La liberté et la recherche théologique en péril?

Etats-Unis: Les théologiens se tâtent avant de solliciter un mandat de leur évêque

Washington, 12 mars 2000 (APIC) La Conférence épiscopale des Etats-Unis a approuvé en novembre dernier, après plusieurs années d’un vif débat, des directives selon lesquelles les professeurs de théologie doivent désormais recevoir un mandat de l’évêque du lieu. Aujourd’hui, beaucoup de théologiens sont dans l’expectative, craignant que cette exigence ne mette en péril la liberté de la recherche théologique.

En approuvant les nouvelles directives, après une dizaine d’années d’âpres débats, les évêques se soumettaient à une injonction de Rome, leur demandant de régler la situation canonique des instituts de formation catholique pour les mettre en conformité avec le document romain «Ex Corde Ecclesiae» (1990), et notamment le canon 812 du Code de droit canon.

Dorénavant, les hautes écoles doivent inscrire dans leurs lignes directrices leur identité catholique et employer une majorité de catholiques, et les professeurs de théologie doivent obtenir un mandat de l’évêque du lieu. Du côté des instituts de formation (l’Eglise catholique gère aux Etats-Unis 235 universités et collèges fréquentés par 670’000 étudiants), on craint désormais une mainmise des évêques diocésains et une menace pour la liberté académique.

Quelques professeurs ont même parlé d’»enterrement de la recherche théologique» et Mgr Rembert Weakland, archevêque de Milwaukee, a mis en garde ses confrères contre «une catastrophe pastorale pour l’Eglise».

Aujourd’hui, les théologiens se tâtent, écrit Pamela Schaeffer dans le dernier numéro de l’hebdomadaire «The National Catholic Reporter» (Kansas), au moment où les évêques sont en train de mettre au point les procédures par lesquelles ils accorderont le mandat requis aux théologiens qui enseignent dans des universités catholiques.

Théologiens paratagés

Quelques théologiens ont déjà fait leur choix. Certains ne demanderont pas la certification d’un officiel de l’Eglise. D’autres sont décidés à accepter toutes les procédures que les évêques utiliseront, ou à tout le moins de considérer sérieusement tout ce qui leur sera proposé. Beaucoup d’autres, peut-être les plus nombreux, selon Pamela Schaeffer, restent dans l’expectative, en espérant que les évêques tiendront leur promesse d’entrer en dialogue avec les théologiens avant de prendre leur décision.

Beaucoup de théologiens estiment que le pape n’a pas saisi leur conception de la liberté académique et son importance aux Etats-Unis, ainsi que la nécessité pour les théologiens de travailler dans le cadre de cette liberté académique. Le P. Richard Mc Brien, professeur à l’université de Notre-Dame, l’a répété dans l’hebdomadaire «America»: le «mandat» compromettra l’intégrité académique, et beaucoup de théologiens se sont réjouis qu’il ait fait connaître publiquement sa position.

De son côté, William Portier, professeur à St Mary’s College à Emmitsburg (Maryland), a regretté que des théologiens soient «continuellement dans un réflexe de position contraire à celle du Vatican». Le «National Catholic Reporter» cite aussi Soeur Margaret Farley, de la Congrégation de la Miséricorde et présidente de la Société théologique catholique d’Amérique.

«Si le mandat était compris comme offrant une espèce de bénédiction ou d’envoi en mission de la part de l’Eglise pour son travail, ce serait merveilleux, a-t-elle déclaré. Il a fallu des années pour que la théologie catholique soit acceptée comme discipline académique dans ce pays». Selon la religieuse, le mandat ne fera qu’»exacerber un climat de suspicion qui s’est développé ces dernières années». En donnant aussi

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