Rwanda :Le procès contre Mgr Misago touche à sa fin
Kigali, 14 mars 2000 (APIC) Le procès contre Mgr Augustin Misago, l’évêque de Gikongoro, détenu depuis le 14 avril 1999 sous l’accusation de complicité dans le génocide de 1994, dure plus longtemps que prévu. Mais, pour la première fois, ses accusateurs ont admis la possibilité de son innocence.
La dernière audience consacrée à l’audition des témoins de la partie civile devait avoir lieu le 29 février. On prévoyait ensuite une suspension pour laisser le temps aux avocats de rédiger leur réquisitoire et la plaidoirie de la défense.
Le président du tribunal, après avoir hésité sur la nécessité d’allonger la durée du procès, a accepté la demande de l’avocat de la partie civile et convoqué d’autres témoins de l’accusation. Ces nouveaux témoignages ont été entendus les 7 et 10 mars.
Maître François Rwangampuhwe, avocat de la partie civile, avait demandé un supplément de temps pour rechercher des témoignages contre l’évêque. » Nous demandons au tribunal de nous laisser faire, de sorte que, s’il se révèle finalement que Mgr Misago est innocent, nous pourrons dire que nous avons fait tout notre devoir « , a-t-il déclaré à l’audience du 25 février.
Selon l’agence missionnaire vaticane Fides, les accusateurs de l’évêque ont, pour la première fois, admis la possibilité de l’innocence de l’évêque. De fait, jusqu’à présent, il n’y a pas eu de preuves circonstanciées d’une participation de Mgr Misago aux faits qu’on lui reproche. Une nouvelle audience, consacrée à la présentation des dernières preuves de l’accusation et de la défense, est prévue pour le 17 mars. Elle a semble-t-il été annulée. Il y aura ensuite une pause dans les travaux du tribunal, qui durera jusqu’à la mi-avril au moins ; c’est alors seulement que l’on arrivera à la phase terminale, avec le réquisitoire et le plaidoyer.
Les dernières audiences (18, 25, 29 février, 7 mars et 10mars) ont été consacrées à l’audition de plusieurs témoins de la partie civile et à la question de la » citation directe « . Ce document d’accusation a été présenté par l’avocat de la partie civile : on y attribue à l’Eglise du Rwanda la responsabilité d’avoir « consolidé l’idéologie du génocide et la mobilisation des chrétiens en faveur d’un pouvoir totalitaire, sectaire et répressif ».
Pour l’avocat, l’Eglise serait responsable car, entre autres choses, il existe une facture qui certifie l’achat par la Caritas de Gikongoro de 816 machettes, instrument habituellement utilisé dans les travaux des champs. Mais, pour l’avocat, ces machettes, achetées en août 1993, auraient servi au génocide de 1994.
Maître Alfred Pognon, principal défenseur de l’évêque, a fait remarquer que la » citation directe » n’avait rien à voir avec le dossier ouvert contre Mgr Misago. Pour lui, la facture adressée à la Caritas, comme toute autre forme de documentation produite contre l’évêque, ne prouvent nullement une quelconque responsabilité pénale et civile de Mgr Misago.
A noter que le 29 février, quatre personnes ont été condamnées à mort à Cyangugu pour avoir préparé et réalisé le massacre de plus de cinq mille personnes an avril 1994. Au cours du même procès, qui jugeait 40 accusés, 13 personnes ont été condamnées à la détention à vie, 13 à vingt ans de réclusion et 2 à quatre ans. 8 accusés ont été reconnus innocents.
Au Rwanda, près de 130’000 personnes sont en prison sous l’accusation de participation au génocide et attendent leur procès. (apic/cip/mk/pr)
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