Le document de l’évêque devra être précisé sur certains points

Fribourg: La Corporation ecclésiastique reçoit les directives sur les sorties d’Eglise

Fribourg, 9 avril 2000 (APIC) Attendues avec impatience depuis plusieurs années par les paroisses, les nouvelles directives sur les sorties d’Eglise devront encore être précisées sur certains points. Une première version a été présentée samedi par Mgr Bernard Genoud à l’Assemblée de la Corporation ecclésiastique catholique du canton de Fribourg (CEC).

Accueilli favorablement sur le fond par quasiment tous les délégués, le document de l’évêque a cependant fait l’objet de vives discussions, des délégués estimant que certains points pouvaient donner lieu à des interprétations divergentes. Les délégués comprennent bien que l’Eglise ne ferme pas les portes à ceux qui sortent de l’Eglise, mais ils n’aimeraient pas que l’on brade la solidarité nécessaire au fonctionnement de l’Eglise.

Les directives de l’autorité diocésaine concernant le traitement pastoral des sorties d’Eglise et des corporations ecclésiastiques étaient l’objet principal des délibérations de la 9ème séance plénière de la CEC tenue samedi dans la chapelle de Regina Mundi, à Fribourg. L’entrée en vigueur du Statut ecclésiastique catholique du canton de Fribourg le 1er janvier 1998 rend nécessaires des directives de l’évêque concernant les conséquences ecclésiales de la sortie des corporations. Celles-ci ne sont en effet pas du ressort de l’Assemblée, un organe exerçant principalement des compétences législatives, financières et de contrôle, institué pour soutenir l’Eglise dans l’accomplissement de sa mission pastorale.

L’évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg a rappelé en introduction que les corporations ecclésiastiques ont pour but de servir la pastorale, notamment par la mise à disposition des moyens financiers nécessaires. Mgr Genoud a souligné que le document sur les sorties d’Eglise, élaboré après consultation de diverses personnalités, reflète l’état actuel de sa réflexion et qu’il sera affiné et précisé sur la base des observations des membres de l’Assemblée.

Obligation des fidèles de subvenir aux besoins de l’Eglise

Dans un premier point, l’évêque rappelle, en citant le code de droit canonique (CIC 222) que «les fidèles sont tenus par l’obligation de subvenir aux besoins de l’Eglise, afin qu’elle dispose de ce qui est nécessaire au culte divin, aux œuvres d’apostolat et de charité et à l’honnête subsistance de ses ministres». Dans le canton de Fribourg, ce devoir est assumé principalement par l’impôt paroissial, dont le payement est nécessaire pour rémunérer le clergé et les agents pastoraux laïcs, pour entretenir les églises et les bâtiments nécessaires à l’activité de l’Eglise et pour soutenir des œuvres d’apostolat et d’entraide.

Pour ceux qui rejettent la foi de l’Eglise: ni sacrements, ni funérailles religieuses

Les fidèles qui rejettent entièrement l’Eglise et sa foi, et manifestent leur volonté de quitter l’Eglise comme telle en demandant la radiation de leur baptême, n’appartiennent plus aux corporations ecclésiastiques. Les directives prévoient que le curé ou une personne de son choix s’assurera de l’intention exacte de la personne ayant signé une déclaration de sortie d’Eglise. S’il s’agit bien d’un abandon formel de l’Eglise – par schisme ou abjuration – le curé informera le ou la signataire des conséquences canoniques de sa décision et lui rappellera que l’Eglise ne ferme pas la porte à ces personnes et attend leur retour. Ces personnes ne pourront plus recevoir les sacrements, ni la sépulture ecclésiastique. Leur décision doit être respectée, y compris en cas de décès, mais le curé n’oubliera pas la charité due aux familles en deuil.

Ne pas payer l’impôt ecclésiastique: manquement grave au devoir de solidarité

Mais il est possible que le fidèle demandant de sortir de l’Eglise le fasse «par incompatibilité, indifférence ou, explicitement, pour se soustraire au devoir de l’impôt ecclésiastique». Il importe alors que le Conseil de paroisse lui offre l’occasion d’une rencontre pour revenir sur cette décision que l’évêque qualifie de «gravement contraire au devoir de solidarité». Si le dialogue avec le curé ou le conseil de paroisse se révèle impossible, on aura recours aux bons offices d’un «médiateur régional» (un homme considéré comme «sage et bon») institué par l’autorité diocésaine.

Celui-ci pourra négocier une remise totale ou partielle de l’impôt si la pauvreté est le vrai motif de la sortie, ou proposer le versement d’une contribution en faveur des frais de ministère des paroisses financièrement faibles, si le motif de la sortie consiste en une profonde divergence de vue sur la gestion des ressources paroissiales. En cas de graves désaccord sur la gestion financière de la paroisse, le document de l’autorité diocésaine rappelle qu’il existe aussi des voies de recours. Quant aux prêtres et à leurs collaborateurs, «ils soutiendront normalement les démarches entreprises par les corporations», tout en sachant que leur «mission dépasse le cadre des institutions en place».

Dans les deux derniers points de son document, l’évêque reconnaît qu’il n’est pas possible de faire coïncider totalement les structures prévues par la loi civile et celles de l’Eglise catholique. Les directives ont pour but toutefois de garantir la cohérence entre l’appartenance à l’Eglise catholique proprement dite et l’appartenance aux corporations ecclésiastiques qui la soutiennent dans son activité. L’évêque conclut en relevant que les paroisses «vivront d’autant mieux qu’elles seront perçues comme étant au service de l’Evangile, pour le salut des âmes qui doit toujours être la loi suprême».

Débat animé

Le document de l’évêque diocésain a fait l’objet d’un débat animé, d’abord au sein des délégations décanales, ensuite en plénum. Sur le fond, il a été accueilli favorablement. Les délégués ont demandé à l’évêque d’être plus précis et plus concret sur plusieurs points, afin d’éviter des interprétations différentes, voire erronées.

A l’instar d’autres délégués, Patrice Favre, président de la paroisse St-Nicolas à Fribourg, considère que la formulation doit être précisée, sans quoi des gens peuvent se dire: «Je sors de l’Eglise pour ne plus payer mes impôts, mais je peux quand même tout avoir». Il salue le fait que l’Eglise veuille avoir une position ouverte, non légaliste: l’appartenance à l’Eglise

n’est pas certes pas une question d’argent, «mais le document précise tout de même à plusieurs endroits que c’est une faute grave de ne pas participer aux soucis et à la charge d’entretien de l’Eglise».

L’évêque s’est engagé à tenir compte des remarques et des requêtes des délégués dans la version finale de ses directives. L’Assemblée a assermenté deux nouveaux délégués: Claude Schenker, de Fribourg, et Peter Gerard M. Weisser, de Brünisried. (apic/p.davila/be)

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