Un événement jubilaire, culturel et populaire
Rome, 20 avril 2000 (APIC) Plus de sept cents acteurs amateurs en costume « couleur locale » – mais aussi des brebis, des vaches, de vigoureux chevaux, un bel âne et d’énormes « mâtins » – ont représenté mardi soir Place Saint-Pierre l’histoire du salut, depuis Abraham jusqu’à la Résurrection du Christ. On n’avait vu cela que pour le Jubilé de 1950. Un grand événement jubilaire, culturel et spirituel, et populaire.
Il s’agit du drame de l’histoire du salut, en 43 tableaux dont la ville de Sezze, une ville de 20’000 habitants, à quelque 80 km de Rome, dans la province de Latina, aux confins du Latium et de la Campanie, a conservé la tradition depuis le Moyen-Age, mais reprise par Saint Charles de Sezze, au XVIIe siècle. Entre deux guerres, en 1933, Filiberto Gigli, relança la tradition de la représentation de la Passion du Christ le Vendredi saint. Maintenant la « Passion de Sezze » fait partie des Associations représentant la Passion répertoriées par le Conseil de l’Europe comme faisant partie du patrimoine culturel européen.
Mais Sezze n’est « monté » à Rome que deux fois, en 1950 et en l’An 2000! En 1950, la représentation sur la Voie des Fori Imperiali (entre la Place de Venise et le Colisée) avait fait grand bruit, comme couronnement du Jubilé. Le président du Conseil, Alcide de Gasperi avait salué l’initiative. Chaque année, désormais, la représentation a lieu le Vendredi Saint dans les rues de Sezze, sous le patronage de la Commune et de l’Association de la Passion. Les acteurs sont tous de la ville: étudiants, professionnels, ouvriers, pour poursuivre cette tradition profondément ancrée dans le coeur de la ville de génération en génération.
D’Abraham à David
Abraham ouvrait la marche, – comme il ouvrait le pèlerinage jubilaire de Jean Paul II en février dernier -, suivi de Moïse. Plus loin, on reconnaissait Judith qui proclamait son cantique, et le roi David, suivi par les prophètes annonçant la venue du Messie, d’Isaïe à Jérémie, disant son oracle de la Nouvelle Alliance, sous la pluie romaine, entre deux immeubles du fond de la rue de la Conciliation qui permettaient une bonne acoustique!
On reconnaissait ensuite les paroles de l’ange Gabriel, tout de voiles blancs vêtu, et de la Vierge Marie à l’Annonciation, puis le cortège des trois mages somptueux, suivi du cruel Hérode et de sa cour flagorneuse manigançant la mort des saints innocents. « Rachel » et un groupe de mères de noir vêtues pleuraient leurs enfants en récitant les paroles des Lamentations. Mais un bel âne du Latium – sous la conduite d’un Joseph très jeune – emportait une jeune mère cachant un nourrisson: la fuite en Egypte se jouait sous les yeux émerveillés des enfants heureux de reconnaître des personnages que la catéchèse leur a rendu familiers. Et en particulier le vieillard Syméon, et ce jeune Jésus de douze ans qui expliquait à ses parents qu’il « devait être aux affaires de son Père » en levant les bras vers le ciel, mais dont la voix manquait encore de puissance.
Le Carême en direct
« Race de vipères, convertissez-vous »: un Jean-Baptiste vêtu d’une peau de mouton haranguait vigoureusement la foule. A entendre son verbe puissant et convaincu de son rôle, on se souvenait soudain qu’on était en carême! Et Pierre venait dire « Eloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur », après une « pêche miraculeuse » à laquelle participaient les enfants de Sezze. Des touristes françaises s’approchaient en demandant ce qui se passait.
La Samaritaine demandait à Jésus l’eau vive, le Centurion la guérison de son fils, Marie de Magdala évoquait l’onction de nard précieux, le Bon Pasteur comptait ses Brebis, Lazare, son tombeau et ses soeurs suivaient, alors que la pluie s’intensifiait. Un autre « Jésus » confiait à ses disciples les Béatitudes (« c’est Jésus et les apôtres! », faisait remarquer un agent de police à son collègue dont la conversation s’interrompait soudain). La force des paroles évangéliques résonnait étonnamment Place Saint-Pierre. Suivaient Nicodème et le Sanhédrin: la Passion s’approchait.
Arrivés Place Saint-Pierre, les acteurs récitaient leur rôle pour la quatrième fois peut-être. La foule massée Via della Conciliazione avait pu suivre les tableaux vivants. Les tableaux de la Passion sont certainement les plus anciens de ce drame sacré, de ce théâtre de rue: scène de Jésus attaché à la colonne de la flagellation, la foule qui réclame sa mort (impressionnante foule!), Pilate et son épouse, Jésus portant sa croix sur le chemin du calvaire, les saintes femmes, les larrons, le déploiement des « forces de l’ordre »: l’armée romaine dont les sandales résonnaient sur le pavé, au son des timbales en faisant frissonner des chevaux visiblement nerveux. « je voudrais être centurion », disait un enfant à leur passage, oubliant le drame de la Passion, pour sa passion des antiques soldats.
La résurrection
En signe de l’accomplissement des promesses, et de la présence de Dieu au milieu des siens, suivait un dais protégeant une représentation de l’Arche de l’Alliance. Et enfin, Place Saint-Pierre, une autre Marie de Magdala allait annoncer à Pierre la résurrection, se heurtant à un doute bientôt résolu dans le cri général: « E risorto! Risorto! », « il est ressuscité! ». La joie de Pâques avant le triduum! Et tandis que les spectateurs applaudissaient, on remarquait deux fenêtres du palais apostolique encore éclairées: celles du bureau de Jean Paul II. « Ce sera encore plus beau vendredi! Venez à Sezze! » dit une femme du pays, fière des siens et de la montée à Rome. (apic/zn/pr)
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