontournable ». « Il existe des cas évidents, explique-t-il, où il n’existe aucun droit à communiquer, par exemple la diffamation, la calomnie, les messages incitant à la haine et au conflit parmi les individus et les groupes, les formes d’obscénité et de pornographie, la description morbide de la violence ». La libre expression, ajoute le document, « devrait toujours respecter des principes comme la vérité, la justice, et le respect de la vie privée ».

Le devoir de discerner

Le document publié le 30 mai stipule par ailleurs que les « destinataires » des informations ont eux aussi le devoir « de discerner et d’être sélectifs », selon « des critères éthiques sérieux », dans leur utilisation des moyens de communication. Les parents et les familles, les institutions, organisations et programmes de l’Eglise, pourraient ainsi se préoccuper davantage d’offrir « une forme continue d’éducation aux médias » qui « aide à éveiller chez les gens le bon goût et un jugement moral authentique ».

Enfin, le document affirme que « les représentants de l’Eglise doivent être honnêtes et directs dans leurs relations avec les journalistes ». Il souligne toutefois que « comme d’autres communautés et institutions, l’Eglise a parfois besoin ­ en fait, elle est souvent obligée ­ d’agir dans le secret et la discrétion, mais non à des fins de manipulation et de contrôle ». Le Conseil pontifical pour les communications sociales invite cependant les représentants de l’Eglise à répondre aux questions des journalistes, même si celles-ci sont « apparemment maladroites » et « parfois embarrassantes ou décevantes ». Ces questions déconcertantes, souligne-t-il en effet, sont souvent posées par la plupart de nos contemporains.

En revanche, le document signale avec fermeté que « personne n’a le droit de parler pour l’Eglise, ou de laisser entendre que c’est le cas, à moins d’y être désigné », et que les opinions personnelles ne devraient pas être présentées comme reflétant l’enseignement de l’Eglise. Interrogé à ce sujet sur le Père Robert Nugent et la Soeur Jeannine Gramick, religieux américains engagés dans une pastorale en faveur des personnes homosexuelles, et dont les positions ont été déclarées publiquement « doctrinalement inacceptables » par la Congrégation pour la doctrine de la foi le 13 juillet 1999, Mgr John Foley a expliqué que l’Eglise « a le droit d’inviter au silence ceux qui affirment parler en son nom lorsque ce n’est pas le cas, surtout lorsque ce qu’ils disent ne reflète pas l’enseignement authentique de l’Eglise ». (apic/imed/pr)

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