Des évêques traquent des images religieuses

Brésil : Polémique religieuse en plein carnaval

Sao Paulo, 6 mars 2000 (APIC) Le débat séculaire entre le sacré et le profane fait la une des journaux brésiliens à l’occasion du carnaval. Cause de la polémique: Les responsables des Eglises de Sao Paulo, de Santa Catarina, et de Rio de Janeiro ont décidé d’attaquer en justice les écoles de samba qui représentent des symboles ou images religieuses dans leurs défilés.

L’archidiocèse de Sao Paulo et le mouvement ultra-conservateur « Tradition, Famille et propriété » (TFP) ont réussi in extremis d’empêcher aux spectateurs la présentation d’une Pieta sur un char de l’école de samba « Aguia de Ouro ». La sculpture est une copie de la Pieta de Michel Ange. Mais au lieu du Christ soutenu par la Vierge Marie, on y trouve un Indien mort avec les signes de la crucifixion sur les mains et sur les pieds. Quelques heures avant le début du défilé, la justice a interdit la présentation de la statue.

Malgré la pression des avocats de Mgr Claudio Hummes, archevêque de Sao Paulo, d’autres écoles de samba ont pourtant défilé samedi et dimanche avec des allégories, fantaisies et sculptures faisant référence à des thèmes religieux. Le thème du carnaval de cette année évoque en effet la « découverte », il y a 500 ans, du Brésil par les Portugais.

Marco Aurelio Ruffin, chef de l’école de samba « Leando de Itaquera », rétorque: « Personne n’avait l’intention de polémiquer avec l’Eglise catholique. Mais je ne comprends pas qu’on puisse raconter l’histoire du Brésil sans parler du rôle du christianisme et des missionnaires portugais ».

Une école de samba de Sao Paulo a présenté, « une crucifixion ». Là encore, faisant allusion à l’esclavage, des Noirs sont à la place du Christ et des deux larrons. D’autres écoles ont présenté des panneaux où l’on voit Notre Dame da Conception et des hommes qui dansent ont revêtu des habits de prêtres pour présenter l’arrivée des premiers missionnaires.

Malgré la séparation entrer l’Eglise et l’Etat établie lors de l’avènement de la République le 7 janvier 1890, la police de Florianopolis, capitale de l’Etat de Santa Catarina, dans le sud du Brésil, a décidé d’appuyer la cause de l’archidiocèse local qui n’accepte en aucun cas que quelqu’un se déguise en prêtre ou en religieuse sur le parcours du carnaval. En tachant d’éviter cependant que les personnes prises en flagrant délit ne soient emprisonnées…

Polémique aussi à Rio

A Rio de Janeiro où les écoles de samba défilent dimanche lundi et mardi, la polémique fait rage également . Le cardinal Eugênio Sales, archevêque de Rio, a demandé à la police d’empêcher que l’école « Unidos de Tijuca » défile avec une croix et un tableau de « Notre-Dame de Bonne Espérance ».

Le célèbre artiste Joaosinho Trinta , chef de l’école de samba « Unidos do Viradouro » a critiqué le cardinal Sales en déclarant que le carnaval est une commémoration populaire et non pas nécessairement une fête païenne et pornographique dans laquelle des thèmes religieux devraient être interdits et pourchassés.

Pour le théologien de la libération Marcelo Barros, « les évêques qui traquent avec la police les écoles de samba croient défendre Dieu et la foi catholique. D’ailleurs durant 500 ans, ils ont presque toujours agi de cette façon. Ils se considèrent comme les uniques interprètes du sacré. Ils ont la prétention de définir seuls la manière d’utiliser ou non les symboles chrétiens. On vient à se demander si demain ces évêques vont empêcher d’autres Eglises ou des religions populaires comme « l’umbanda » (culte afro-brésilien développé par les esclaves venus d’Afrique) d’utiliser des croix ou des images de saints ».

Marcelo Barros se fait encore plus incisif: « Durant les 20 ans de dictature militaire (1964-1984) les généraux présidents, quand ils arrivaient au pouvoir, prêtaient serment devant la croix et la Bible. Aucun des défenseurs de ces signes sacrés n’a trouvé inconvenant alors l’utilisation de tels symboles. Aucun n’a appelé la police pour empêcher de tels usages. Car cela fait partie de la tradition de lier le pouvoir politique à la religion chrétienne. Mais aujourd’hui, il serait donc blasphématoire de présenter des symboles religieux avec la joie et la liberté du peuple durant le carnaval ».

L’exemple de Dom Helder Camara

Le théologien de la libération rappelle l’attitude d’un autre archevêque brésilien récemment décédé et connu dans le monde entier, Dom Helder Camara. L’archevêque de Recife, en 1982, n’avait pas hésité durant tous les jours du carnaval d’animer une chronique radiophonique sur cet événement si populaire au Brésil. « Dom Helder Camara était heureux de la joie du peuple et ne se scandalisait pas de voir des signes de la foi chrétienne ou de la religion dans les défilés du carnaval. Il demandait seulement aux responsables des écoles de samba d’éviter la violence. « Que Dieu permette, disait-il, jusqu’à la fin du carnaval, lorsque se termineront les dernières danses de samba et quand les derniers couples voudront à tout prix danser la dernière, que ce carnaval soit plein d’enthousiasme et de joie. Mais en évitant les rixes qui se terminent en drames ». Et Marcelo Barros de s’interroger: « L’attitude de Dom Helder était-elle moins chrétienne que celle de certains évêques d’aujourd’hui? »(apic/plp/ba)

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