Renvoi de la conclusion d’un procès qui s’enlise depuis un an

Rwanda: Nouvel épisode dans le procès contre Mgr Augustin Misago, accusé de génocide

Kigali, 11 avril 2000 (APIC) Le renvoi de la conclusion du procès pour génocide instruit à Kigali depuis un an contre Mgr Augustin Misago, évêque de Gikongoro, sème une nouvelle fois le doute sur l’impartialité de la justice rwandaise, selon des sources missionnaires locales. La conclusion, initialement prévue mercredi 12 avril, a été renvoyée au 17 avril.

Dans la liste des suspects de «Catégorie 1» visant les responsables du génocide de 1994 – des accusés qui risquent la peine de mort et dont les biens sont automatiquement confisqués -, publiée par le gouvernement rwandais, figure en bonne place l’évêque catholique de Gikongoro. Ce dernier, arrêté le 14 avril 1999 après avoir été publiquement dénoncé par le président d’alors Pasteur Bizimungu, crie depuis un an son innocence.

Son arrestation avait été précédée d’une campagne de dénigrement contre l’Eglise catholique, relayée notamment par l’organisation «African Rights». Bien que travaillant avec d’autres organisations de défense des droits de l’homme, seule «African Rights» a lancé des accusations contre Mgr Misago, accusations qui n’ont pas été reprises par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda à Arusha.

De hauts responsables de l’Eglise catholique en Afrique et au Vatican dénoncent un complot visant à affaiblir l’Eglise catholique qui représenterait un obstacle pour le régime en place à Kigali. Malgré les conditions de santé précaires de Mgr Misago, les autorités rwandaises lui ont refusé les arrêts domiciliaires, prétextant les risques de fuite du prélat.

Selon Me Alfred Pognon, chef du collège de défense de l’évêque de Gikongoro, l’accusation et la partie civile ont présenté contre l’évêque «un amalgame inacceptable de faits que la loi ne peut qualifier matériellement de faits criminels».

Quand les morts réapparaissent au tribunal

Lors de la dernière audience, le 20 mars dernier, le ministère public a présenté seulement 3 documents, dont une vidéocassette qui montre l’évêque en discussion avec des journalistes, tandis que la partie civile a produit 9 documents. Mais certains d’entre eux n’étaient que des articles de presse diffamant l’évêque et l’Eglise catholique. La défense a produit 18 documents montrant comment Mgr Misago s’est toujours engagé pour éviter les affrontements interethniques. Parmi les documents figure également une déclaration du cardinal Roger Etchegaray, du Vatican. Les coups de théâtre dans ce procès qui ne rehausse pas l’image de la justice rwandaise n’ont pas manqué: ainsi, le 1er décembre 1999, la défense a pu faire comparaître comme témoin Jérôme Rugema, un des jeunes dont l’évêque est accusé d’avoir causé la mort. Il a affirmé, au grand dam de l’accusation, avoir eu la vie sauve, lui est ses amis, grâce à l’intervention de l’évêque de Gikongoro.

Les juges de la Cour de Nyamirambo, siège des débats, ne se réuniront mercredi que pour décider de différer la phase conclusive de l’affaire, mais la sentence ne devrait de toute façon pas être connue à brève échéance. La demande de renvoi, selon l’agence d’information missionnaire MISNA, a été déposée par la partie civile représentée par l’avocat François Rwangampwe.

Mgr Misago, «victime idéale» du système judiciaire rwandais

Mgr Misago, 57 ans, est sans aucun doute une «victime idéale» du système judiciaire rwandais qui vise à discréditer l’image de l’Eglise catholique locale, affirme l’agence missionnaire basée à Rome. Les observateurs ont le sentiment que l’affaire Misago est avant tout et surtout une question politique, plus que judiciaire. «Une façon d’humilier l’Eglise, qui n’a pas complètement accepté de se soumettre aux règles du nouveau régime de Kigali.»

Une justice rwandaise apanage des vainqueurs

Les plus importants représentants de la vie religieuse rwandaise ont toujours défendu Mgr Misago, mais on craint une sentence injuste. Près de 130’000 personnes, soupçonnées d’implication dans le génocide de 1994, sont encore détenues dans les prisons rwandaises, en attente de jugement. Jusqu’à présent, seuls 2’500 inculpés ont été jugés, et quelque 300 condamnations à mort ont été prononcées. «Une chose est sûre, note MISNA, la justice rwandaise est l’apanage des vainqueurs, et cela met fortement en doute la volonté de la classe dirigeante rwandaise de mettre en place une plate-forme de réconciliation nationale.»

Mgr Marcello Zago, secrétaire de la Congrégation vaticane pour l’évangélisation des peuples, estime pour sa part que l’arrestation de Mgr Misago est «un événement très triste pour l’Eglise non seulement en Afrique mais aussi au niveau universel». Un point positif dans cette pénible affaire: l’emprisonnement de Mgr Misago a suscité une plus grande unité au sein de la Conférence épiscopale. Des évêques d’ethnies différentes ont participé ensemble aux audiences du procès de leur confrère, faisant ainsi la démonstration de leur unité.

Les attaques contre l’Eglise ne vont pas cesser

Si le jugement devait être favorable à Mgr Misago, les autorités rwandaises devraient à l’avenir faire davantage attention avant de s’attaquer à l’Eglise, estime Mgr Zago, interrogé par l’agence d’information vaticane FIDES. Il ne pense cependant pas que l’attitude anticléricale du régime de Kigali va cesser pour autant. «L’Eglise ne peut approuver ce qui se passe: les conflits ethniques, la domination d’une ethnie sur les autres, les tribunaux qui accusent et condamnent sans vérifier, dans une absence de perspective de réconciliation.»

Le secrétaire de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples aperçoit pourtant une évolution positive dans la région, plus précisément au Burundi, avec la médiation de Nelson Mandela et les rencontres d’Arusha, mais il pense que dans cette région d’Afrique, l’Eglise va rester dans le collimateur: «On veut affaiblir l’Eglise, pour ne pas avoir, de fait, une force qui s’oppose à des systèmes inhumains.»

Pour le responsable de la curie, l’opinion publique est en train de prendre conscience que l’on assiste dans certains pays d’Afrique à une véritable persécution de l’Eglise. «Ce n’est pas seulement Mgr Misago qui est visé, on veut affaiblir l’Eglise avec des prétextes et pour des motifs divers, dans toute l’Afrique centrale et en particulier dans la région des Grands Lacs.» Mgr Zago rappelle à ce propos les mesures qui frappent dans la partie du Congo occupée par le Rwanda l’évêque de Bukavu, Mgr Kataliko, banni de son diocèse depuis le 12 février dernier. (apic/misna/fides/be)

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