Son hôtel de luxe construit il y a 18 mois rapporte gros

Pologne: La paroisse Notre-Dame de Cracovie a le sens des affaires

Cracovie, 14 mars 2000 (APIC) La paroisse Notre-Dame de Cracovie a décidément le sens des affaires. Dix-huit mois après avoir ouvert le premier hôtel de l’Eglise, sinon dans le monde, du moins en Pologne, et cela dans la catégorie des hôtels de luxe, le curé de la paroisse se déclare confiant pour bientôt retirer des « bénéfices confortables ».

« Au début nous voulions offrir un lieu où les prêtres et religieuses pourraient se sentir à l’aise. Mais nous avons vite réalisé qu’il serait préférable de développer les activités », a déclaré Bronislaw Fidelus, prêtre de la paroisse Notre-Dame.

« Il y a une bible et une croix dans toutes les chambres, et des tableaux religieux. Mais autrement, c’est un hôtel normal. Nous visons à en faire un établissement de première classe, pratiquant des prix réellement intéressants ».

Lorsque le prêtre a été chargé de la paroisse Notre-Dame en 1995, après avoir gééré pendant 28 ans les affaires juridiques et économiques de l’archidiocèse catholique de Cracovie, il a engagé un comptable à plein temps dans le but de renflouer les finances de la paroisse, alors déficitaires. Une boutique et un café ont été ouverts, des bâtiments loués et transformés en appartements, et un prix d’entrée a été imposé aux gens qui voulaient visiter l’église.

Mais c’est l’hôtel « Wit Stwosz », situé dans un bâtiment de la paroisse datant du 16e siècle, sur la rue Mikolajska, restitué après la chute du régime communiste, qui fait la fierté de la paroisse. 18 mois après son ouverture, en septembre 1998, l’hôtel a déjà amorti la plus grande partie des coûts de rénovation (300’000 dollars. Son directeur, Andrzej Swiatko, pense que l’hôtel va obtenir au moins trois étoiles, lorsqu’il sera officiellement enregistré.

60 dollars la chambre

Avec 18 chambres doubles au prix de 60 dollars, le prêtre estime qu’il pratique des prix 30 % moins chers que ses concurrents, et offre des services de conférencesà des prix « très avantageux ». « Même si nous appartenons à la paroisse Notre-Dame, qui prend ce que nous gagnons, je ne voudrais pas dire que nous sommes un hôtel catholique », fait remarquer le directeur. *En pratique, nous sommes totalement laïcs, et n’avons aucune préférence quant à notre clientèle. Nous accordons aux prêtres et religieuses un rabais de 10 % mais ils ne profitent que rarement de l’occasion ».

Cet hôtel tire son nom du plus célèbre sculpteur médiéval de Cracovie, Wit Stwosz (1445-1533), qui a réalisé le retable de l’église Notre-Dame. Il est le symbole des affaires gérées par l’Eglise qui sont florissantes dans ce pays majoritairement catholique.

Le directeur financier de la Conférence épiscopale polonaise, Jan Drob, a déclaré que les 15 archidiocèses et 26 diocèses du pays ont la charge de gérer leurs intérêts commerciaux. L’argent ainsi collecté devrait aller à des oeuvres sociales et charitables et n’est pas destiné à améliorer le mode de vie des prêtres. Mais Jan Drob s’attend à des succès, à des échecs, et aussi à des réactions négatives.

« Même si ces activités sont tout à fait normales à l’Ouest, relève encore le prêtre en charge de cette affaire, elles commencent seulement ici et nous devons encore changer les mentalités ». Etant donné que les revenus des prêtres ont chuté par suite des réformes économiques, les affaires gérées par l’Eglise sont devenues une industrie de développement – qui rapporte. Il y a un an, même la Conférence épiscopale a suivi l’exemple en mettant sur pied un fonds de retraites, Arko-Invesco, dans le cadre d’un partenariat de 20 millions de dollars avec « Amvescap », géant de l’investissement dont le siège est à Atlanta, aux Etats-Unis.

Pas de pétrole, mais des idées

Mettre de l’ordre dans les comptes de l’Eglise pourrait prendre un certain temps. Peu de paroisses polonaises ont des commissions économiques, comme l’exige le droit canon, ou respectent l’obligation de « rendre des comptes » aux membres. Au début 1999, un synode national de l’Eglise a jugé bon de rappeler au clergé catholique la nécessité « d’une transparence absolue en matière de finances ».

Jan Drob s’estime « largement satisfait. La moralité, l’éthique et la foi ne veulent pas seulement dire se réunir ou réciter le rosaire – l’Evangile est inscrit dans la vie quotidienne ». « Nous cherchons de toute urgence de nouvelles façons de financer l’Eglise, car nous savons que les anciennes méthodes seront bientôt insuffisantes – non pas parce les gens donnent moins, mais parce que les coûts augmentent ».

La paroisse Notre-Dame va encore bénéficier de circonstances exceptionnelles cette année. En janvier, Cracovie a accepté le titre de « Ville européenne de la culture » conféré à neuf municipalités pour l’an 2000 par l’Union européenne. Ce marathon culturel d’une année attirera un flot de touristes dans cette ville de 900’000 habitants, qui a plus de lieux de culte au kilomètre carré que Rome ou Jérusalem et abrite 6’000 bâtiments historiques et une multitude d’oeuvres d’art.

L’hôtel est donc, sans surprise, déjà complet d’avance. L’abbé Fidelus admet que l’idée lui a été donnée par les anciens occupants du bâtiment – une antenne du parti communiste – qui voulaient faire la même chose.

Il estime que la paroisse gagne un million de zlotych (250’000 dollars) par an. Mais les coûts d’entretien de la basilique ont dépassé quatre millions ces cinq dernières années – il a fallu 400’000 zlotych en 1998 juste pour installer les systèmes de protection contre les incendies et les vols.

Le petit immeuble de la rue Mikolajska pourrait donc représenter une bonne source de profits. « Qu’une paroisse comme la notre soit obligée de protéger ses intérêts de cette façon est un signe des temps. Naturellement ma première tache est de célébrer la sainte messe et de faire des sermons. Mais comme directeur de la paroisse, je dois aussi rapporter de l’argent – par des moyens légaux et honnêtes qui, il va de soi, ne choquent ni n’offensent mes paroissiens ». (apic/eni/pr)

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