La rencontre a été l’occasion d’évoquer le prochain voyage de Jean-Paul II, les négociations de paix, le statut de Jérusalem ou la construction de la mosquée en face de l’église de l’Annonciation à Nazareth. Sans oublier les remous causés par les propos de Lionel Jospin concernant le Hezbollah.

La prochaine visite de Jean Paul II en Israël sera un grand moment, mais il n’est pas question qu’Israël cède à qui que ce soit le moindre droit sur la ville de Jérusalem. L’ambassadeur d’Israël en France Eliahou ben Emissar, a tenu un langage musclé deva

Né en Pologne, ancien ambassadeur d’Israël en Egypte (il fut le premier) et aux USA, ex-journaliste, longtemps chef de l’information du Likoud, Eliahou ben Emissar est diplômé en sciences politiques, en philosophie et en histoire. L’homme est affable mais ne cache pas une certaine passion quand on aborde les questions délicates…

Quel est l’impact à vos yeux du voyage de Jean-Paul II en Israël ?

Eliahou ben Emissar : C’est évidemment un événement historique. Les deux grands rabbins d’Israël (ndlr : le grand rabbin ashkénaze et son homologue sépharade) veulent lui donner un accueil chaleureux et ont dénoncé les extrémistes juifs hostiles à cette visite, très minoritaires du reste. La visite de Jean-Paul II à Yad Vashem, le musée de l’holocauste, sera assurément un grand moment. A mon sens, cela représente la reconnaissance de la responsabilité chrétienne dans la Shoah, vue en quelque sorte comme le sommet empoissonné des persécutions chrétiennes antijuives. Antijudaïsme et antisémitisme sont étroitement liés. Mais tout cela est passé et aujourd’hui les relations entre nos deux religions sont bienveillantes.

Comment percevez-vous l’accord signé récemment entre le Vatican et les autorités palestiniennes ?

EbE: Vous n’ignorez qu’il a provoqué des haussements de sourcils. Tout a été dit à ce sujet. No comment.

Le premier ministre français Lionel Jospin, a dénoncé l’action «terroriste» du Hezbollah au sud Liban. Cela a suscité une vive polémique dans les pays arabes et en France. Comment voit-on cela du côté israélien ?

EbE: Sauf à lire la presse française, nous n’aurions pas perçu de changement. Jospin n’a-t-il pas rappelé que la France préconisait la création d’un Etat palestinien prospère et démocratique ? Pour nous, il n’y a pas de doute que le Hezbollah est une organisation musulmane intégriste qui n’a jamais voulu d’un Moyen Orient stable et en paix. C’est pourquoi nous comprenons mal toute cette agitation en France et encore plus mal l’accueil «caillasseux» réservé à Lionel Jospin à l’université de Bir Zeit, quand celle-ci doit tant à la France !

Qu’entendez-vous par «un Moyen-Orient stable et en paix» ?

EbE: Nous sommes réalistes et demandons simplement de vivre en bon termes avec nos voisins arabes. Le rêve serait de vivre des échanges culturels et économiques dynamiques, comme en Europe. Mais le contexte moyen-oriental, au plan culturel et religieux notamment, est très différent du contexte européen. J’ai moi-même signé près de 40 accords d’échange avec l’Egypte. Ils sont tous restés sans suite !

Pourquoi ?

EbE: Parce que les autorités égyptiennes ne veulent pas que ces échanges s’approfondissent ! Cela après 20 ans d’ouverture réciproque de nos frontières. Près d’un million d’Israéliens ont fait le voyage en Egypte. Une poignée d’Egyptiens seulement sont venus en Israël !

Des négociations vont reprendre le 20 mars entre la Syrie, le Liban et Israël…

EbE: Personne aujourd’hui ne peut prétendre à une évaluation précise de la politique syrienne. Le président Assad est un bloc de mystère. Ceci étant, je vois mal comment il pourrait ne pas faire suite à tous les gestes de bonne foi que le premier ministre d’Israël lui a adressés. Cela devrait bien finir par porter quelques fruits. Quand bien même il demeure que les Syriens redoutent la puissance israélienne et que les Israéliens ne portent pas les Syriens dans leur coeur, car avec eux on vient de loin . La paix devra s’enraciner sur le terrain, sur des point concrets (35 % de l’eau consommée par Israël vient du plateau du Golan), avec des preuves de permanence. Mais Israël ne laissera pas la Syrie être riveraine du lac Tibériade et du Jourdain. Quant au Liban, nous sommes prêts à quitter sans contrepartie la zone sud actuellement occupée, à condition, bien sûr, que ce ne soit pas une base d’agression contre Israël.

Lionel Jospin a rappelé que Jérusalem appartient un peu à chacun. Comment son statut peut-il évoluer ?

EbE: Jérusalem appartient un peu à chacun mais chacun peut exister sans Jérusalem et trouver son être ailleurs : les chrétiens ont Rome, les musulmans la Mecque. Les juifs, eux, ne peuvent pas exister sans Jérusalem. Pour nous, Jérusalem est le coeur, l’âme, la nation. Un juif donnera tout, mais jamais Jérusalem. Nous ne sommes prêts à aucun partage. Jérusalem est intouchable. Là-dessus, il y a une quasi-unanimité des juifs et des israéliens. Nous comprenons bien la position du pape sur ce sujet et ne demandons pas qu’ils reconnaissent ’de jure’ Jérusalem capitale d’Israël, mais qu’il reconnaisse sa place spéciale dans l’être même du juif. Par ailleurs, nous voulons donner satisfaction à tous les croyants pour qu’ils aient le contrôle exclusif de leurs lieux de culte et de leurs lieux saints.

La liberté religieuse n’est pourtant pas garantie pour les nombreux fidèles des territoires occupés qui ne peuvent se rendre sur leurs lieux saints à cause des nombreux barrages !

EbE: Pour la dernière fête musulmane, l’Aïd el Fitr, 500’000 musulmans se sont réunis sur le Mont du Temple. Soit la moitié de la population des environs. Nous travaillons à supprimer les bouclages et gardons espoir qu’ils disparaîtront avec les accords israélo-palestiniens.

Ces blocages ne seront-ils pas intensifiés pendant la visite papale ?

EbE: Notre volonté est que tous les chrétiens palestiniens puissent accueillir le pape là où il se rendra. Ceci étant, le but suprême reste la sécurité personnelle du pape. C’est l’intérêt des Israéliens mais aussi des Palestiniens, surtout après les incidents de Bir Zeit.

L’Etat israélien ne devrait-il, pas à l’image de l’Eglise, faire repentance pour des actions coupables, comme la colonisation des territoires palestiniens, dont chacun sait que c’est un frein aux négociations de paix ?

EbE: Hébron, Siloë, Bethleém ne sont-ils pas des lieux présents, ô combien, dans la Bible ? Et les juifs établiraient des «colonies» là où leurs ancêtres ont eut leur berceau ? Ce n’est pas sérieux ! La nation arabe dispose de 13,5 millions de km2 pour une population de 300 millions d’habitants et elle aurait besoin de nos 5’000 km2 ? Israël a donné Hébron aux Palestiniens car la population y est à une majorité écrasante palestinienne. Mais c’est comme si nous avions donné notre berceau, l’équivalent de Reims pour les Français. Demander pardon pour cela est incompréhensible. On doit, au contraire, présenter ses excuses au peuple juif pour l’avoir si longtemps blâmé.

Tout de même, le non-respect du droit international, notamment des résolutions de l’ONU, n’est-il pas un frein à la paix ?

EbE: A partir de quand le droit international s’applique-t-il ? Israël a accepté en 1947 le plan de partage proposé par l’ONU alors qu’il a été rejeté via un acte de guerre par le monde arabe. Pourquoi, 50 ans après, revenir à ces résolutions ? Si tel devait être le cas, l’aéroport Ben Gourion serait en territoire arabe. Absurde ! Nous sommes là sur un terrain glissant et, en forçant le trait, je dirais que chacun a son droit international. N’oublions pas qu’au Moyen-Orient, tout est tellement inbriqué et compliqué.

Ira-ton un jour vers un Etat israélien laïc ?

EbE: Impossible. La religion juive et l’appartenance au peuple juif ne font qu’un. Le judaïsme est une religion mononationale et le peuple juif un peuple monoreligieux. C’est une spécificité qui cause beaucoup de problèmes, j’en conviens. La revendication d’une séparation entre la sphère religieuse et l’Etat n’a pas d’échos chez nous, elle reste très minoritaire. Voyez, en Israël seulement 30 à 35 % des juifs sont pratiquants mais 80 % jeûnent pendant Yom Kippour et 70 % ne mangent pas de pain pendant la Pâque juive.

A Nazareth, pourquoi avoir accédé à la demande d’islamistes locaux désireux de construire une mosquée juste en face de l’église de l’Annonciation ? Ce dossier n’empoisonne-t il pas toute les parties ?

Certes et je confesse que nous avons commis là une erreur d’appréciation. Mais, par pitié, que notre bonne foi ne doit pas être mise en doute. (apic/jcn/mp)

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