Visite du pape en Terre Sainte
Pour Jean Paul II, Jérusalem est pourtant bien la ville de la paix
Jérusalem, 24 mars 2000 (APIC) Pour le pape Jean Paul II, Jérusalem est bien «la ville de la paix». Cependant, à écouter les déclarations qui sont faites par les protagonistes Israéliens et Palestiniens qui se disputent la souveraineté sur la Ville Sainte des trois monothéismes, cette notion de «ville de la paix» n’est pas la même pour tous.
Jérusalem, dont la partie orientale arabe a été annexée illégalement par Israël après la Guerre des Six Jours en 1967, n’a jamais été reconnue comme capitale d’Israël, ni par la communauté internationale, ni par le Vatican. La rencontre interreligieuse de jeudi, perturbée par l’intervention du Cheikh musulman Taizir Al Tamimi, qui a fustigé sur un ton très dur les pratiques de l’»occupant», a bien montré la distance qui sépare les discours généreux des faits accomplis et de la réalité quotidienne sur le terrain.
Les observateurs relèvent pourtant que depuis l’arrivée du pape en Israël mardi, pas un responsable israélien n’a raté l’occasion de faire passer le message à l’Eglise catholique – qui ne reconnaît pas le fait accompli de l’annexion – que Jérusalem est et restera la capitale «éternelle et indivisible» de l’Etat juif.
Outre les déclarations insistantes du Premier ministre Ehoud Barak, du président israélien Ezer Weizman, du maire de Jérusalem Ehoud Olmert, les responsables religieux juifs n’ont pas été en reste: les deux Grands Rabbins d’Israël, dans la même ligne que les politiques, en offrant jeudi une grande Bible au pape, en ont profité pour la dédicacer «en souvenir de cette visite historique du pape Jean Paul II dans la ville sainte de Jérusalem, capitale de l’Etat d’Israël». Il s’agit de bien faire comprendre à l’Eglise catholique qu’Israël ne veut pas céder sur sa souveraineté sur la totalité de la Ville Sainte, alors que l’accord signé en février entre le Saint-Siège et l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP) relève dans son préambule la nécessité d’une solution équitable pour Jérusalem avec «statut spécial», «garanti internationalement».
Face à l’accumulation des déclarations israéliennes sur Jérusalem, les Palestiniens – qui comptent bien établir la capitale de leur futur Etat dans la partie arabe occupée de la ville, ont également fait entendre leur voix. Mercredi, le président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat a rajouté dans son discours d’accueil du pape à Bethléem la notion de «Jérusalem, capitale éternelle de la Palestine». Le pape Jean Paul II s’est abstenu jeudi soir d’entrer dans ce débat, objet des négociations israélo-palestiniennes, mais le débat a été houleux.
Une terre sainte pour les juifs, les chrétiens et les musulmans
«Cette terre est sainte pour les juifs, pour les chrétiens et pour les musulmans», a en effet rappelé Jean Paul II lors d’une rencontre interreligieuse qui s’est déroulée à Jérusalem près des murs de la Vieille ville – mais à l’extérieur, à l’Institut pontifical «Notre-Dame of Jerusalem Center». Dépendant directement du Saint-Siège, cet édifice extraterritorial, particulièrement destiné à l’accueil des pèlerins, possède un auditorium moderne qui a permis de rassembler quelque 500 personnes, parmi lesquelles de nombreuses personnalités religieuses juives, chrétiennes et musulmanes.
«Merci pour le soutien que votre présence ici ce soir donne à l’espérance et à la conviction de tant de personnes que nous sommes vraiment en train d’entrer dans une nouvelle ère du dialogue inter-religieux», leur a dit le pape, qui était entouré du juge islamique de tous les tribunaux palestiniens, Cheikh Taizir Al Tamimi, de Hébron, et du rabbin ashkénaze Meir Lau, d’origine polonaise, qu’il avait déjà rencontré le matin même.
Jérusalem «capitale éternelle des musulmans et des Palestiniens»
Les tensions entre juifs israéliens et musulmans palestiniens se sont particulièrement manifestées lorsque le Cheikh Taizir Al Tamimi a accueilli le pape en lui souhaitant la bienvenue dans une Jérusalem «capitale éternelle des musulmans et des Palestiniens», rappelant que cette revendication fait partie intégrante de la foi islamique.
L’expression est d’autant moins passée inaperçue que les autorités israéliennes, politiques et religieuses, n’avaient pas manqué, depuis l’arrivée du pape à Tel Aviv, de parler systématiquement de la ville comme de la «capitale éternelle d’Israël». Profitant de la tribune qui lui était offerte, le Cheikh Taizir Al Tamimi a fustigé en arabe, sous les applaudissements des participants palestiniens, la longue liste des méfaits de «l’occupant» qui «étrangle Jérusalem et opprime ses résidents», confisque les terres, démolit les maisons…
Tensions manifestes
Le modérateur de la rencontre, le rabbin Alon Goshen-Gottstein, de l’Ecole Elijah pour l’étude de la sagesse dans les religions mondiales, a pris le micro après ce discours en demandant au Cheikh de «mettre de côtés nos divergences politiques et regarder ce qui nous unit». Le Cheikh Tamimi remplaçait à la cérémonie interreligieuse le Mufti de Jérusalem, Cheikh Akram Sabri, qui a boycotté la rencontre pour éviter que sa présence ne soit interprétée comme une reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur Jérusalem, rapporte la presse israélienne. Le ministre israélien Haim Ramon, répondant au discours du Cheikh Tamimi, a déclaré que ce dernier représente «l’extrémisme religieux» et qu’il a pris cette rencontre interreligieuse ayant pour but de souligner l’unité pour un rassemblement politique, en mélangeant «extrémisme et incitation à la violence».
L’identité religieuse ne doit jamais devenir une excuse pour la violence
Jean Paul II, qui a parlé en dernier, a souligné que l’identité religieuse ne doit jamais devenir une excuse pour la violence, en particulier quand l’identité religieuse coïncide avec l’identité culturelle et ethnique. La religion est l’ennemie de l’exclusion et de la discrimination, de la haine et des rivalités, de la violence et des conflits, a déclaré le pape sous les applaudissements.
«Je suis pleinement conscient que cette terre est sainte pour les juifs, pour les chrétiens et pour les musulmans. (…) Dans cette coexistence, tout n’a pas été et tout ne sera pas facile…. Nous connaissons tous les incompréhensions et les conflits du passé, et nous savons qu’ils pèsent encore gravement sur les relations entre juifs, chrétiens et musulmans… Cependant, nous devons trouver, dans nos traditions religieuses respectives, la sagesse et la motivation supérieure pour garantir le triomphe de la compréhension réciproque et du respect cordial. Nous devons faire tout ce qui est possible pour transformer la conscience des offenses et des péchés du passé afin de nous engager fermement à construire un avenir nouveau, marqué par une coopération féconde et respectueuse entre nous.»
Plaidoyer pour un dialogue inter-religieux sincère et fécond
«L’Eglise catholique désire poursuivre un dialogue inter-religieux sincère et fécond avec les personnes de foi juive et les fidèles de l’islam», a poursuivi Jean Paul II. «Ce dialogue n’est pas une tentative d’imposer notre vision aux autres. Il exige plutôt que tous, fidèles à ce en quoi nous croyons, nous écoutions l’autre avec respect, nous cherchions à discerner ce qu’il y a de bon et de saint dans son enseignement, et nous coopérions dans le soutien de tout ce qui favorise la paix et la compréhension réciproque.»
«Pour nous tous, Jérusalem, comme l’indique son nom, est la ville de la paix», a encore souligné le pape. «Si les différentes communautés religieuses de la Ville Sainte et de la Terre Sainte réussissent à vivre et à travailler ensemble dans l’amitié et l’harmonie, elles apporteront des bénéfices énormes non seulement à elles-mêmes, mais aussi à la cause de la paix dans cette région.» Le discours du pape a été vivement applaudi, et tant le Grand Rabbi Lau que le Cheikh Tamimi ont serré la main du pape.
Après l’intervention du pape, le Cheikh Tamimi a quitté l’assemblée, alors que la manifestation prévoyait encore la prestation d’un chœur d’enfants inter-religieux et la plantation d’un olivier symbolique avec le pape et le Grand Rabbin ashkénaze Israël Meir Lau. Ce dernier n’a d’ailleurs pas manqué d’embarrasser le pape Jean Paul II en le remerciant pour sa «reconnaissance de Jérusalem comme capitale unifiée éternelle d’Israël», alors que «le Vatican n’a fait aucune déclaration de ce genre», rapporte le quotidien «The Jerusalem Post». (apic/imed/jpost/be)
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