Brésil: Le pardon de l»Eglise catholique aux Indiens et aux Noirs»

Frustrations des indigènes: de nombreux passages escamotés

Coroa Vermelha, 27 avril 2000 (APIC) L’Eglise catholique a demandé pardon mercredi aux Indiens et aux Noirs du Brésil pour les erreurs commises au nom de l’évangélisation au cours des 500 dernières années, lors d’un office à l’endroit même où fut célébrée la première messe dans le pays, le 26 avril 1500. Malgré cette demande de pardon, les milieux indigénistes se montrent frustrés et déçus: les textes rédigés par les évêques ont été édulcorés sous la pression du Vatican, assure-t-on du côté de la CIMI (Conseil missionnaire indigéniste).

La cérémonie à l’air libre, à laquelle assistaient plus de 50’000 fidèles – 20’000 à peine selon certaines autres sources -, a été présidée par le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Vatican qui représentait le pape Jean Paul II à Coroa Vermelha, au sud de l’Etat de Bahia (nord-est du Brésil) où les Portugais débarquèrent il y a cinq siècles.BC’est sur cette plage de Coroa Vermelha que le 26 avril 1500, quatre jours après l’arrivée des caravelles de Pedro Alvarez Cabral, que le franciscain Henrique Soares de Coimbra, chapelain de l’expédition, célébra la première messe en terre brésilienne. «Nous voulons demander pardon pour les fautes et omissions que nous avons pu commettre au cours des 500 dernières années pendant la prédication de l’Evangile et nous célébrons cette messe en rémission de nos péchés», a souligné le cardinal Sodano dans son homélie.

La 38ème Assemblée annuelle de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) qui a débuté mercredi à Porto Seguro, à 15 km de Coroa Vermelha, et réunira plus de 300 évêques du pays jusqu’au 5 mai, prépare un acte de contrition pour l’extermination des Indiens et la connivence avec l’esclavage des Noirs, jusqu’à son abolition au Brésil en 1888.

La messe anniversaire célébrée mercredi par plus de 300 évêques du Brésil et de pays de langue portugaise, dont le Prix Nobel de la Paix 1999, Mgr Carlos Ximenes Belo (Timor Oriental), et des invités de 17 autres pays, a eu lieu devant une grande croix en acier que le gouvernement a installée pour les 500 ans du Brésil sur la plage de Coroa Vermelha. Des Indiens de la tribu des Pataxos, vivant dans la région, y assistaient.

Désaccord

D’importantes forces de l’ordre ont assuré la tranquillité de l’office. Ce sont ces mêmes forces de l’ordre qui, samedi dernier, ont lancé des bombes lacrymogènes et des balles en caoutchouc sur les Indiens qui manifestaient pacifiquement contre «500 ans de génocide et d’exclusion». Ils entendaient manifester par là leur désaccord avec les cérémonies officielles organisées pour marquer ce 500e tant par le gouvernement qu’une partie de l’Eglise.

Le secrétaire général de la CNBB, Mgr Raymundo Damasceno, a déclaré mercredi que l’Eglise ne tolérerait pas un nouvel acte de répression contre les minorités du pays. «Nous déplorons vivement et n’admettons pas l’action violente contre les peuples indigènes et contre les Noirs qui voulaient manifester de façon respectueuse dans un régime démocratique», a-t-il dit au nom de la CNBB.

A son arrivée dans la ville, le cardinal Angelo Sodano a minimisé les affrontements entre la police et les Indiens, qui ont fait une trentaine de blessés, en affirmant que des incidents de ce genre ne pouvaient masquer les aspects positifs de l’histoire brésilienne. Le président Fernando Henrique Cardoso a déclaré que l’action de la police avait été «un procédé de routine destiné à éviter des conflits». Une enquête a été ouverte pour savoir

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