Près de deux millions de personnes mortes à cause de la guerre

Soudan: Une délégation d’évêques d’Afrique du Sud dénonce le manque de liberté religieuse

Rome, 13 avril 2000 (APIC) Une délégation d’évêques d’Afrique du Sud, qui a visité le Soudan du 20 au 30 mars, à l’invitation des évêques soudanais, dénonce le manque de liberté religieuse dans ce pays gouverné par les islamistes. Près de deux millions de personnes sont mortes à cause de la guerre, selon la Conférence épiscopale d’Afrique du Sud.

Le gouvernement islamique de Khartoum mène depuis 17 ans une vaste offensive militaire contre le Sud à majorité animiste et chrétienne, dénonce dans un communiqué la Conférence épiscopale d’Afrique du Sud (SACBC). Mgr Wilfred Napier, archevêque de Durban et président de la SACBC, Mgr Michael Coleman, évêque de Port Elizabeth et vice-président, Mgr Patrick Mvemve, évêque de Klerksdorp et membre du comité permanent, et Ashley Green-Thompson, coordinateur de la Commission Justice et Paix, se sont rendus à Khartoum et dans quatre diocèses du sud du pays.

Livrés à la charia

Près de deux millions de personnes sont mortes à cause de la guerre et plusieurs millions ont été contraintes de quitter leurs maisons pour se rendre dans des camps de réfugiés dans les pays voisins ou dans des camps aménagés à l’intérieur du pays. Les réfugiés qui se trouvent dans les camps situés dans la banlieue de Khartoum vivent dans des conditions déplorables, sans accès aux services de base. Les évêques précisent que le gouvernement de Khartoum interdit à l’Eglise catholique de mettre en place des structures de santé, d’éducation et de culte.

« Cependant, on voit partout des mosquées bien construites, soutenues par le pouvoir. Et les autorités gouvernementales affirment que la liberté religieuse existe au Soudan ! », proteste la délégation. Le communiqué des évêques précise que la loi islamique (la charia) en vigueur dans le pays n’empêche pas les injustices contre les chrétiens qui vivent dans les régions contrôlées par le gouvernement.

Femmes battues pour avoir fabriqué la bière traditionnelle

Les réfugiés résidant dans les camps ont notamment raconté aux évêques que les femmes qui fabriquent et vendent la bière traditionnelle – c’est souvent leur unique moyen de subsistance – sont souvent battues et emprisonnées. La délégation a aussi constaté qu’un nombre important d’églises et d’écoles paroissiales ont été détruites au cours des dernières années, apparemment parce que les permis de construire n’avaient jamais été accordés. « La litanie des abus dont sont victimes les chrétiens à cause de la charia continue à s’allonger », précisent les évêques sud-africains.

La visite dans ces quatre diocèses du sud du pays, ceux de Torit, Rumbek, Yei et Tombura-Yambio, a permis aux évêques de constater les effets de l’offensive du gouvernement de Khartoum contre les habitants des villes sous le contrôle de l’Armée du Mouvement pour la Libération du Peuple du Soudan (SPLMA), la guérilla qui s’oppose au gouvernement islamique du nord.

« Il faut avoir vu le résultat du saccage des bâtiments et autres lieux par les forces gouvernementales pour le croire », écrivent-ils, en dénonçant par ailleurs la poursuite des bombardements d’objectifs civils. L’utilisation d’avions Antonov, qui volent à basse altitude, permet au gouvernement soudanais de maintenir la population locale dans une terreur continuelle, précise le communiqué. Les objectifs les plus fréquents des bombardements sont les églises, les écoles et les cliniques gérées par l’Eglise. La mort de 14 enfants qui assistaient à un cours sous un arbre, dans les Montagnes Nuba, en est un exemple éloquent. La scène dramatique qui a suivi le bombardement du 8 février a été filmée. Le mois dernier, les villes de Lui, Yirol, Nimule, Kaya et Yomcir ont été bombardées à plusieurs reprises.

« Nettoyer » les régions pétrolifères du Sud ?

Le sud du pays est riche en pétrole, poursuivent les évêques. Il semblerait que le gouvernement soit en train de « nettoyer » systématiquement les régions pétrolifères pour permettre à des compagnies pétrolières du Canada, de Malaisie et de Chine, entre autres, d’exploiter les ressources du sous-sol. Pour la délégation, cela semble bien être la raison de l’échec de tous les efforts pour une issue pacifique du conflit.

Les évêques d’Afrique du Sud lancent un appel à la communauté internationale, et notamment au gouvernement de Pretoria, lui demandant de faire pression sur le gouvernement de Khartoum pour qu’il cesse ses bombardements contre la population du Sud et s’engage à entamer des négociations de paix dès que possible. Elle demande l’établissement immédiat d’une zone interdite au trafic aérien. « L’Eglise d’Afrique du Sud, concluent les évêques, continue à prier pour que le peuple du Soudan soutienne l’Eglise soudanaise dans ses efforts pour obtenir une paix juste.  » (apic/zenit/cip/be)

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