Rencontre avec le métropolite orthodoxe Georges Khodr, évêque du Mont Liban

APIC – Interview

Khodr: »Le concept d’infaillibilité papale n’a pas de sens pour nous »

Jacques Berset, Agence APIC

Lausanne/Beyrouth, 1er mars 2000 (APIC) « Je plaide pour qu’il revienne à l’évêque de Rome davantage qu’un primat d’honneur… On pourrait imaginer un ministère de l’unité sans décision divine, mais issu de la volonté des Eglises ». Personnalité orthodoxe de premier plan engagée dans le dialogue avec l’islam et le mouvement œcuménique, Mgr Georges Khodr répond à l’invitation de Jean Paul II de redéfinir la papauté. Un ministère de l’unité sans infaillibilité papale, « le concept lui-même n’étant pas pensable », ni primat juridictionnel, « une notion bibliquement inconcevable ».

Interpellant les autres Eglises à propos de la primauté du pape, Jean Paul II avait surpris tout le monde en faisant, dans son encyclique sur l’œcuménisme « Ut unum sint » (« Qu’ils soient un! ») publiée en mai 1995, l’invitation suivante: « J’écoute les requêtes qui m’ont été adressées pour trouver une forme d’exercice de la primauté, ouverte aux nouvelles situations, sans pour autant renoncer à l’essentiel de ma mission ».

Cet appel surprenant a suscité, dans le monde chrétien, des réactions de tout genre. L’une des plus significatives est celle de Mgr Georges Khodr, métropolite grec-orthodoxe du Mont Liban. Il se demande comment les orthodoxes doivent se comporter en face du dogme romain de la primauté papale, qui heurte leur conception du gouvernement de l’Eglise.

« Nous ne prétendons pas que l’Eglise latine puisse annuler le Concile Vatican I, qui a promulgué l’infaillibilité du pape; pourtant il n’est pas concevable que nous, les orthodoxes, nous l’acceptions à l’aveuglette », lance-t-il. Et le métropolite Khodr de proposer une solution intermédiaire: faire une distinction entre les sept premiers conciles œcuméniques, communs aux deux Eglises, l’orientale et l’occidentale. Les conciles postérieurs eurent lieu en Occident, sans la participation de l’orthodoxie, comme c’est le cas du Concile Vatican I.

Le résultat de cette distinction, ajoute Mgr Khodr, serait que les décisions des conciles de l’Eglise latine obligeraient seulement les fidèles de cette Eglise, pas l’Eglise qui y était absente. Les décisions et les dogmes, proclamés dans les conciles latins, comme la primauté de l’évêque de Rome, obligeraient uniquement, en cas d’union, les membres de l’Eglise romaine. Mgr Khodr estime qu’autrefois les Eglises témoignaient de davantage de patience les unes à l’égard des autres. Aujourd’hui, l’œcuménisme semble à bout de souffle.

APIC: Dans votre livre « Et si je disais les chemins de l’enfance », vous remarquez que l’œcuménisme s’est embarqué çà et là dans un « bureaucratisme monotone ». A vos yeux, il est souvent devenu une machine soucieuse avant tout de justifier sa propre existence et d’assurer sa survie… Constat sévère, non ?

Mgr Khodr: Engagé dans le dialogue avec les autres confessions chrétiennes – notamment en tant que président de la Commission chargée de l’œcuménisme du patriarcat grec-orthodoxe d’Antioche et délégué dans les réunions de la Commission panorthodoxe – je ne fais pas une critique systématique de l’œcuménisme. Je questionne les rouages des institutions qui n’assument pas à elles seules toute l’activité œcuménique; je pense notamment au fonctionnement du Conseil œcuménique des Eglises, et plus particulièrement du Conseil des Eglises du Moyen-Orient, le CEMO (en anglais MECC).

Parfois on a l’impression que tout cela tourne à vide, que peu de chrétiens se remettent en question, eux et leurs Eglises, dans une perspective historique et pastorale. Les Eglises se cramponnent à leurs structures et restent prisonnières de leur confessionalisme.

Dans l’encyclique « Ut unum sint », le pape propose que l’on analyse la question de la primauté papale au cours du 1er millénaire et que l’on étudie les choses ensemble. Puis il convoque une consultation à Rome dont les conclusions n’ont pas été publiées à ma connaissance. Soudain, on peut lire sous la plume du cardinal Ratzinger qu’il n’est pas question de changer quoi que ce soit au dogme relatif à la position de l’évêque de Rome exerçant une juridication immédiate et universelle sur toute l’Eglise, ni de remettre en question l’infaillibilité papale. Pas question de revenir sur les dogmes du Concile Vatican I !

Il semble, pour ne reprendre que ce point important, que la papauté soit disposée à réviser des questions relatives au gouvernement de l’Eglise, à l’exercice de la primauté, mais pas d’en discuter le principe même. En juillet prochain, je suis invité à Baltimore, aux Etats-Unis, pour la réunion de la commission mixte orthodoxe-catholique pour en discuter.

APIC: Pour vous, la juridiction universelle du pape est un obstacle insurmontable…

Mgr Khodr: L’Eglise romaine elle-même a développé en long et en large la question de la collégialité lors du Concile Vatican II. La collégialité épiscopale, pour être précis. Mais elle a tout de même insisté sur l’Eglise locale et a bien dit que l’Eglise du Christ se révèle, se manifeste dans l’Eglise locale présidée par l’évêque, apostolique, légitime, orthodoxe. Mais l’Eglise romaine n’a pas pu mettre en harmonie ces assertions du Concile Vatican II avec ce qui avait été défini fondamentalement comme dogme par Vatican I.

Il y a là, à l’évidence un certain décalage. D’une part on affirme la juridiction immédiate et universelle du pape sur toute l’Eglise. Et le pape actuel ne s’embarrasse pas d’employer le terme d’ »évêque universel », qui n’a même pas été accepté par Vatican I en 1870. Que veut dire cette expression d’ »évêque universel » ? Cela veut dire qu’il exerce une juridiction sur les évêques du monde entier. Il leur donne des ordres, opère les déplacements d’évêques, accepte ou refuse ce que lui proposent les synodes locaux. Les Conférences épiscopales ne valent rien en vérité. Le Concile œcuménique n’a droit à rien. Paul VI a bien précisé que tout le Concile était pour le pape un organe consultatif. Pour nous, cela reste inconciliable.

APIC: Vous êtes pour une communion d’Eglises. Accepteriez-vous le rôle de l’évêque de Rome défini de manière nouvelle, comme coordinateur et premier chef d’Eglise et patriarche, pour les anciens centres apostoliques, à savoir Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem, la « pentarchie » du premier millénaire ?

Mgr Khodr: Evidemment, la « pentarchie » est dépassée pour des raisons historiques, du fait de la disparition de l’empire byzantin. On pourrait imaginer des patriarcats continentaux, pourquoi pas un patriarcat français ou un allemand. Mais les Eglises locales ou régionales pourraient tout de même reconnaître à l’évêque de Rome un ensemble de privilèges.

Le point fondamental est de savoir s’il y a un pouvoir divin dans l’évêque de Rome, parce qu’il est installé sur le siège apostolique de Pierre. Ou cela ne vient-il pas du simple fait d’un consensus catholique ? Personnellement, je suis partisan que l’évêque de Rome ait davantage qu’un primat d’honneur. Je n’aime pas employer le concept de « ministère de l’unité », qui court à Rome depuis quelques décennies, parce qu’un tel ministère n’est pas prévu dans les Ecritures saintes ni dans la tradition ancienne.

Un synode permanent pour conseiller le pape

On pourrait cependant imaginer un exercice pratique du ministère de l’unité sans décision divine, mais issu de la volonté des Eglises. Il faudrait autour du pape une espèce de synode permanent, qui ne serait pas la curie, et dont toutes les Eglises recevraient les conseils. Un primat juridictionnel est par contre bibliquement inconcevable, car l’évêque local lui-même possède, pour employer le vocabulaire catholique, la plénitude du sacerdoce. Avec son Eglise locale, il reçoit le Christ tout entier. L’évêque n’est pas un simple sous-préfet. Je vais assez loin dans la reconnaissance d’un rôle particulier pour le pape.

Quant à savoir si je suis représentatif des orthodoxes à ce propos, je pense qu’ils ne se sont pas encore vraiment posé cette question. Mais je raisonne à partir du fondement orthodoxe. Pour nous, cette primauté est d’ordre canonique, elle vient du Concile. On peut étendre canoniquement l’autorité du pape sans qu’elle comporte l’infaillibilité papale. Le concept lui-même d’infaillibilité papale n’est pas pensable, il n’a pas de sens.

APIC: Vos frères grecs-catholiques du Liban, développant le concept d’ »Eglise pont », se proposaient il y a peu de réintégrer l’Eglise orthodoxe tout en restant unis à Rome?

Mgr Khodr: Il y a belle lurette que l’Eglise melkite pense qu’elle n’est pas une « Eglise pont », étant donné que l’orthodoxie universelle a accès à l’évêque de Rome, directement. L’orthodoxie n’a pas besoin d’intermédiaire pour parler avec Rome. L’ancien archevêque melkite de Baalbek, Mgr Zoghbi, est allé beaucoup plus loin que son synode en déclarant: « Je crois en tout ce qu’enseigne l’orthodoxie orientale ». Il a fait une profession de foi orthodoxe, ce que ses confrères n’ont pas fait.

Mgr Zoghbi m’a demandé de soussigner cette déclaration. « Je considère que les conditions de l’unité posées par Mgr Elias Zoghbi constituent les conditions suffisantes et nécessaires pour l’union de l’orthodoxie avec Rome », ai-je écrit. Personnellement, je n’ai jamais parlé des grecs-catholiques. Ce texte de Mgr Zoghbi soussigné par moi a été accepté par plus de 20 prélats et abbés, dans les coulisses du synode melkite, mais sans décision formelle. Le synode melkite lui-même n’a pas parlé d’adhérer à la foi orthodoxe.

Un obstacle à l’unité: le Concile Vatican I

Mgr Zoghbi a parlé de vouloir réaliser la réconciliation totale et l’union de ces deux parties de l’Eglise antochienne tout en maintenant l’autorisation d’être en communion avec Rome. Une partie de cette Eglise réconciliée serait en communion avec Rome, la majeure partie pas. Nous ne pouvons pas avoir une partie de l’Eglise qui pratiquerait l’unité sacramentelle avec Rome et une autre qui ne le ferait pas. Il y a un conflit avec Rome, dans ma réflexion, surtout à cause du Concile Vatican I.

A l’heure actuelle, si l’on ne veut pas être trop tatillon, le problème du « Filioque » a été pratiquement résolu. (Selon le Credo adopté par les Conciles de Nicée en 325 et Constantinople en 381, on professe: « L’Esprit procède du Père… », formule à laquelle les Occidentaux ont ajouté quelques siècles plus tard « et du Fils »/ »Filioque », un changement de formule qui allait contribuer à la rupture entre l’Eglise occidentale et l’Eglise orientale).

Les petites choses – pains azymes, baptêmes par immersion ou par aspersion, etc. -, les orthodoxes n’en parlent plus. Le problème insurmontable reste la primauté du pape et l’infaillibilité. La réconciliation entre les deux parties de l’Eglise antochienne – dont l’une garderait implicitement l’ecclésiologie romaine et l’autre non – n’est pas possible sur cette base. De plus, selon nos informations, Rome n’était pas d’accord avec cette proposition.

Depuis un certain temps, les uniates (ces catholiques orientaux sortis de l’Eglise orthodoxe, attirés par les réalisations comme les hôpitaux ou les écoles catholiques) ont changé. Ils se convertissent à l’oecuménisme et ne font pratiquement plus de prosélytisme. Les pères paulistes grecs-catholiques, dont la visée inscrite dans leur charte de fondation est d’amener les orthodoxes à l’obédience romaine, y ont officiellement renoncé. Mais cet héritage douloureux reste vif dans les mémoires.

APIC: Outre votre ouverture œcuménique, vous êtes également engagé dans le dialogue avec les musulmans.

Mgr Khodr: Au Proche-Orient, depuis fort longtemps, il n’y a plus le statut de « dhimmis » (le statut de protection assuré par les musulmans aux « gens du Livre », juifs et chrétiens, qui devaient en contrepartie payer la capitation, l’impôt par tête). Dans l’empire ottoman, il a été supprimé au milieu du XIXème déjà. La psychologie de « dhimmis » persiste cependant, qui joue dans les deux sens, en fonction de la communauté qui prime à un moment donné.

Au Liban, dans le passé, les chrétiens maronites, comme communauté dominante, ont bénéficié de privilèges par rapport aux autres communautés, chrétiennes et musulmanes. De ce point de vue, les sociétés arabes ne sont pas encore laïcisées.

APIC: La preuve, avec le procès fait au poète libanais Marcel Khalifé, traîné devant les tribunaux uniquement pour avoir chanté un verset du Coran…

Mgr Khodr: Il faut toutefois rappeler que le jugement lui a été favorable. C’est une affaire stupide et déraisonnable, car même des musulmans conservateurs étaient contre ce procès. Des chiites, mais aussi des sunnites, et tous les intellectuels libanais. A Beyrouth, des milliers de jeunes – chrétiens et musulmans mélangés – lui ont fait la fête. C’est bon signe.

L’islam libanais dans son ensemble, dominé par la bourgeoisie d’argent sunnite, n’est pas en faveur des groupuscules intégristes. Tout le monde, chrétiens et musulmans confondus, a condamné les affrontements qui ont opposé la veille du Nouvel An à Denniyé, au nord du Liban, l’armée libanaise aux miliciens du groupuscule intégriste sunnite « al-Takfir wal-Hijra ». A part les incidents exceptionnels au nord de Tripoli, qui ont fait près de 50 morts, l’intégrisme sunnite ne pratique pas le terrorisme. Les chiites ne le pratiquent pas du tout.

Des attentats contre les église de Tripoli pour protester contre la guerre en Tchétchénie

Les grenades qui ont été lancées à la fin de l’an dernier sur l’esplanade de nos églises à Tripoli étaient plutôt une manifestation de protestation contre la guerre menée par la Russie en Tchétchénie. Comme nous sommes orthodoxes, ils pensent que nous sommes d’accord avec la Russie. Mais est-ce que Boris Eltsine et maintenant Poutine ont consulté mon patriarche à Damas pour livrer la guerre aux Tchétchènes ? Lors de la guerre en Bosnie et au Kosovo, il y a aussi eu des manifestations de ce type, mais moins violentes. Les émotions populaires sont vite à fleur de peau, comme j’ai pu m’en rendre compte quand j’ai écrit un article dénonçant la destruction de la Serbie. Pour une fois, les musulmans soutenaient une intervention américaine, car celle-ci était en faveur des musulmans du Kosovo. Les réactions à mon égard ont été véhémentes, à la limite de la violence. Mais ces phénomènes ne visent pas la présence chrétienne en tant que telle.

APIC: Les chrétiens peuvent-ils se sentir tout à fait chez eux au Liban?

Mgr Khodr: D’après moi, les chrétiens libanais dominent encore en grande partie la scène nationale. Ils sont les plus riches, occupent des positions enviables, ont leurs propres universités confessionnelles, comme Balamand pour les orthodoxes, deux universités maronites, l’Université St-Joseph, qui est latine, l’Université américaine qui est plus ou moins presbytérienne…

L’intelligentsia libanaise est surtout chrétienne. Les plus grands poètes, écrivains et romanciers du monde arabe sont chrétiens. Les chrétiens n’ont en fait à se plaindre de rien au Liban. Parfois ils se sentent malheureux parce qu’ils ont perdu ici ou là quelques privilèges – tel ou tel poste de directeur général dans un ministère… – mais cela est normal, parce que les autres sont plus nombreux.

Au Liban, l’expérience quotidienne de la convivialité

D’autre part, aujourd’hui, les musulmans sont instruits. Dans ma jeunesse, médecins, avocats, ingénieurs, tous étaient chrétiens. C’est du passé, car tout le monde aujourd’hui a accès aux études. Jusqu’aux années 60, les chiites étaient des paysans incultes, à part certains imams. Maintenant les étudiants les plus brillants que je rencontre à l’Université libanaise, où j’ai enseigné la civilisation islamique, sont des chiites.

Au Liban, nous faisons l’expérience de la convivialité en vivant ensemble, mélangés. A part quelques endroits, il n’y pas de quartiers uniquement chrétiens. On se réjouit des fêtes des autres, on se présente mutuellement des vœux. Il n’existe en principe pas d’hostilité entre les gens. Le dialogue islamo-chrétien est avant tout une réalité de la vie quotidienne.

Personnellement, je me vois comme un témoin du Christ dans le monde arabe. Mais je ne suis pas le seul à avoir brisé les murs de séparation entre chrétiens et musulmans. Pour ce faire, il faut avoir prouvé son amour des musulmans. Je le fais en défendant leur cause, qui est aussi en grande partie la nôtre. Je défends la cause de la justice, du pauvre, la cause des Arabes, la cause palestinienne. Quand les musulmans sentent que vous êtes sincère, que vous êtes vrai et juste envers eux, alors ils vous accueillent. Ils croient en vous et le message de Jésus passe par là. Ils respectent les hommes pieux et les hommes de savoir.

APIC: Vous voyez les chrétiens du Liban comme un pont vers le reste du monde arabe, aux plans intellectuel et culturel. Ils ont beaucoup apporté à l’ »arabisme »…

Mgr Khodr: D’un bout à l’autre du monde arabe, les gens pensent encore – à tort ou à raison – que le Liban est leur pays de rêve, que c’est là où se trouve la grande culture, le grand raffinement. Ils le disent: c’est dû au fait que les chrétiens libanais sont depuis quatre siècles en contact avec la culture européenne. Jusqu’à ce jour, ce sont les chrétiens – que ce soit en Syrie, au Liban ou en Palestine – qui ont la meilleure maîtrise de la langue arabe. Dès le XVIIème siècle, l’apport des chrétiens à la grammaire et à la linguistique a été considérable.

Les chrétiens, en effet, dans leur histoire ancienne et récente, ont été les promoteurs de la culture arabe, en particulier dans l’espace syro-libanais. Ils ont joué un grand rôle, dès le milieu du XIXe siècle, pour la Renaissance arabe, la « Nahda ». L’imprimerie, la presse, la littérature, la musique, le théâtre, voire la pensée politique, leur doivent beaucoup. Grâce à cette ouverture à la fois au monde arabe et au monde occidental.

Sur le plan culturel, en effet, avant que les chrétiens ne forgent le concept d’arabisme qui était le seul cri de ralliement possible contre le régime ottoman, ils avaient déjà une présence intense dans le monde arabe. Ce sont eux qui traduisirent le patrimoine de la philosophie grecque. Quand on relève que ce sont les Arabes qui transmirent cette philosophie à l’Occident, il faut préciser que des musulmans comme Averroès n’ont eu eux-mêmes accès à ce patrimoine que grâce aux chrétiens arabisés. Auparavant, les prémisses de la philosophie proprement musulmane furent posées grâce à la problématique posée par saint Jean Damascène dans ses prolégomènes à la foi orthodoxe.

Les chrétiens, seuls médecins de l’empire musulman jusqu’à Avicenne

Les seuls médecins de l’empire musulman jusqu’à l’avènement d’Avicenne furent chrétiens. De même les pharmacologues et les maîtres de la science maritime. La calligraphie arabe fut créée par les chrétiens à partir du nabatéen de Pétra. Ces mêmes chrétiens dirigeaient l’administration et les finances en grec, pour la bonne et simple raison que les gouvernants venant d’Arabie n’avaient pas d’autres connaissances que le Coran, la poésie et l’art de la guerre. Dans ce sens, les conquis furent les maîtres des conquérants. Les ascètes musulmans ont eux aussi été inspiréés par les traités d’ascèse syriaque de même que les soufis sont tributaires des mystiques chrétiens de langue grecque.

APIC: Peut-on dire, du point de vue du développement de la pensée musulmane, que la porte de l’ijtihad (l’effort juridique) s’est réouverte aujourd’hui, après avoir été fermée pendant des siècles ?

Mgr Khodr: Dans le sunnisme, la porte n’est pas encore ouverte. L’ouverture s’observe surtout chez les chiites. Ainsi, à titre d’exemple: il n’y avait pas un seul ouléma musulman il y a trois ans qui disait que pour connaître le christianisme, il faut lire l’Evangile. Cette simple affirmation, qui va de soi, était inexistante. On estimait qu’il suffisait, pour connaître Jésus, de lire le Coran, considéré comme seule source authentique de la connaissance du christianisme. Nous avons brisé tout cela. Maintenant des oulémas écrivent que pour connaître Jésus, il faut lire le Nouveau Testament et les textes chrétiens. (apic/be)

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