«Je ne suis pas un infidèle de l’Eglise», assure l’abbé Diamacoune
Dakar, 24 Avril 2000 (APIC) L’abbé Augustin Diamacoune Senghor, le prêtre rebelle révolutionnaire fondateur du Mouvement des Forces Démocratique de Casamance (MFDC), l’opposition armée au Sénégal, estime qu’il n’y a pas de problème religieux à la base de la lutte d’indépendance que mène son organisation depuis 17 ans. Les nombreuses frustrations d’ordre politique, économique, sociale et culturel sont les causes profondes du déclenchement de la lutte sécessionniste en Casamance, assure le chef du mouvement séparatiste casamançais.
Dans une interview accordée à l’APIC, ce prêtre de 72 ans relève que la Casamance qu’il qualifie de «zone intermédiaire entre les zones sahélienne et guinéenne», ne connaît pas de problème de religion. «Nous vivons en paix et en tranquillité entre fidèles des religions traditionnelles: l’islam, le christianisme et l’animisme». De nombreuses voix se sont souvent soulevées au Sénégal pour dire que le conflit dans la province sud du pays a lieu pour freiner la poussée de l’islamisation dans la région.
Selon l’abbé Diamacoune Senghor, il n’y a aucune menace contre le christianisme dans la région. Tout au contraire, il souligné qu’avant le début du conflit, en décembre 1982, elle ne comptait que 80 prêtres diocésains environ. «Aujourd’hui elle en compte plus d’une centaine, fait-il remarquer, ajoutant que la tolérance religieuse en Casamance est telle que la ville de Ziguinchor, capitale de la province, est la seule localité sénégalaise à avoir un cimetière mixte où chrétiens et musulmans sont enterrés côte à côte. «Chacun choisi sa religion ici».
Interrogé sur ses rapports avec la hiérarchie de l’Eglise au Sénégal, l’abbé Diamacoune a cette réponse évasive: «que voulez-vous que je vous dise? Moi je milite pour la vérité, la charité et la paix». «Tous ceux qui me connaissent bien et connaissent le fond du problème de la Casamance ne peuvent rien me reprocher», a-t-il poursuivi, tout en affirmant qu’il faut laisser l’Eglise de côté. Selon lui, «Elle (l’Eglise) connaît son devoir, son travail et ce qu’elle fait». Il rappelle que son premier sermon de prêtre a porté sur sainte Jeanne d’Arc: modèle de foi et de patriotisme.
Pour l’implantation d’une université
L’abbé Diamacoune Senghor qui a rendu hommage aux femmes et aux enfants, ces couches de «sacrés en milieu traditionnel», a souhaité l’implantation d’une université catholique à Ziguinchor. «Ce serait une bonne chose et le plutôt sera le mieux». Selon lui, la Casamance mérite une telle institution du fait qu’elle est la seconde région la plus scolarisée au Sénégal après celle de Dakar, la capitale.
L’abbé-révolutionnaire a condamné la poursuite des affrontements en Casamance par le gouvernement, qualifiant le conflit de «guerre injuste, longue, cruelle et ruineuse» imposée aux populations de la région. Il a également affirmé avoir perdu 60 membres de sa familles, tués par des soldats sénégalais.
Refusant de se considérer comme un infidèle ou un insoumis de l’Eglise, il a indiqué avoir refusé par plusieurs fois, des visites au Vatican, estimant qu’il est possible d’être un bon chrétien sans «mettre les pieds à Rome».
Le prêtre rebelle a déclaré ne pas être libre de ses mouvements, soulignant qu’il ne peut aller pour le moment nulle part sans une forte escorte. (apic/ibc/pr)
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