Les écoles catholiques ont besoin d’argent !

Bourguillon : 51ème Assemblée des Ecoles catholiques suisses

Fribourg, 27 mars 2000 (APIC) 20 représentants, dont un Romand et un Tessinois, se sont rassemblés samedi à l’occasion de la 51ème assemblée annuelle des Ecoles Catholiques Suisses (ECS), au pensionnat «Salve Regina» à Bourgillon, près de Fribourg. Point très attendu à l’ordre du jour, la conférence du professeur allemand Ottmar Schneck, de l’Université de Reutlingen, concernant les moyens de financement alternatifs et novateurs des écoles privées à l’étranger. Afin de sortir de l’ornière financière, il a encouragé l’assistance à développer une véritable «Zukunftsfähigkeit», l’aptitude d’appréhender le futur tel qu’il s’annonce.

Le secrétaire général de la ECS, Bruno Santini-Amgarten s’est montré «préoccupé et déçu» de la croissante désaffection des représentants romands et tessinois lors des assemblées annuelles. «Notre association ne représente pas seulement les régions alémaniques: elle est suisse avant tout !», précise ce dernier. Et de rappeler le but fondamental de l’association dans un contexte où, certes, le recul des écoles catholiques a ralenti, mais où les effectifs diminuent proportionnellement à l’augmentation des coûts d’écolage : «Notre but est de promouvoir la cause de l’école catholique, et sa caractéristique principale qui est une vision chrétienne du monde: une vision qui va au-delà de la consommation à outrance, et du profit pour le profit».

Manque d’humilité de certaines communautés religieuses ?

La diminution des effectifs correspond à une diminution des effectifs des religieux et des religieuses. «Certaines communautés ont l’humilité de confier leurs écoles à des laïcs qualifiés lorsqu’elles se rendent compte de leur incapacité à assumer pleinement leur tâche. D’autres communautés préfèrent disparaître avec leur école. La méfiance envers les laïcs est réelle».

Le risque du «repli sur soi» est tout aussi réel, repli dû au manque de financements et à «l’ignorance de la part des milieux politiques de la situation réelle des écoles privées». Dans un récent entretien accordé à «Evangile & Mission», l’hebdomadaire pastoral officiel des diocèses suisses romands, Bruno Santini a rappelé qu’à «l’exception des cantons du Jura, de Zoug et de Lucerne, aucun autre canton n’accorde de subventions aux écoles privées. Alors que dans les pays voisins, ces écoles sont subventionnées.

«Aussi longtemps que les autorités politiques ne tiendront pas compte des difficultés énormes de gérer une école sans bénéficier de subventions, a-t-il encore déclaré, la devise ’d’école pour tous’ sera difficile à maintenir».

Ottmar Schneck : «Soyez vos propres managers!»

«Qui que vous soyez, abordez toujours et d’abord vos projets sous leur aspect financier!» s’est exclamé le professeur Ottmar Schneck, devant une assistance passablement abasourdie. Et d’ajouter, avec une pointe d’humour : «Ce n’est pas parce que vous êtes catholiques, qu’il vous faut abandonner un raisonnement stratégique. Aussi n’allez pas chercher des `pros’ qui feront le travail à votre place : vous êtes vos propres `managers’, et au niveau des sponsors, vous n’avez que l’embarras du choix. Les sponsors sont peu sollicités, et ils ne demandent qu’à s’engager: aidez donc ces êtres humains !»…Durant une heure, Ottmar Schneck va livrer quelques résultats novateurs d’une étude menée par l’Institut d’études économiques européennes, sur les financements dits «alternatifs».

En partant de quelques constats de base, il va d’abord conseiller aux représentants des écoles catholiques de couper court aux postulats de base négatifs : primo et en principe, aucun milieu économique n’est susceptible de trouver davantage la faveur des sponsors qu’un autre. Deuxièmement, le milieu de l’instruction, de par les exigences toujours croissantes au niveau du «savoir», du «savoir-faire» et du «savoir-être» des futurs candidats au marché de l’emploi, bénéficie aujourd’hui d’une «top-image». Vu la situation socio-économique actuelle, la préoccupation de la société et des milieux ééconomiques va sans détour à la formation de leurs futurs «poulains».

La règle d’or du sponsoring

«La qualité du produit» est à la base de toute campagne de recherche de financement. «Sans qualité, pas d’image; et sans image, pas d’argent». Mais pouvons-nous considérer nos élèves en termes d’investissement et d’efficacité ? «Comprenons-nous bien: je vous engage à étudier le milieu social tel qu’il est, et à en déduire le futur. Même si cela vous effarouche un peu, ne vous gênez pas de considérer votre école catholique et vos étudiants comme «des produits», dont il faut surveiller la qualité sans cesse. Le «contrôle de qualité» (à tous niveaux) dont il est un peu froidement question ici pourrait-il devenir une des spécificités des écoles catholiques de demain ? A voir. Pour l’instant, retenons que «seules les bonnes écoles sont susceptibles d’accrocher le sponsor, et surtout, de le garder à long terme».

Trois sources de financement : sponsoring, fundraising et mécénat

Les trois sources du financement altrnatif sont le sponsoring, le «fundraising» et le mécénat. Si Ottmar Schneck parle surtout de sponsoring, c’est parce qu’il considère cette forme de financement comme étant d’actualité et la seule apportant des résultats concrets. Le «fundraising», en vogue dans les années 80’ et 90’, est pour le professeur allemand, une «forme de mendicité moderne» qui table sur un éveil des sentiments de compassion. Il est en passe de disparaître. Le mécénat par contre, — des fonds provenant d’un donneur motivé surtout par des motifs personnels ou altruistes, est loin d’avoir mis la clé sous la porte. Cette alternative revient lentement mais sûrement : il suffit de procéder avec perspicacité et de tomber «au bon moment, au bon endroit».

La source sûre d’un financement «alternatif» reste donc avant tout le sponsoring. A moins de respecter les points basiques suivants: Proposer un produit de qualité et donc d’avoir une bonne «image» qui, en retour, profitera au sponsor; être son propre «manager», ouvert à toute possibilité, et attentif à ce qui se fait ailleurs; avoir un projet solide, couché sur papier; établir enfin un partenariat où l’offre et les prestations sont clairement fixées (qu’est-ce que j’apporte au sponsor? jusqu’où le sponsor peut-il intervenir au niveau de la gérance de mon école ?).

Le sponsor n’aime pas être «placardé contre les murs»…

Si le sponsoring sportif, imprimé sur des vêtements ou des produits de consommation, est plus facile à obtenir. Mais il est en «chute libre» parce que trop incertain (l’image d’une marque peut changer en effet d’un jour à l’autre en fonction de résultats obtenus, ou du comportement de certains sportifs), le sponsoring culturel dans son sens large, par exemple sur ordinateurs, est plus difficile, mais plus sûr. Que ce soit dans le domaine du sport, du culturel, de la consommation (nourriture, meubles, vêtements) ou de l’écologie, le sponsor préfère le «bouche à oreille» et l’informel. (revue interne où site internet où figurent les produits et les logos avec des recommandations à la clientèle suivis de commentaires positifs), à une froide exposition en vitrine, ou à une affiche clouée sur un mur. (apic/pablo davila/ba)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/bourguillon-51eme-assemblee-des-ecoles-catholiques-suisses/