Canada: Les Eglises relancent l’idée jubilaire et dénoncent la pauvreté des enfants
Ottawa, 3 février 2000 (APIC) En ce début de 3e millénaire, les Eglises chrétiennes du Canada relancent l’idée jubilaire et dénoncent une nouvelle fois la pauvreté croissante des enfants et des familles «malgré une certaine prospérité du pays ces dernières années». Au Canada, un enfant sur cinq vit dans la pauvreté; leur nombre a progressé de 500’000 en dix ans. La Conférence des évêques catholiques du Canada, en 1996, avait déjà attiré l’attention de l’opinion publique sur cette situation sociale inacceptable.
A l’appui de leur démarche pour davantage de justice sociale, les leaders religieux chrétiens rappellent la pétition pour l’annulation de la dette des pays pauvres, lancée par l’Initiative œcuménique canadienne pour le Jubilé. Cette pétition présentée l’année dernière au sommet du G7 à Cologne, a récolté quelque 630’000 signatures dans les églises du Canada. Ce succès démontre un fort soutien populaire au projet jubilaire lancé par les milieux religieux à l’occasion de l’an 2000.
Les Eglises du Canada, dans la ligne du Jubilé – qui prend ses racines autant dans les Ecritures hébraïques que dans les Ecritures chrétiennes, rappellent-elles – sont intervenues à l’occasion de la préparation du prochain budget fédéral canadien. Dans un appel au Premier ministre Jean Chrétien, lancé en janvier, une douzaine de leaders religieux des Eglises protestantes, catholique, anglicane et orthodoxe, l’ont interpellé dans le cadre de l’Initiative œcuménique canadienne pour le Jubilé. En attendant la présentation du budget fédéral canadien, qui devrait être faite au cours de la troisième semaine de février, les Eglises canadiennes maintiennent la pression.
Rétablir les liens brisés par l’injustice
La vision du Jubilé, écrivent les responsables religieux, «nous rappelle que Dieu a reconnu le besoin de rétablir les liens qu’avaient brisés l’injustice et l’inégalité. Lorsqu’on a présenté cette vision comme un défi actuel en ce début d’un nouveau siècle, les pratiquants ont répondu affirmativement. En tant que Canadiennes et Canadiens, c’est à la fois un défi et une occasion que nous présente l’avènement de l’an 2000. La pauvreté, en effet, constitue une crise de misère qui nous interpelle tous. C’est une crise de l’esprit qui affecte non seulement les pauvres, mais aussi ceux qui sont devenus indifférents aux besoins de leur prochain».
Dans le but de réaliser la vision du Jubilé, il s’agit pour les Eglises qu’une place soit redonnée à ceux qui se sont vu refuser l’accès aux richesses de la création de Dieu. «C’est en ce moment même que nous avons l’occasion de jouer un rôle actif dans la préparation du prochain budget fédéral, afin que soient tenues certaines des promesses faites depuis déjà longtemps dans trois domaines importants: répondre aux besoins des enfants et des familles du Canada qui vivent dans la pauvreté, annuler la dette des pays pauvres et augmenter, par nos programmes d’aide, le partage de nos ressources avec les pays pauvres.»
Un enfant sur cinq vit dans la pauvreté au Canada
En 1989, les responsables religieux applaudissaient à la résolution, prise à l’unanimité par la Chambre des communes, «d’éliminer la pauvreté chez les enfants du Canada d’ici l’an 2000.» C’est avec inquiétude qu’ils doivent constater que la pauvreté chez les enfants et dans les familles a augmenté depuis dix ans et que la pauvreté est encore plus grande qu’en 1989. Selon «Campagne 2000», une coalition pan-canadienne de plus de 70 organismes partenaires, nationaux, provinciaux et communautaires, dont le Conseil canadien des Eglises et la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), en 1999, un enfant sur cinq vivait dans la pauvreté, soit 463’000 enfants de plus qu’il y a dix ans.
Depuis 1989, le nombre d’enfants pauvres au Canada a connu une progression de 49%. (Cf. http://www.campaign2000.ca/f_national.htm)
En ce qui concerne la dette des pays du tiers monde, les Eglises canadiennes souhaitent «que le Canada fasse à nouveau preuve de leadership en annulant intégralement les dettes bilatérales des 50 pays les plus pauvres, comme on l’a fait récemment pour le Bangladesh.»
Annuler intégralement les dettes bilatérales des 50 pays les plus pauvres
Les Eglises canadiennes demandent à leur gouvernement de prévoir dans le cadre de la démarche du Jubilé un nouveau geste d’environ 300 millions de dollars qui couvrirait le coût de la «bonification» de la remise intégrale de la dette bilatérale de l’ensemble des 50 pays à l’endroit du Canada. Elles incitent également les autorités à appuyer l’annulation intégrale des dettes multilatérales de ces pays sans les contraindre à adhérer à des programmes d’ajustement structurel, qui, selon les partenaires des pays frappés par une crise économique, «ont de plus en plus pour effet de priver de l’accès aux services de santé, à l’éducation et aux biens essentiels les personnes en difficulté, qui en ont pourtant désespérément besoin.»
Les responsables religieux canadiens se déclarent «troublés» d’apprendre que l’aide officielle au développement à l’étranger (AOD) a décliné de plus de 40% depuis 1991, pour se limiter à 0,27% du PNB du Canada, ce qui est bien en-dessous de l’objectif de 0,7% que s’était fixé le gouvernement. Estimant que l’aide canadienne au développement à l’étranger devrait s’orienter plus efficacement vers la diminution de la pauvreté, les Eglises constatent que la promotion des intérêts commerciaux du Canada entre en conflit avec cet objectif, «si bien que le gouvernement devrait, à notre avis, augmenter délibérément un engagement envers une aide aux pays pauvres qui soit libre de tout lien, si l’on veut que notre aide produise le maximum d’impact sur la pauvreté.»
Conscientes que le budget canadien fait l’objet de fortes pressions contradictoires, les Eglises estiment que, dans un pays qui jouit d’une telle abondance, il faut accorder la priorité aux pauvres, tant au Canada que dans le reste du monde: «Nous croyons que le Canada peut et doit faire davantage. C’est dans l’espérance que nous prions pour que le premier budget du troisième millénaire soit un budget du Jubilé qui nous tracera une nouvelle voie pour l’avenir.» (apic/cccb/be)
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