Espagne: Examen de conscience de l’épiscopat sur la guerre civile ?
Madrid, 7 avril 2000 (APIC) Réunis à Madrid en assemblée plénière du 3 au 7 avril, les évêques espagnols ont décidé d’accélérer les procédures en vue de la canonisation des «martyrs» de la guerre civile de 1936 à 1939. Mais une bonne partie de leurs travaux a en effet porté sur l’examen de conscience demandé par Jean Paul II à toute l’Eglise catholique: «Il s’imposait de faire référence à la tragédie de la guerre civile, qui a coûté la vie à tant d’Espagnols». C’est ce qu’a souligné dès l’ouverture le cardinal Antonio María Rouco Varela, archevêque de Madrid et président de la Conférence épiscopale espagnole.
«Dans ce cadre, a expliqué le cardinal Rouco Varela, le souvenir des souffrances endurées a ravivé chez les uns et chez les autres des attentes diverses par rapport au regard ecclésial sur les drames du passé. Aussi l’archevêque de Madrid a-t-il tenu à préciser: «Certains auraient voulu entendre de notre part une justification, voire une glorification de ces faits-là. D’autres ont trouvé que l’Eglise aurait dû s’accuser d’avoir provoqué la rupture de la paix et d’avoir soutenu le régime politique mis en place par les vainqueurs. Nous n’avons voulu faire ni l’un ni l’autre. Il n’aurait été ni juste ni opportun, nous semble-t-il, d’entrer dans des jugements historiques de cette nature.
" Nous avons demandé et nous demandons pardon à Dieu, a poursuivi le cardinal, pour toutes les actions contraires à l’Evangile de la paix et de la miséricorde qui ont été commises de part et d’autre par les Espagnols qui s’affrontaient en ennemis, y compris par des catholiques de toutes conditions; nous avons demandé et nous demandons à Dieu la force et la clairvoyance nécessaires pour que plus jamais en Espagne on n’ait recours à la guerre et à la violence comme moyens de résoudre des problèmes sociaux et politiques. Plus jamais la guerre entre les Espagnols!»
Une exigence première de vérité
L’avenir ne se construit pas sur les falsifications de l’histoire, a poursuivi le président de la Conférence épiscopale espagnole. Les causes de cette guerre civile et ses conséquences sont complexes. Simplifier les faits pour en tirer des avantages politiques ou idéologiques déterminés ne contribue pas à panser les blessures ni à cimenter la paix sur des bases solides, et les seules qui le soient vraiment sont la vérité, la justice, la compréhension mutuelle et le pardon. Le regard que nous portons sur le passé ne vise en aucune façon à nous en rendre prisonniers; il vise à nous libérer de son poids objectif de faute et de péché pour nous ouvrir à un avenir meilleur avec l’aide de Dieu. L’Eglise et les catholiques espagnols ne désirent rien d’autre qu’être des instruments de réconciliation et de paix!». L’évocation de cette période douloureuse de l’histoire espagnole a été pour les évêques l’occasion de plaider pour d’abord la cause de la «vérité».
L’archevêque de Madrid a souligné à ce propos: «La vérité historique est le présupposé fondamental de l’examen de conscience ecclésial. Si les motivations idéologiques ou politiques ne justifient pas la falsification de l’histoire, les considérations historiques ne nous dispensent pas non plus du jugement objectif sur ce qui est contraire à l’Evangile».
Moyennant cette insistance première sur le souci de «vérité», le cardinal a ajouté:» L’engagement pour la vérité ne peut cependant nous mettre en conflit avec la charité. Nous ne devons pas nous croire supérieurs à nos frères du passé ni d’aujourd’hui. Dieu seul est juge de la responsabilité morale subjective, lui seul sait ce que chacun a omis de faire ou a fait de façon coupable. La vérité, c’est l’humilité, et celle-ci est une bonne conseillère de la paix et de la réconciliation. Il ne s’agit pas de chercher des coupables. Encore moins quand des événements historiques sont encore capables de diviser et d’opposer les gens et les peuples à cause des interprétations diverses qu’ils sont susceptibles d’en tirer, ou à cause d’implications personnelles encore récentes».
La famille et la vie
Un autre sujet d’importance a été soumis à l’examen de conscience ecclésial par les évêques réunis à Madrid: «La famille et la vie». Ce sujet est au carrefour d’une série de problèmes posés par l’évolution des moeurs, des valeurs et finalement de la législation. En quelques décennies, les évêques espagnols ont vu le législateur admettre le divorce, dépénaliser l’avortement, tolérer la procréation assistée. Aujourd’hui, on le sollicite pour légaliser la cohabitation entre partenaires du même sexe et pour ouvrir la porte à l’euthanasie. Les évêques n’entendent pas que l’Eglise catholique d’Espagne s’engage dans le troisième millénaire sans réflexion fondamentale sur ces questions qu’ils jugent essentielles pour l’avenir d’une société. Elles feront probablement l’objet d’un document à soumettre à une prochaine Assemblée plénière. (apic/cip/ba)
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