Genève: Journée de formation œcuménique

«Le dialogue interreligieux est incontournable»

Genève, 24 mars 2000 (APIC) Les chrétiens d’aujourd’hui sont appelés au dialogue avec les croyants d’autres traditions tout autant qu’au témoignage de foi. Comment relever ce double défi? Trois spécialistes ont apporté des réponses à cette question, lors d’une journée œcuménique de formation, organisée à Genève le 21 mars.

Cette rencontre, intitulée «Présence des autres croyants et identité chrétienne», rejoint l’actualité la plus immédiate, puisqu’elle tombait le jour même du début du voyage du pape en Terre Sainte. Elle a rassemblé au Cénacle quelques 80 personnes- ministres de l’Eglise nationale protestante, prêtres et assistants pastoraux laïcs catholiques romains et catholiques chrétiens. Réflexion biblique et théologique, discussions informelles et ateliers ont permis aux participants d’engranger une masse d’informations et de discerner un peu mieux les enjeux du dialogue interreligieux, auquel nul croyant ne peut se soustraire, ainsi que l’a rappelé dans son exposé le pasteur genevois Jean-Claude Basset.

Il faut compter avec les autres croyants

Parallèlement à son ministère en paroisse, le pasteur Basset enseigne à la Faculté de théologie de Lausanne et préside la plateforme interreligieuse de Genève. Il est aussi l’auteur d’un livre intitulé «Le dialogue interreligieux, chance ou déchéance de la foi».

«La diversité religieuse est une réalité incontournable», observe-t-il d’emblée. Face aux autres religions, les chrétiens ont privilégié pendant longtemps un exclusivisme réducteur, du genre «il n’y en a point comme nous», pour adopter plus récemment une autre attitude appelée «inclusivisme», qui prône l’accueil de toute tradition religieuse comme une voie différente vers le salut en Jésus Christ. Le Concile Vatican II a fait un effort dans ce sens, intégrant chaque croyant de bonne volonté dans la foule des «chrétiens anonymes» soumis au plan de Dieu.

Révolution copernicienne

Mais il existe une troisième approche, plus audacieuse, que certains théologiens n’hésitent pas à qualifier de «révolution copernicienne»: le pluralisme consistant, explique le conférencier, à reconnaître qu’il existe, indépendamment du christianisme, une action de Dieu dans les autres religions. Ce modèle, qui place Dieu et non plus la religion au centre de l’univers, existe dans la Bible.

A côté de passages bien typés, qui nous incitent à une lecture exclusiviste ou inclusiviste, nous trouvons en effet dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, des éléments qui nous invitent à la reconnaissance plénière des autres traditions. L’alliance éternelle de Dieu avec Noé, qui concerne non seulement l’humanité mais tous les êtres vivants, en est un exemple, tout comme l’admiration de Jésus face à la foi de certains païens. Cette attitude pluraliste est particulièrement perceptible de nos jours dans l’évolution de nos rapports avec le judaïsme, marquée par la reconnaissance implicite d’une double alliance conduisant à deux voies de salut distinctes.

Et l’évangélisation?

Le dialogue comporte un risque indéniable, celui du relativisme, enchaîne le pasteur Blandenier. «Il ne faut pas donner au public l’impression que tout revient au même. Mais nous n’avons pas le droit de nous dérober, surtout à l’heure actuelle, où tant de conflits, en Inde, au Soudan, en Indonésie par exemple, engendrent le dégoût de la religion».

Théologie de l’accomplissement

Troisième intervenante de la journée, la théologienne catholique Geneviève Comeau explore pour sa part, à partir de textes du magistère et de travaux de théologiens actuels, le point de vue catholique sur le dialogue interreligieux. Enseignant la théologie fondamentale et la théologie des religions au Centre de Sèvres de Paris, Geneviève Comeau est l’auteur d’un ouvrage intitulé «Catholicisme et judaïsme dans la modernité». Elle a étudié pendant une année dans une université rabbinique de New York, ce qui lui a permis de connaître le judaïsme de l’intérieur. Concernant le dialogue interreligieux, ses propos rejoignent en bien des points ceux du pasteur Basset. Le Concile Vatican II est un événement important dans l’approche catholique des autres religions, observe-t-elle. On passe de l’affirmation «hors de l’Eglise point de salut» à la reconnaissance du vrai et du saint que contiennent ces religions, dignes de respect, porteuses de «rayons de la vérité». Il s’agit là d’une théologie de l’accomplissement, qui discerne dans les autres croyances des semences du Verbe, des pierres d’attentes que le Christ vient accomplir.

Le Christ, source universelle de salut

Un autre pas a été accompli avec la rencontre interreligieuse d’Assise en 1986- un geste symbolique très fort que la pape Jean Paul II expliquera notamment en faisant référence à l’unité du genre humain dans le projet divin, et à l’action de l’Esprit Saint au cœur deshommes.

En 1990, l’Encyclique «Mission du Christ Rédempteur» ouvre au dialogue interreligieux de nouveaux horizons. Selon ce texte, la présence et l’activité de l’Esprit Saint ne concernent pas seulement les individus, mais les peuples, les cultures et les religions. L’esprit travaille dans le cœur des hommes et dans l’histoire des peuples, remplissant une fonction de préparation évangélique en relation au Christ. En 1991, enfin, le texte «Dialogue et Annonce» dépasse la théologie de l’accomplissement. Il souligne que le Christ, présent mystérieusement dans les autres religions, est source de salut pour tous les hommes, même s’ils l’ignorent, dès lors qu’ils pratiquent sincèrement ce qui est bon dans leur tradition et suivent les directives de leur conscience.

Le rôle de l’Eglise

La conférencière termine son exposé par quelques propositions théologiques personnelles. La théologie, explique-t-elle, a deux manières de parler du Christ: il est le Verbe, et il est le Fils. On pourrait rendre le Christ présent dans les différentes traditions religieuses à partir de la catégorie de la filiation: tout être humain est appelé à être fils du Père dans l’Esprit. S’ouvrir à l’Esprit, se donner sans retour, aboutit à devenir enfant de Dieu, et c’est à cela que les religions conduisent. Dans cette perspective, le rôle des communautés chrétiennes est de mener une vie filiale et fraternelle, à l’image du Fils unique qui engendre une multitude de fils uniques. «Filialiser» le monde à travers ce style de vie axé sur le don de soi – et donc source de salut- telle est la mission de l’Eglise. En cela, conclut Geneviève Comeau, «l’Eglise est sacrement du salut». (apic/gt/mk)

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