Inde: Inégalités sociales, mépris des Dalits et discrimination de la femme
Ranchi, 12 mars 2000 (APIC) Avant de blâmer la société, les Eglises de l’Inde devraient commencer à faire leur autocritique, estime Prasanna Kumari, secrétaire exécutive de l’Eglise évangélique luthérienne unie en Inde et vice-présidente de la Fédération luthérienne mondiale. Elle demande aux Eglises de l’Inde, qui n’ »hésitent pas à manifester souvent et énergiquement en faveur des opprimés du pays, à commencer d’abord par aider ceux qui sont marginalisés – et notamment les femmes – dans le cadre des Eglises ».
« Il y a de nouveaux domaines où l’Eglise marginalise et opprime les femmes », a-t-elle lancé en ce début mars lors de l’Assemblée du Conseil national des Eglises de l’Inde, tenue dans l’Etat du Bihar, à l’est du pays.
Plus de 350 responsables et représentants des 29 Eglises membres du Conseil, orthodoxes et protestantes, ainsi que des membres de Conseils chrétiens et organisations affiliées, assistaient à cette rencontre.
« La violence à l’encontre des femmes sous différentes formes existe dans les milieux d’Eglises où elle est souvent étouffée », a dénoncé Prasanna Kumari, la seule femme parmi les quatre intervenants en plénière durant cette Assemblée du millénaire.
Tous les jours, a-t-elle ajouté, 18 femmes meurent en Inde des conséquences du « fardeau de la dot ». Le versement de dots par les familles des épouses est généralisé en Inde. Les familles doivent accepter de payer une dot aussi élevée que possible. Les jeunes épouses dont les familles ne peuvent verser la somme convenue sont souvent maltraitées par leur mari et leur belle-famille. En certains cas, même après des années de mariage, la belle-famille continue de tourmenter la belle-fille pour qu’elle obtienne encore de l’argent et autres dons de sa famille.
Parfois, a-t-elle rappelé, les épouses sont poussées au suicide par suite du harcèlement et des violences physiques qu’elles endurent de la part de la belle-famille. Et pire encore, des femmes sont brûlées vives dans des incendies provoqués ou de soi-disant accidents domestiques pour que les maris puissent se remarier et obtenir une autre dot.
Prendre des mesures
Prasanna Kumari a appelé les responsables d’Eglise à apporter la preuve que « toutes les Eglises condamnent vigoureusement la pratique de la dot et s’engagent à ne pas célébrer de mariages qui impliquent une remise de dot. En de nombreuses occasions, les pasteurs et parfois même l’évêque, sont les témoins de la remise de la dot ».
Par ailleurs, a-t-elle avancé, il existe « des pasteurs qui battent leur femme et osent quand même aller en chaire, le jour même ou le lendemain, prêcher la Bonne Parole ».
Elle se déclare « muette de surprise » devant le fait que de nombreux diocèses et Eglises ordonnent des femmes comme pasteurs pour « remplir les attentes des institutions donatrices » étrangères, mais ne confient pas de paroisses à ces nouvelles femmes ordonnées. « Nous tournons la foi en dérision », a-t-elle dit. Les ordinations ont en fait créé « une nouvelle catégorie de femmes qui n’appartiennent ni à la catégorie des laïcs ni à celle des ecclésiastiques ».
Dans d’autres Eglises, même l’ordination des femmes est « une réalité bien lointaine », a-t-elle déploré. Evoquant l’une des communautés les plus marginalisées de l’Inde, les Dalits, appelés autrefois intouchables, Prasanna Kumari a reconnu qu’ils étaient « trois fois exclus » car ils sont victimes de la discrimination de la part du gouvernement, de la société en général et même au sein des Eglises, où les « chrétiens des castes supérieures » leur refusent leurs droits. (Environ 60% des 26 millions de chrétiens indiens sont des Dalits.)
Questions à débattre au sein de l’Eglise
Certes, a-t-elle reconnu, ces dernières années, les Eglises ont pris des initiatives positives en vue de « réparer les injustices », tout en ajoutant qu’il « y avait encore beaucoup à faire dans l’Eglise » pour surmonter, par exemple, la réticence des chrétiens des castes supérieures à épouser des Dalits de religion chrétienne et à donner aux Dalits une participation égale dans les instances dirigeantes de l’Eglise.
« Ces questions doivent être débattues dans l’Eglise », a-t-elle confié à l’Agence œcuménique. « Aussi longtemps que ces pratiques subsistent dans l’Eglise, nous refusons la plénitude de la vie à la majorité marginalisée ». Selon Prassana Kumari, les préjugés à l’encontre des Dalits sont enracinés dans l’hindouisme, religion pratiquée par plus de 80% de la population (un milliard). L’hindouisme « reconnaît délibérément et favorise l’inégalité dans la vie sociale et religieuse », a-t-elle fait remarquer en décrivant cette inégalité comme la cause première du déni de justice et des droits de la personne pour les marginalisés.
« Pour soutenir le système oppressif, l’accès à la connaissance et à l’éducation a été systématiquement refusé aux castes inférieures » a-t-elle dit en se référant au taux d’instruction parmi les Dalits, estimé au début des années 90 à un tiers du taux national, qui était de 52%. (apic/eni/pr)
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