Rome: Le sida dévaste l’Afrique, la distribution du préservatif ne suffit pas

S’attaquer aux racines, demande « L’Osservatore Romano »

Rome, 5 avril 20000 (APIC) Face à l’épidémie du sida qui est en train de dévaster l’Afrique, la prévention doit aller au-delà de la distribution du préservatif pour s’attaquer à ses racines sociales, économiques, politiques et morales, écrit Mgr Jacques Suaudeau, médecin travaillant au sein du Conseil pontifical pour la famille. Dans un long article publié le 5 avril dans les colonnes « L’Osservatore Romano », journal officieux du Vatican, le prélat d’origine française rappelle que le 95% des 33,6 millions de personnes atteintes du sida vivent dans le tiers monde.

En 1999, l’UNAIDS, chargé de la question du sida au sein des Nations Unies, a enregistré le nombre le plus élevé de victimes du sida depuis le début de l’épidémie, signale Mgr Suaudeau. Il y aurait eu ainsi en un an 2,6 millions de morts et 5,6 millions de nouveaux cas d’infections. Par ailleurs, 95 % des 33,6 millions de personnes atteintes du sida aujourd’hui dans le monde vivent dans les pays en voie de développement. On en compte 23,3 millions en Afrique sub-saharienne et la plupart mourront dans les dix prochaines années. « L’épidémie du sida est en train de dévaster l’Afrique, conclut Mgr Suaudeau, et met en jeu l’avenir même du continent ».

L’avenir du continent africain est en jeu, l’Eglise catholique n’est pas restée inactive

« Face à cette situation, l’Eglise catholique n’est pas restée indifférente », indique alors Mgr Suaudeau, en signalant son engagement à la fois « discret et efficace » dans ce domaine depuis le début de l’épidémie, à travers ses hôpitaux, ses centres de soin, les paroisses, le service des religieux et religieuses, les organisations locales d’aide aux malades et les groupes de volontaires qui vont les visiter chez eux.

« L’Eglise a été en première ligne de la lutte contre le sida en Afrique », affirme-t-il. Mgr Suaudeau déplore donc certaines « déclarations récentes » parues dans la presse, dans lesquelles l’Eglise catholique est accusée d’être indifférente, irresponsable, ou encore de manquer de sens de la réalité face aux victimes du sida en Afrique, à cause de sa position concernant l’usage du préservatif dans la prévention de la contamination sexuelle.

Le préservatif permet d’enrayer la transmission du sida, mais son efficacité est limitée

Pour Mgr Suaudeau, il faut distinguer, dans la prévention d’une épidémie, les moyens d’ »enrayement » de la maladie, et les moyens de prévention à proprement parler. Le préservatif fait partie des moyens d’’ »enrayer » la transmission sexuelle du sida mais son efficacité est limitée, explique-t-il, les statistiques indiquant près de 15 % d’échecs dans son usage comme contraceptif, alors que le virus du sida est 450 fois plus petit que les spermatozoïdes. On ne peut pas espérer arrêter l’épidémie du sida uniquement avec le préservatif, affirme Mgr Suaudeau, de même que l’on ne peut pas espérer arrêter l’inondation d’un fleuve avec des sacs de terre quand les digues principales sont rompues ».

Changer le comportement sexuel, principal responsable de la diffusion du sida

« Si l’on veut mettre en œuvre une véritable prévention du sida, estime Mgr Suaudeau, il faut convaincre les personnes de changer leur comportement sexuel, qui est le principal responsable de la diffusion de l’infection ». L’épidémie du sida a assumé de telles proportions dans les pays de l’Afrique sub-saharienne parce qu’elle y a trouvé des conditions favorables pour sa diffusion, précise-t-il, à savoir le chômage, la misère, les conditions de vie des réfugiés, les guerres civiles, les défauts des pouvoirs politiques, le manque de structures sanitaires, la corruption, la concentration de populations pauvres dans les grandes villes, et le développement d’une prostitution occasionnelle ou permanente. La condition de la femme en Afrique, soumise à la volonté de son mari, explique par ailleurs en partie pourquoi ce sont les femmes qui sont le plus touchées par l’épidémie.

Agir au niveau des valeurs: encourager l’abstinence sexuelle et la fidélité conjugale

« C’est à l’origine, au niveau social et au niveau des valeurs que la prévention du sida doit agir pour être efficace », conclut donc Mgr Suaudeau. « On peut comprendre que le motif qui pousse les autorités sanitaires à répandre le préservatif parmi les prostituées et leurs clients. Mais la prévention du sida doit aller au-delà, à un autre niveau, en s’attaquant aux véritables racines sociales, économiques, politiques et morales de l’épidémie ».

Pour Mgr Suaudeau, le message de l’Eglise, qui encourage à l’abstinence sexuelle pour les adolescents avant le mariage, et à la fidélité conjugale dans le mariage est « la prévention la plus radicale du sida, celle qui est efficace dans l’absolu et que personne ne peut nier ». « Se limiter à inviter les adolescents à utiliser le préservatif dans leurs expériences sexuelles, affirme-t-il, signifie continuer à alimenter le cercle vicieux sexuel qui est à l’origine de la gravité de la pandémie dans l’Afrique sub-saharienne ». (apic/imed/be)

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