Tchétchénie: Le patriarche Alexis II accuse l’Occident d’avoir «deux poids, deux mesures»
L’Eglise orthodoxe russe derrière Poutine
Moscou, le 12 avril 2000 (APIC) Face à la politique russe en Tchétchénie, les organisations internationales de défense des droits de l’homme ont «deux poids, deux mesures», dénonce le patriarche Alexis II. Le chef de l’Eglise orthodoxe russe a vivement réagi aux critiques de Mary Robinson, Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme, et par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.
Rappelant «les crimes qui ont été commis et sont commis par les combattants [tchétchènes] … qui prennent des otages, les torturent et les assassinent», le patriarche Alexis II considère que les représentants du Conseil de l’Europe et des Nations Unies «ne voient pas ce qu’ils ne veulent pas voir et n’entendent pas ce qu’ils ne veulent pas entendre.»
Soutien à la campagne militaire dans le Caucase
A l’instar de la grande majorité de la population russe, l’Eglise orthodoxe russe soutient la
campagne militaire de Moscou dans le Caucase du Nord commencée l’été dernier lorsque Moscou a décidé de mettre un terme aux incursions des rebelles tchétchènes dans la République voisine du Daghestan. Le soutien à l’intervention militaire s’est encore renforcé après les attentats meurtriers qui ont détruit des immeubles dans plusieurs villes russes, faisant des centaines de victimes. La responsabilité de ces attentats a été rejetée sur les «terroristes tchétchènes».
«Ils répètent souvent [à l’Ouest] que l’on doit penser aux civils», a lancé le patriarche Alexis le 7 avril. «Or des civils vivaient dans les immeubles de Moscou et de Vologdonsk [ville industrielle de 190 000 habitants] qui ont été soufflés par ces explosions. Et des civils vivent au Daghestan qui a été envahi par les combattants [tchétchènes].»
«Les crimes terroristes albanais ont été ignorés»
«C’est pourquoi l’Occident doit cesser d’avoir deux poids, deux mesures en ce qui concerne les actions de la Russie en Tchétchénie», a-t-il dit en ajoutant que l’Occident avait agi de même l’an dernier à propos de la situation dans les Balkans. «Les crimes des terroristes albanais ont été ignorés, et les Serbes ont été accusés pour tout ce qui se passait [au Kosovo].» Le mois dernier, le Synode de l’Eglise orthodoxe russe a publié une déclaration exhortant l’Etat et les organisations d’Eglise à prodiguer toute l’assistance possible aux civils tchétchènes et russes dans le Caucase du Nord en vue du réétablissement d’»une vie pacifique» dans la région. Le Synode a aussi appelé le gouvernement russe à «traiter humainement» les combattants tchétchènes qui se sont rendus.
Sur les ondes de la télévision russe, le patriarche Alexis a sévèrement critiqué la décision de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe de demander au Comité des ministres de suspendre la Russie si celle-ci n’appelle pas à un cessez-le-feu et n’entame pas un dialogue politique avec tous les éléments du peuple tchétchène. L’Assemblée parlementaire, dont les membres sont choisis par les parlements nationaux, a par ailleurs suspendu le droit de vote de la délégation russe.
La Russie «profondément irritée» par les critiques occidentales
L’action du Conseil de l’Europe a profondément irrité les leaders russes. Même si des analystes politiques estiment que l’expulsion de la Russie est improbable – cette mesure ne peut être prise que par le Comité des ministres (composé des ministres des Affaires étrangères des Etats membes du Conseil) et non par l’Assemblée parlementaire – la décision prise par celle-ci la semaine dernière est vue à Moscou comme la première grande menace d’isolement sur le plan international.
Les ministres des Affaires étrangères et de la défense russes ont accusé l’Assemblée parlementaire de prendre parti pour les terroristes tchétchènes. Le Kremlin, même s’il se déclare disposé à coopérer avec des organisations internationales telles que l’Union européenne et le Comité international de la Croix-Rouge, a précisé qu’aucune autre mission d’enquête de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe ne serait autorisée à venir en Tchétchénie. Le Kremlin a également souligné que la Russie continuera ses efforts en vue d’éliminer toute résistance armée dans cette république majoritairement musulmane et a rejeté vigoureusement tous «les ordres» de l’étranger. (apic/eni/be)
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