Timor oriental: Ceux qui ont projeté «de tuer un peuple» doivent être traduits en justice

José Ramos Horta reçu au Centre œcuménique de Genève

Genève, 16 avril 2000 (APIC) José Ramos Horta, vice-président du Conseil national de la résistance timoraise et Prix Nobel de la Paix, demande que les leaders responsables des atrocités commises au Timor oriental soient traduits en justice.

José Ramos Horta a été reçu mercredi dernier au Centre oecuménique à Genève tout proche du Conseil oecuménique des Eglises (COE). Il a rendu hommage aux organisations oecuméniques, aux responsables d’Eglises et aux militants, pour leur soutien à la campagne en faveur de l’indépendance du Timor oriental. Grâce à l’appui des « mouvements de citoyens dans le monde », a-t-il déclaré, « le Timor oriental a pu survivre, envers et contre tout, et réalisé son rêve le plus invraisemblable, l’indépendance du Timor oriental ».

Le leader politique du Timor Oriental a quitté son pays trois jours avant que les troupes indonésiennes n’envahissent cette ancienne colonie portugaise en 1975. Il avait par la suite reçu le Prix Nobel de la Paix en 1996, avec Mgr Carlos Filipe Ximenes Belo, administrateur apostolique de Dili, pour les efforts déployés en vue du règlement pacifique du conflit dans cette île, où des milliers de personnes ont péri après l’invasion indonésienne. Il est retourné au Timor oriental en décembre de l’an dernier, après le retrait des forces indonésiennes et l’établissement d’une Administration des Nations Unies en attendant l’indépendance totale de l’île.

José Ramos Horta a affirmé que la résistance de son pays s’était engagée à promouvoir la réconciliation nationale, notamment la réconciliation avec les milices anti-indépendantistes qui se sont déchaînées dans l’île en septembre dernier après que la majorité des Timorais eurent voté pour l’indépendance lors d’un référendum supervisé par les Nations Unies.

« Nous ne voulons pas de revanche mais la justice »

« Nous ne voulons pas de revanche. Nous voulons que les responsables reviennent se présenter devant leur peuple, pour leur dire ce qu’ils ont fait », a demandé José Ramos Horta. S’ils présentent des excuses, il n’y aura pas de châtiment. Il a souligné que depuis l’arrivée des Nations Unies, il n’y avait eu ni « représailles, ni lynchage de collaborateurs de 25 ans et pas un seul cas de violence politique ».

Toutefois, faisant une distinction entre les membres de milices (dont la plupart étaient des Timorais) et ceux qui les commandaient, il a déclaré que les leaders qui avaient projeté « de tuer un peuple, de détruire un pays » devaient être traduits en justice. Ses remarques sont apparemment dirigées contre les officiers supérieurs de l’armée qui, pense-t-il, ont organisé les violences après le référendum de l’an dernier.

Ne pas laisser des crimes impunis

« Ceux qui ont commis de graves violations des droits de la personne en toute impunité ne devraient pas être laissés en liberté », a poursuivi José Ramos Horta. Des crimes qui seraient impunis continueraient de « hanter » la conscience de l’Indonésie. Il ne demande pas l’établissement immédiat d’un tribunal international pour crimes de guerre, voulant laisser au gouvernement du nouveau président indonésien Abdurrahman Wahid l’initiative de juger les auteurs de tels actes. Le président Wahid a été élu après la démission, l’an dernier, du général Suharto, dirigeant du pays depuis 1968, considéré comme un leader autoritaire et corrompu.

José Ramos Horta, qui a déclaré vouloir « se retirer de la politique » a annoncé qu’il allait ouvrir, ces prochains mois, un centre de réconciliation au Timor oriental, avec le soutien d’autres lauréats du Prix Nobel de la paix comme Rigoberta Menchu, du Guatemala, et Oscar Arias, du Costa Rica. Il a appelé le COE et ses Eglises membres à soutenir ce projet. Des organisations oecuméniques telles que le COE peuvent contribuer à la reconstruction du Timor oriental, a-t-il fait remarquer, « en apportant leur expérience et leurs ressources et en soutenant les initiatives locales ».

Les espoirs du secrétaire général du COE

S’adressant à José Ramos Horta, le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du COE, lui a dit: « Le Timor oriental est devenu un symbole sur lequel reposent les espoirs et les attentes de beaucoup… Connaissant votre engagement personnel, je sais que ces espoirs ne seront pas déçus ». (apic/eni/sb/ba)

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