Fribourg: Le Père Jean-Marie Benjamin témoigne du calvaire des enfants irakiens

Un appel à briser la « barrière de silence imposée par les Etats-Unis »

Fribourg, 13 avril 2000 (APIC) Poursuivant sa croisade contre le silence qui enveloppe le « génocide silencieux » du peuple irakien victime depuis dix ans d’un embargo cruel – il avance le chiffre de 1,5 million de morts, dont 500’000 enfants – le Père Jean-Marie Benjamin faisait halte mercredi soir à Fribourg. A la fin de sa conférence, les 150 personnes présentes, visiblement impressionnées et émues par le témoignage du religieux français, ont répondu à son invitation de saluer le peuple irakien par des applaudissements nourris et prolongés.

Après l’exposé du Père Benjamin, le temps a manqué pour répondre à toutes les mains levées. Deux témoignages ont fait mouche dans l’assistance. Un prêtre et une religieuse, tous deux de nationalité irakienne et vivant actuellement en Suisse, ont confirmé totalement les faits exposés par le conférencier. Ils ont supplié les pays occidentaux de briser la barrière du silence imposée par les Etats-Unis. Le religieux cinéaste de 53 ans, qui vit en Italie, a dénoncé l’utilisation contre l’Irak en 1991 d’armes nouvelles à l’uranium appauvri qui tuent aujourd’hui encore nombre d’enfants irakiens et polluent durablement l’environnement.

A l’époque de la Guerre du Golfe, les médias répercutaient sans esprit critique la propagande anglo-saxonne d’une « guerre propre » illustrée par les « frappes chirurgicales » qui ne détruisaient – à part quelques « dommages collatéraux »! – que l’appareil militaire du dictateur Saddam Hussein. Neuf ans après, l’effet de ces armes « top secret » s’avère dévastateur pour les populations civiles. Mais aussi pour les soldats irakiens, américains, anglais et canadiens qui n’ont pas été avertis des dangers qu’ils couraient.

Le Père Jean-Marie Benjamin, réalisateur et cinéaste, s’est rendu plusieurs fois sur place. Son témoignage a touché et impressionné mercredi soir les personnes réunies à la salle paroissiale de Saint-Pierre à Fribourg. Il était l’invité de l’ACAT, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture.

Des malades qu’on opère sans anesthésie

Introduit par René Canzali, président d’ACAT Fribourg, le Père Benjamin parle en témoin passionné et concret. Les visages et les corps d’enfants déformés par les effets de la radioactivité – quelques images, presque intolérables à regarder, ont été montrée au public – lui font crier son indignation devant le génocide d’un peuple et les bombardements qui se poursuivent quasi quotidiennement, aujourd’hui encore. Il montre les cconséquences de la contamination radioactive sur la population civile irakienne et les proportions inadmissibles de malades décédés dans les hôpitaux privés de matériels et de médicaments. Comme des malades ou blessés opérés sans anesthésie et la pénurie alimentaire qui affaiblit toute la population.

Ces terribles ravages quotidiens, à ses yeux, condamnent irrémédiablement l’embargo décrété par l’ONU contre l’Irak suite à l’invasion du Koweït et qui a déjà fait, selon le religieux français, près de 1,5 million de morts, dont 500’000 enfants, et causé la destruction du tissu social et économique et des infrastructures scolaires et de santé de l’Irak, « faisant retourner au Moyen Age » ce pays autrefois développé et prospère. Le Père Benjamin n’a pas peur des mots. Il s’agit de véritable « génocide silencieux », l’Irak étant devenu un « vaste camp de concentration » où les Etats-Unis ont décidé d’enfermer sa population. Et de fustiger cette superpuissance qui en même temps proclame de grandes déclarations humanitaires et donne des leçons de démocratie au monde entier.

Un secret bien gardé

Le bilan terrifiant des souffrances de la population civile irakienne, dont l’ampleur et l’aspect immoral et inhumain sont occultés par les grands médias, reste un secret bien gardé. Comme sont camouflées les conséquences dévastatrices des terribles armes à l’uranium appauvri utilisés contre l’Irak – et plus récemment en Serbie et au Kosovo – par les Américains et les Britanniques lors de la Guerre du Golfe en 1991.

Devant ce désastre humanitaire, l’ancien fonctionnaire de l’UNICEF, devenu prêtre en 1991, exige que les juristes internationaux déclarent que l’embargo est en contradiction totale avec la charte des Nations-Unies. Il souhaite aussi une Conférence internationale sur l’Irak et que les Etats-Unis soient convoqués devant un Tribunal international. Utopiques ambitions? Peut-être maintenant. Mais il faut rompre le mur de silence, comme le font certaines démissions retentissantes de fonctionnaires de l’ONU en Irak. « Nous avons des alliés au sein même de la population des Etats-Unis, comme d’anciens soldats américains atteints de leucémie ou qui voient leurs enfants naître déformés. »

« J’aimerais bien embarquer le pape pour un vol vers l’Irak »

Jean-Marie Benjamin remercie les médias « qui commencent eux aussi à dire la vérité. » Le conférencier aura cette phrase lapidaire: « Il vaut mieux être actif maintenant que radioactif demain! » Le religieux de choc croit aussi aux initiatives individuelles: pétitions contre l’embargo signées et adressées aux parlementaires et aux gouvernements de tous les pays, adoption d’enfants irakiens à distance. Mais aussi à des actions originales et percutantes. Il n’a pas manqué de raconter avec force détails pittoresques (« j’égrenais mon chapelet à 200 à l’heure ») le vol le 2 avril dernier de l’avion privé – loué pour l’occasion par un industriel italien – faisant la nique à l’interdiction anglo-américaine de survol du territoire irakien. Il rêve d’organiser dans deux mois un nouveau coup médiatique. « Cette fois ce sera un grand avion rempli de personnalités connues: Des hommes politiques, des artistes, des Prix Nobel. J’aimerais bien embarquer le pape aussi »…, déclare-t-il en souriant. (apic/ba)

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