«Loin des yeux, plus près du cœur»
Bukavu, 28 mars 2000 (APIC) Mgr Emmanuel Kataliko, archevêque de Bukavu, chassé depuis le 12 février de son diocèse par les rebelles du RCD, appuyés par les Rwandais, a envoyé aux fidèles de son archidiocèse un message de carême dans lequel il exprime sa souffrance de l’exil forcé. Ce message offre aux fidèles de son archidiocèse une relecture biblique réaffirmant le rôle de l’Eglise au Congo. Mgr Kataliko rappelle la valeur évangélique de l’espérance.
«Ces derniers temps, dit le prélat, je médite beaucoup sur la vie que mena, pendant quelques temps avant son arrestation, Jésus, fuyant ses ennemis. Jésus a dû voir monter la haine à son égard, notamment de la part des chefs religieux qui voyaient la sécurité de l’édifice de leur Temple et de leur foi ébranlée».
A leurs yeux, continue l’archevêque, la façon de vivre et de prier, sa liberté par rapport aux pouvoirs établis, son combat en faveur des pauvres et des marginalisés était devenu insupportable. Bref, sa façon de témoigner de Dieu pouvait provoquer des troubles et risquer de déclencher une sévère intervention de l’armée romaine d’occupation. Vous connaissez la suite : il fallait se débarrasser «de l’agitateur, du gêneur».
«Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous?»
L’évêque exhorte les fidèles, pendant ce temps de Carême, à ne pas oublier de faire ce chemin de croix à la suite de «Celui qui s’est donné jusqu’au bout, pour manifester l’amour du Père. Notre Seigneur, Jésus-Christ, le premier, a payé le prix fort de son engagement pour l’humanité déchue. Il a été crucifié à cause de la perversité humaine qui n’a pas supporté la vive lumière projetée par son être et sa parole, sur le coeur de l’homme».
«En ces temps difficiles, continue Mgr Kataliko, ne doutons pas de l’amour de Dieu pour nous. ’Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?’ Mais sachons que la logique évangélique est une logique non de la puissance, mais de la croix. ’Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre la force’ (1Co 1,27). La seule réponse à l’excès du mal, c’est l’excès de l’amour».
Loin des yeux, plus près du coeur.
L’archevêque conclut en invitant les fidèles, pendant ce temps de Carême, à redoubler de patience et d’espoir. «Le mal n’a jamais le dernier mot. Dieu est là. Il nous écoute. Soyons surtout solidaires, ne cédons pas à la tentation du découragement, du défaitisme et des intérêts égoïstes. Reprenons nos activités habituelles pour éviter de nous asphyxier. Que les étudiants, les élèves, les écoliers reprennent le chemin de l’école. Sans oublier les cérémonies liturgiques, source de forces spirituelles, de notre courage pour affronter sérieusement l’avenir. Dieu seul verra ce que nous deviendrons.» (apic/com/mk)
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