Comptant parmi les fgures spirituelles les plus marquantes du christianisme au Proche-Orient, Mgr Georges Khodr est un théologien renommé et un éditorialiste influent dans un important quotidien libanais de langue arabe, « An Nahar ». Le métropolite de Byblos, Botris et du Mont-Liban, né en 1923, est l’un des grands inspirateurs du renouveau de l’Eglise orthodoxe au Liban et en Syrie. Très engagé dans le dialogue avec l’Islam, Mgr Khodr est l’auteur d’une œuvre abondante.
Premier à être traduit en français des livres du théologien libanais, « Et si je disais les chemins de l’enfance » (Editions « Le Sel de la Terre »/Pully et « Cerf »/Paris, 1997) est son texte le plus personnel: la trajectoire et le portrait d’un « ami » qui n’est autre que lui-même. Plus qu’une autobiographie, c’est l’histoire d’une âme qui, au cœur de son temps, témoigne de son cheminement vers la lumière du Christ ressuscité.
Entre inspiration mystique et engagement politique, c’est l’occasion pour l’auteur de méditer sur ses thèmes les plus chers: le mystèère de la personne, le sacrement de l’autel et le sacrement du frère, la mémoire et l’identité, la transfiguration du corps, la profondeur spirituelle de l’amitié, le Royaume de Dieu et le royaume de César, la rencontre de l’Orient et de l’Occident, l’épreuve de la maladie, la traversée de la mort.
o ISBN 2-204-05692-8 o Coédition Éd. du Cerf-Le Sel de la terre o
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« Mémoire et réconciliation. L’Eglise et les fautes du passé »,
Rome, 1er mars 2000 (APIC) Publié en France le 1er mars 2000, le document « Mémoire et réconciliation. L’Eglise et les fautes du passé » rédigé par la Commission théologique internationale présidée par le cardinal Josef Ratzinger, explique en six chapitres les raisons, les conditions et le contenu exact de demandes de pardon auxquelles Jean-Paul II invite à l’occasion de l’an 2000. L’APIC en donne ci-dessous une présentation résumée.
Le premier chapitre situe ces demandes du pape par rapport à l’histoire et à la définition de l’Eglise. Ce jubilé est le premier dans l’histoire de l’Eglise qui donne lieu à une telle prise de conscience d’éventuelles fautes du passé de l’Eglise, et du besoin d’en demander pardon à Dieu, fait-il remarquer.
Il faut faire une distinction entre l’Eglise « Epouse du Christ » qui est « sainte et immaculée », et ses fils, qui sont « pécheurs et pardonnés ». Parce que l’Eglise est sainte, « la purification de la mémoire ne pourra jamais signifier qu’elle renonce à proclamer la vérité révélée qui lui a été confiée, que ce soit dans le domaine de la foi ou dans celui de la morale ». Toutefois, « l’Eglise contient des pécheurs en son propre sein ». « Elle est donc à la fois sainte et appelée à se purifier, poursuivant constamment son effort de pénitence et de renouvellement ».
Ces distinctions étant complexes, il faut des « critères de discernement » pour évaluer aujourd’hui la culpabilité ou la responsabilité des vivants pour les fautes du passé. Ainsi, on ne peut pas imputer des fautes commises dans le passé par des membres d’une communauté religieuse à ceux qui font partie aujourd’hui de cette même communauté, de la même façon que l’on ne peut pas attribuer à tous les juifs la passion du Christ. Par ailleurs, les membres des Eglises séparées d’aujourd’hui ne sont pas responsables des fautes qui ont été commises par leurs ancêtres lorsque ces divisions se sont produites. « Le péché est toujours personnel même s’il blesse l’Eglise entière », affirme le document, et les situations dites de « péché social » sont toujours, en réalité, « le résultat de l’accumulation et la concentration des péchés personnels ».
Pardon de Dieu et pardon du prochain
Le deuxième chapitre étudie les fondements bibliques des demandes de pardon de Jean-Paul II. « On trouve des confessions de péchés liées à des demandes de pardon dans toute la Bible », fait-il remarquer, avec un « sens de la solidarité entre les générations dans le péché ». Si dans l’Ancien Testament, « la confession est adressée uniquement à Dieu », le Nouveau Testament, en revanche, introduit l’idée que la demande de pardon faite à Dieu est liée à une demande de pardon faite à son prochain, ce que l’on voit dans la prière du « Notre Père » enseignée par le Christ.
« Rien n’indique que l’Eglise des origines ait porté son attention sur les péchés du passé pour demander pardon », souligne ensuite le document. Toutefois, cette même Eglise « devait avoir une conscience aiguë des manquements possibles des baptisés », puisque les les disciples sont décrits dans le Nouveau Testament avec leurs faiblesses, à commencer par saint Pierre qui a renié le Christ.
Ces éléments permettent de conclure, lit-on dans ce deuxième chapitre, que si l’appel adressé par Jean-Paul II à l’Eglise pour cette année jubilaire et les pratiques qui s’y rattachent – ne trouvent pas de « correspondance univoque » dans le témoignage biblique, ils se fondent toutefois sur ce que la Bible affirme « au sujet de la sainteté de Dieu, la solidarité entre les générations de son peuple, et de la reconnaissance de l’état de pécheur ». « L’appel du pape recueille l’esprit authentique du Jubilé biblique qui demande d’accomplir des actes destinés à rétablir le dessein originel de Dieu envers la création ».
Sainteté de l’Eglise et sainteté dans l’Eglise
Le troisième chapitre explique quelles sont les conditions théologiques des demandes de pardon. Il faut distinguer « la sainteté de l’Eglise » et « la sainteté dans l’Eglise », explique-t-il. La sainteté de l’Eglise « a son fondement dans les missions du Fils et de l’Esprit et garantit la continuité de la mission du peuple de Dieu jusqu’à la fin des temps ». L’Eglise est sainte parce qu’elle constitue « un milieu générateur de foi et de sainteté ».
La sainteté dans l’Eglise est la sainteté personnelle de chaque baptisé, qui est « orientée vers le bien de tous », et a donc un caractère « social ».
A la sainteté de l’Eglise devrait correspondre la sainteté dans l’Eglise. Mais ce n’est pas toujours le cas, et l’Eglise, en tant que « Mère », se trouve « atteinte par le péché de ses fils ». L’importance du péché n’est donc « pas exclusivement individuelle ». De même que « la sainteté des uns influe sur la croissance dans le bien des autres », le péché personnel « pèse et oppose une résistance sur le chemin du salut de tous ». Cela rend l’Eglise « en un certain sens, pécheresse », et la conduit à faire pénitence pour les péchés des baptisés, « même si c’est une conviction de la foi que la sainteté est plus forte que le péché ».
Nécessité d’un jugement historiquement correct
Le quatrième chapitre fait le lien en entre l’évaluation historique des actes jugés mauvais, et les conditions théologiques des demandes de pardon. Il faut d’une part éviter de « chercher à tout justifier », et d’autre part ne pas créer « une culpabilisation indue », fondée sur « l’attribution de responsabilités historiquement insoutenables », explique-t-il.
Un « jugement historique correct » est donc nécessaire pour identifier les fautes du passé et parvenir à la « certitude morale que ce qui a été fait contre l’Evangile par certains fils de l’Eglise, et en son nom, aurait pu être jugé comme tel par eux, et évité ».
Toutefois, l’Eglise « ne redoute pas la vérité qui émerge de l’histoire et elle est prête à reconnaître les erreurs là où elles sont assurées, surtout quand il s’agit du respect dû aux personnes et aux communautés », affirme le document. L’Eglise considère en effet que « les baptisés d’aujourd’hui se sentent liés aux baptisés d’hier ». « De même qu’ils bénéficient de leurs mérites et se nourrissent de leur témoignage de sainteté, ils sentent aussi le devoir s’assumer le poids actuel de leurs fautes, après avoir opéré un discernement attentif historique et théologique ».
Par conséquent, « l’Eglise confie l’enquête sur le passé à une reconstitution scientifique patiente et honnête, libre de préjugés de type confessionnel ou idéologique, soit pour ce qui concerne les imputations qui lui sont faites, soit pour les torts qu’elle a subis ».
Responsabilité objective et responsabilité subjective : distinguer l’acte de la personne
Le cinquième chapitre explique qu’un « discernement éthique » est nécessaire pour comprendre la responsabilité de ceux qui ont commis des fautes. On distingue la responsabilité « objective » qui se rapporte à la valeur de l’acte bon ou mauvais en lui-même et la responsabilité « subjective » qui concerne l’idée de l’acte qu’a la personne qui l’accomplit.
« La responsabilité subjective disparaît à la mort de celui qui a accompli l’acte. Elle ne se transmet pas par génération. Les descendants n’héritent donc pas de la responsabilité subjective des actes de leurs ancêtres », explique le document.
En revanche, la responsabilité « objective » est « susceptible de se prolonger dans l’histoire », à travers les conséquences des actions mauvaises qui ont été commises. Ces actions peuvent devenir « un fardeau pesant sur la conscience » et une sorte de « mémoire collective ». « C’est alors qu’il devient possible de parler d’une responsabilité commune objective » qui nécessite une « purification de la mémoire ». Celle-ci signifie « éliminer de la conscience personnelle et collective toutes les formes de ressentiment et de violence laissées par l’héritage du passé ».
Le fait d’admettre honnêtement les fautes passées peut avoir un « caractère d’exemplarité » sur les mentalités dans l’Eglise comme dans la société civile, souligne par ailleurs le document. « En ce sens, les demandes de pardon de Jean-Paul II constituent un exemple qui met en évidence un bien et en stimule l’imitation, en appelant les individus et les peuples à un examen de conscience honnête et fructueux, en vue de tracer des chemins de réconciliation ».
La division des chrétiens, l’usage de la violence, les rapports avec les juifs
Le document cite quatre exemples de fautes souvent évoquées par Jean-Paul II. Il aborde la question de la division des chrétiens, celle de l’usage de la violence au service de la vérité avec les « omissions possibles dont les fils de l’Eglise se seraient rendus responsables dans diverses situations, à propos de la dénonciation des injustices et des violences » -, et celle du rapport entre les chrétiens et les juifs. « L’hostilité ou la défiance de nombreux chrétiens envers les juifs au cours des temps est un fait historique douloureux », peut-on lire à ce sujet, et les chrétiens n’ont pas toujours offert toute l’aide possible aux juifs persécutés pendant la seconde guerre mondiale. « Ce fait constitue un appel à la conscience de tous les chrétiens d’aujourd’hui », affirme le texte. « Il exige un acte de repentir et devient un éperon pour que soient redoublés les efforts en vue d’être transformés par un renouvellement de l’intelligence et que soit maintenue la mémoire morale et religieuse de la blessure infligée au juifs ». « Dans ce domaine, tout ce qui a déjà été fait pourra être confirmé et approfondi ».
Enfin, le document évoque les responsabilités des chrétiens « dans les maux d’aujourd’hui », à savoir des « phénomènes négatifs comme l’indifférence religieuse, l’absence diffuse du sens de la transcendance de la vie humaine, un climat de sécularisme et de relativisme éthique, la négation du droit à la vie de l’enfant à naître, sanctionnée par les lois abortives, et une large indifférence aux cris des pauvres venant de secteurs entiers de la famille humaine ». « Les croyants eux-mêmes portent souvent à cet égard une certaine responsabilité », affirme le texte, lorsqu’ils n’ont pas vécu suffisamment « de manière à manifester aux autres le vrai visage du Dieu vivant » à travers « l’amour réciproque ».
Se laisser réconcilier avec Dieu pour réparer les offenses
Le sixième chapitre explique les finalités de ces demandes de pardon. Elles sont utiles parce que « les péchés du passé demeurent comme autant de tentations pour aujourd’hui », parce qu’elles permettent une « réforme permanente du peuple de Dieu », parce qu’elles donnent l’occasion à l’Eglise de rendre un « témoignage » à Dieu – premier destinataire de ces demandes de pardon – et d’ »accomplir les actes de réparation qui conviennent » envers ceux que l’on a offensés.
Le but est également de « se laisser réconcilier par Dieu » pour « devenir capables d’offrir le pardon à ceux qui nous ont offensés », cette offre de pardon étant « particulièrement significative si l’on pense à toutes les persécutions subies par les chrétiens au cours de l’histoire ».
Par ailleurs, « les actes accomplis et demandés par le pape concernant les fautes du passé revêtent une valeur exemplaire et prophétique, aussi bien pour les religions que pour les gouvernements et les nations, au-delà de l’Eglise catholique ».
Enfin, au plan oecuménique, ces demandes de pardon cherchent évidemment à promouvoir la réconciliation et l’unité des chrétiens.
Le document fait enfin quelques recommandations concernant l’opportunité de ces demandes de pardon. Il recommande de tenir compte du fait que ces actes de repentir peuvent être perçus différemment selon les contextes religieux, culturels, politiques, sociaux ou personnels. Il faut donc en évaluer la portée – en particulier celle que vont lui donner les médias – notamment dans les pays où les chrétiens sont minoritaires. Il ne s’agit pas en effet que ces demandes de pardon « confirment les préjugés négatifs ou des attitudes de mépris et d’hostilité » contre les chrétiens, ou que ces actes soient interprétés comme « confirmant des préjugés à l’égard du christianisme ».
Enfin, si ces demandes de pardon peuvent faire grandir la « crédibilité du message de l’Eglise » s’ils proviennent de l’obéissance à la vérité et ont pour but la réconciliation, il serait dommage qu’elles brisent l’élan de l’évangélisation « en exagérant les aspects négatifs ».
Enfin le document souligne que ces demandes de pardon seraient d’autant plus positives s’il y avait « dialogue et réciprocité entre les parties », et qu’elles incitaient également les fidèles des autres religions « à reconnaître les fautes de leur propre passé ». Toutefois, conclut-il, cette réciprocité est « parfois impossible », et n’est donc pas forcément « indispensable ». « La gratuité de l’amour s’exprime souvent par une initiative unilatérale ». (apic/imed/mp)
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