Prémisses d’une explosion sociale violente ?

Equateur: La situation politique et sociale de l’Equateur se détériore de jour en jour,

Quito, le 12 avril (APIC) Deux mois et demi après la mobilisation autochtone et populaire qui a renversé le président Jamil Mahuad, l’Equateur traverse une crise politique et sociale difficile. Elle pourrait déboucher sur une situation explosive. C’est ce que souligne David Silva, président de l’Association des communicateurs chrétiens de l’Equateur.

Pour David Silva qui, depuis les années 70, travaille avec des groupes progressistes des Eglises en Equateur, l’avenir est incertain. « Même si je ne suis pas futurologue, le pays pourrait être le théâtre, ces prochains mois, d’explosions sociales violentes », avertit David Silva.

Fondée en 1988, l’Association des communicateurs rassemble une cinquantaine de journalistes de l’Equateur, catholiques et protestants, qui travaillent pour des médias religieux et laïcs.

L’Association adhère aux principales organisations mondiales de l’information, entre autres, à l’Association mondiale pour la communication chrétienne (WACC). Elle collabore aussi à la promotion de la « Fraternité oecuménique de Quito », qui organise en janvier de chaque année une semaine de célébrations oecuméniques.

« Le point de départ de toute analyse présente et future de l’Equateur est la situation dramatique économique et sociale que connaît le pays, conséquence du modèle de redressement actuellement en vigueur », fait remarquer David Silva. Sa manifestation la plus visible en est l’application du programme « d’américanisation à travers le dollar » imposé par les autorités et recommandé par les institutions financières internationales. Les autorités ont supprimé le sucre comme monnaie nationale et décrété l’utilisation du dollar américain comme monnaie d’échange dans tout le pays.

Hausse importante des prix

Cette mesure a entraîné une hausse importante du prix des produits de base. L’augmentation du coût des transports va suivre. Il atteindra son point culminant dès la fin juin. Le gouvernement a en effet prévu d’augmenter le prix du combustible, ce qui pourrait signifier un coût cinq à six fois plus élevé que le montant actuel.

« Tout se déclenchera alors et le scénario possible sera l’aggravation de la tension sociale si les autorités ne mettent pas en oeuvre une politique de compensation sociale pour soutenir les secteurs les plus défavorisés de la population », explique David Silva.t Ce phénomène est encore amplifié par le fait que l’Equateur – avec le Pérou et le Honduras – est un des trois pays latino-américains où règne la plus grande injustice sur le plan de la distribution des richesses.

Selon les données du Conseil national du développement (CONADE), 69 % des Equatoriens sont affectés par la pauvreté. « Le chômage est croissant. Si l’on considère ensemble le chômage et le sous-emploi, on doit parler d’environ 60 % de la population », souligne David Silva pour expliquer le risque d’une explosion latente en raison de la situation désespérée de larges secteurs sociaux.

« Ceci démontre l’exaspération des citoyens les plus exploités, qui forment la majorité, et la force croissante du mouvement social », fait remarquer David Silva. Dix jours avant les faits de janvier, il y avait eu la création du Parlement des peuples, structure de réflexions et propositions alternatives, qui rassemblait des représentants d’organisations autochtones, d’associations féminines, de groupes de voisins, d’étudiants et d’intellectuels de toute la société civile.

Des dirigeants et des représentants chrétiens, comme David Silva, participent à quelques- uns des quatre Parlements constitués dans les différentes régions. Mgr Luis Luna Tobar, évêque catholique de Cuenca, préside le Parlement de la même ville. A l’avenir, déclare David Silva, ces Parlements pourraient jouer un rôle décisif dans le cas d’une explosion sociale. Ils peuvent se présenter comme des propositions alternatives de pouvoir, étant donné l’énorme discrédit du gouvernement et d’une partie de la classe politique et du parlement.

« La force autochtone, dans sa grande majorité chrétienne – catholique et protestante – et celle du mouvement social apparaissent, malgré la gravité de la situation actuelle du pays, comme une réelle lueur d’espérance. C’est un facteur essentiel, lorsque l’on sait qu’aujourd’hui, l’Equateur, à l’échelon du modèle économique et social de redressement, apparaît comme un pays non viable et sans issue », conclut David Silva. (apic/eni/mk)

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