Brésil: L’avenir de l’Eglise passe par les laïcs
Belo Horizonte, 12 mars 2000 (APIC) L’avenir de l’Eglise dans la modernité est dans la participation et la collaboration de laïcs adultes et responsables, qui passeront au crible de leur critique tout ce qu’ils reçoivent, a déclaré au «Jornal Igreja Nova» (Journal Eglise nouvelle) le Père Joao Batista Libanio, docteur en théologie de l’Université pontificale Grégorienne (Rome) et professeur de théologie au Centre d’études supérieures de la Compagnie de Jésus au Brésil.
Pour le jésuite brésilien, auteur de plusieurs ouvrages et qui est membre du Conseil archidiocésain de pastorale de l’archidiocèse de Belo Horizonte, l’Eglise, comme institution, «prêche» que les laïcs ont à jouer un rôle de premier plan, mais en pratique elle ne leur délègue que des services. De leur côté, les laïcs, «trop condescendants», attendent le «commandement» des prêtres et des évêques pour agir. Un groupe baptisé «Eglise Nouvelle», dont fait partie le Père Libanio tente de sortir de «ce cercle vicieux».
Selon le sociologue anglais A. Giddens, une caractéristique de la modernité, qui tend à croître, est la «réflexivité». C’est, explique le Père Libanio, «une nouvelle manière de se comprendre soi-même, et de comprendre l’histoire, la réalité à partir de sa propre conscience, de sa liberté, de son autonomie, du sens de soi, de sorte que l’on se trouve toujours dans un processus de critique réflexive».
Les pratiques sociales et ecclésiales sont constamment examinées et reformulées à la lumière d’informations renouvelées sur ces pratiques. Toute source d’information se transforme en une source de reconstruction de la réalité. «Or, affirme le jésuite, une Eglise confiée à un groupe stable, fixe, peu changeant, comme le groupe clérical, éprouvera beaucoup de difficulté à entrer en harmonie avec la modernité croissante».
Evidemment, une Eglise cléricale qui n’a que des laïcs faits à son image et à sa ressemblance, ne sera pas à même de réépondre à la nouveauté des informations, de les traiter de manière critique, poursuit le Père Libanio. Et ainsi elle ne parviendra pas à être à la hauteur de la modernité. «L’avenir de l’Eglise dans la modernité est dans la participation, la collaboration des laïcs adultes et responsables, qui passeront au crible de leur critique tout ce qu’ils reçoivent. Et rendront à l’Institution leurs critiques qui se reformuleront continuellement. Voilà ce que l’on attend d’une Eglise en prise sur la modernité».
Une exigence chrétienne imprescriptible
Interrogé sur la théologie de la libération, le jésuite de Belo Horizonte prend ses distances à l’égard de ceux qui la rendent responsable du désistement des catholiques, en raison de sa monotonie et de son excès de politisation. «L’option sérieuse pour les pauvres qui est à la base de la théologie de la libération est une exigence chrétienne imprescriptible, dit-il. Si beaucoup quittent l’Eglise à cause d’elle, c’est triste parce qu’ils ne veulent pas assumer quelque chos qui appartient au coeur même du christianisme. On ne peut nier l’identité chrétienne pour avoir plus de gens dans l’Eglise. Ce serait une trahison de l’Evangile».
Aux yeux du jésuite brésilien, si beaucoup critiquent l’Eglise en raison de son engagement social et la réintègrent quand elle y renonce, c’est grave pour l’Eglise. «Si c’est vrai, c’est à l’Eglise de repenser son identité pour ne pas renoncer à des éléments qui la constituent dans son essence, comme l’est l’engagement pour les pauvres. Autre chose est de savoir si des personnes ont abandonné l’Eglise à cause de la manière dont quelques chrétiens, au nom de la théologie de la libération, ont limité ou radicalisé l’option pour les pauvres à quelques expressions, en méconnaissant d’autres. Auquel cas il est important de savoir que l’option pour les pauvres n’empêche pas la joie, la fête». (apic/cip/pr)
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