Visite du pape en Terre Sainte
Le droit naturel des Palestiniens à une patrie
De notre envoyée spéciale Caroline Boüan
Bethléem, 22 mars 2000 (APIC) Les Palestiniens ont un « droit naturel à une patrie », a lancé Jean Paul II mercredi à Bethléem, la ville qui a vu naître le Christ, et qui se trouve aujourd’hui dans les Territoires Autonomes Palestiniens, embryon du futur Etat de Palestine qui devrait être proclamé cette année encore. Accueilli à son arrivée par Yasser Arafat, dans un geste hautement symbolique pour ce peuple toujours privé de souveraineté nationale, le pape a embrassé de la terre palestinienne contenue dans un panier.
« Paix pour le peuple palestinien ! Paix pour tous les peuples de la région ! Personne ne peut ignorer combien le peuple palestinien a dû souffrir au cours de ces dernières décennies ». C’est en ces termes que Jean Paul II s’est adressé au président de l’Autorité palestinienne qui l’a reççu à Bethléem dans son palais présidentiel le matin du 22 mars.
Le pape, transporté par un hélicoptère de l’armée israélienne, arrivait de Qasr el-Yahoud (le Palais juif), près de la ville palestinienne autonome de Jéricho. Protégé par des agents de la sécurité israélienne – Israël n’a pas voulu de présence palestinienne – il y avait brièvement prié sur le lieu de baptême présumé de Jésus par Jean Le Baptiste, sur la rive occidentale du Jourdain, en territoire palestinien occupé, actuellement zone militaire israélienne. La veille, il avait également visité sur la rive orientale du Jourdain le Wadi-al Kharrar, l’autre site du baptême de Jésus réclamé depuis quelques années par les Jordaniens.
Dans son premier discours, très attendu, dans les Territoires Palestiniens Autonomes, le pape a réaffirmé « le droit naturel des Palestiniens à une patrie, et le droit à vivre en paix et dans la tranquillité avec les autres peuples de cette zone ».
Arrivé sur une vaste esplanade surplombant les collnes de Bethléem, à une dizaine de km au sud de Jérusalem, Jean Paul II a été chaleureusement accueilli par Yasser Arafat dans cette ville qui fait partie depuis 1995 des Territoires Autonomes palestiniens, après avoir été intégrée dans le royaume de Jordanie jusqu’en 1967. Le pape a embrassé, dès sa descente d’hélicoptère, un peu de la terre de Bethléem qui lui a été présentée par deux enfants, comme il le fait à chaque fois qu’il est accueilli dans un pays.
Pas (encore) une reconnaissance officielle de l’Etat palestinien
« Il aurait été plus qu’étrange que le pape n’embrasse pas la terre du lieu où est né Jésus », a commenté ensuite son porte-parole. Joaquin Navarro Valls n’a cependant pas présenté ce geste comme une « reconnaissance officielle » de l’Etat palestinien. « Cet Etat n’a pas encore été proclamé », a-t-il rappelé. « Quand cette proclamation aura lieu dans le respect du droit international, le Saint-Siège assumera le critère de la communauté internationale ».
C’est ensuite à trois km de l’hééliport que Jean Paul II devait recevoir les honneurs officiels des autorités palestiniennes, alors qu’il était reçu dans le palais présidentiel de Yasser Arafat, une construction moderne de pierres blanches située dans le centre de la ville. De nombreuses personnalités ont alors défilé dans un salon du palais, pour saluer tant le pape que Yasser Arafat. Parmi elles se trouvaient – outre les autorités palestiniennes – des membres de la hiérarchie catholique, mais aussi des évêques arméniens et orthodoxes, ainsi que des personnalités musulmanes. Yasser Arafat, qui était assis avec sa femme Souha (d’origine chrétienne) devant une grande photo de la mosquée d’Al-Aqsa de Jérusalem, semblait particulièrement heureux de cette réception.
Le Saint-Siège a toujours reconnu les droits du peuple palestinien
« Le Saint-Siège a toujours reconnu au peuple palestinien le droit naturel d’avoir une patrie – « homeland » en anglais – et le droit de pouvoir vivre dans la paix et la tranquillité avec les autres peupes de cette région », a alors affirmé Jean Paul II. « Au niveau international, mes prédécesseurs et moi-même avons fréquemment répété que l’on ne peut pas mettre fin au triste conflit en Terre Sainte sans des garanties stables pour les droits de tous les peuples impliqués, sur la base de la loi internationale et des importantes résolutions et déclarations des Nations-Unies ».
Le pape plaide pour une paix juste et durable et évoque les souffrances des Palestiniens
« C’est seulement avec une paix juste et durable – non pas imposée mais garantie par des négociations – que les aspirations des Palestiniens seront satisfaites », a poursuivi le pape. « Seulement alors la Terre Sainte verra la possibilité d’un nouvel avenir lumineux, non plus gâché par des rivalités et des conflits, mais solidement fondé sur la compréhension et sur la coopération pour le bien de tous ». « L’issue dépend largement, a ajouté Jean Paul II, de la disponibilité courageuse des responsables du destin de cette partie du monde, dans l’adoption de nouvelles attitudes de compromis et d’acceptation des exigences de justice ».
En s’adressant à Yasser Arafat, Jean Paul II s’est encore dit « pleinement conscient des grands défis auxquels les Autorités et le peuple palestiniens doivent faire face dans tous les domaines du développement économique et culturel ». Enfin, évoquant les Palestiniens qui vivent sans véritable maison, le pape a exprimé le souhait que sa visite au camp de réfugiés de Deheisheh, prévue dans l’après-midi, à environ 3 km de Bethléem, « serve à rappeler à la communauté internationale la nécessité d’une action décisive pour améliorer la situation du peuple palestinien ». « Votre tourment est devant les yeux du monde », a-t-il affirmé. « Et il a duré trop longtemps ».
Après cet accueil, Jean Paul II a parcouru en papamobile les quelque 4 km le séparant de la place principale de Bethléem, où il a célébré la messe devant la basilique de la Nativité, en présence de près de 20’000 fidèles. Sur la place de la mangeoire (tout près de la crèche de Bethléem), décorée aux couleurs palestiniennes et vaticanes, les chrétiens palestiniens, visiblement touchés par la reconnaissance de leurs souffrances et de leurs droits à une patrie, on réservé un accueil frénétique au Souverain pontife, aux cris de « Jean Paul II, nous vous aimons! ». Il devait dans l’après-midi se rendre de nouveau au palais présidentiel pour y rencontrer Yasser Arafat, cette fois pour un entretien privé. Le président Arafat a souligné que la visite du pape est « un signal adressé au monde entier ». (apic/imed/bbc/be)
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