Liban: Cri d’alarme des évêques maronites libanais

« Les gens n’en peuvent plus »

Beyrouth, 3 février 2000 (APIC) Malgré un semblant de processus de paix, l’avenir incertain du Liban préoccupe vivement l’Eglise catholique libanaise. Réunis au siège du patriarcat maronite à Bkerké, au nord de Beyrouth, sous la présidence de leur patriarche, le cardinal Nasrallah Boutros Sfeir, les évêques maronites ont lancé un véritable signal d’alarme sur la situation actuelle au Liban, qui affronte une profonde crise sociale et économique. « Les gens n’en peuvent plus », ont-ils lancé dans un communiqué publié à l’issue de leur réunion mensuelle.

Les évêques soulignent que les obstacles au processus de paix poussent les Libanais à s’interroger sur l’avenir. Les prélats dénoncent également la crise de l’enseignement public et privé ainsi que les arrestations préventives sélectives pour dilapidation des fonds publics. Dans leur communiqué, les prélats mentionnent comme « signe des temps », les grèves pour raisons salariales de toutes catégories d’enseignants, du secondaire, du primaire, et du niveau universitaire. Les établissements scolaires publics ou privés ne sont pas en mesure de satisfaire ces revendications, soit en raison du déficit budgétaire, soit du fait de la crise économique qui fait que nombre de parents d’élèves ne paient plus les taxes d’écolage. Certains de ces établissements ferment leurs portes, incapables de supporter le fardeau financier qui leur est imposé.

Les évêques libanais saluent certes l’arrestation et le jugement de ceux qui ont détourné des fonds publics. Ils estiment cependant que cette pratique « devient source d’inquiétude si ces arrestations sont sélectives, et si sont épargnés ceux qui bénéficient d’une ’couverture’ politique. La justice est indivise et il est inadmissible que cette situation se prolonge depuis plus d’un an, paralysant l’administration ».

Polémiques contre Mgr Sader aux obsèques du numéro 2 de l’ALS

Une polémique contre l’évêque maronite de Tyr, Mgr Maroun Sader, a éclaté suite aux obsèques du chef de la milice supplétive Akl Hachem, tué dimanche dans un attentat du Hezbollah. Pour la résistance libanaise, il s’agit tout simplement de « l’élimination d’un traître allié de l’ennemi sioniste ». Le numéro 2 de l’ALS, l’Armée du Liban Sud alliée d’Israël, un chrétien maronite, a été enterré dans son village situé dans la zone occupée par Israël. L’évêché de Mgr Sader est à cheval sur la zone occupée par Israël et la région de Tyr. Lors des obsèques, Mgr Sader, chargé par le cardinal Nasrallah Sfeir de présenter ses condoléances, a parlé du « sang des martyrs qui a coulé au fil des ans », sans mentionner spécifiquement Akl Hachem.

L’évêque de Tyr, pris à parti par Anouar el-Khalil, ministre libanais de l’Information, et par le cheikh Mohammed Hussein Fadlallah, responsable du Hezbollah, a dû préciser que ni sa participation aux obsèques ni son oraison funèbre ne traduisent une quelconque prise de position politique. Il a également démenti avoir qualifié spécifiquement de « martyr » le numéro 2 de l’ALS.

« Les funérailles d’un agent stipendié par Israël »

« Si j’ai qualifié la mort de Akl Hachem d’événement douloureux, c’est parce qu’il en est ainsi pour sa famille et sa bourgade, sinon il n’y aurait pas eu autant de participants aux obsèques », rapporte jeudi le quotidien libanais « L’Orient-Le Jour ». Le prélat maronite a précisé qu’il est tout à fait naturel de partager avec les fidèles leurs joies et leurs peines et de ne pas les juger après leur mort. « Cela relève du simple devoir d’un pasteur ».

Le ministre de l’Information a déclaré mardi qu’il aurait « préféré qu’il n’y ait pas de participation aux funérailles d’un agent stipendié, qui a trempé dans toutes les affaires sanglantes pour servir les objectifs d’Israël ». Cheikh Mohammed Hussein Fadlallah a quant à lui qualifié cette participation de « grande faute, à l’égard non pas d’un camp politique précis, mais de toute la patrie ». Le patriarche maronite, Mgr Sfeir, a fait savoir par la voix du président de l’Ordre de la presse Mohammed Baalbaki que ses positions en faveur de la Résistance libanaise contre l’occupation sont publiques. (apic/orj/be)

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