Suisse: Les évêques suisses lancent une offensive médiatique à l’occasion du Grand Jubilé
Fribourg, 11 février 2000 (APIC) Le paysage médiatique se transforme à « vitesse grand V ». Les évêques suisses en ont pris bonne note et veulent être davantage présents dans les médias. « Le temps de la langue de bois est révolu », a lancé vendredi Nicolas Betticher, secrétaire adjoint et attaché de presse de la Conférence des évêques suisses (CES). A l’heure où la pratique dominicale ne concerne plus que 5 à 10% des fidèles, « 15 secondes de téléjournal correspondent à paroisse immense », a-t-il constaté.
Pour concrétiser cette nouvelle approche dynamique et volontariste, Nicolas Betticher avait emmené les journalistes en bus à Tavel, sur la route qui conduisait les pèlerins de Constance à Saint-Jacques-de-Compostelle. Le cortège médiatique s’est ensuite arrêté à Bourguillon pour présenter le nouveau « Plan pastoral de la communication des médias de l’Eglise catholique en Suisse » publié en octobre dernier. L’occasion de rappeler que parmi les 46 sanctuaires, chapelles et églises désignés comme lieux pour obtenir des indulgences pendant l’Année Sainte 2000, figure notamment Notre-Dame de Bourguillon, lieu de pèlerinage marial au-dessus de Fribourg.
Un partenaire privilégié, le service public
Dans un monde médiatique en pleine mutation – à l’ère du numérique et de la télévision par satellite, l’Eglise ne peut rester indifférente -, relève l’attaché de presse de la CES, il convient de développer des stratégies offensives. Les évêques français songent à une télévision catholique privée, tandis que la nouvelle télévision KTO du cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, arrivera très prochainement en Suisse, a-t-il révélé. Si certains considèrent que dans le cadre de la pluralité des médias KTO représente un complément bienvenu, d’autres estiment qu’elle vient concurrencer la présence de l’Eglise dans le service public. « Ce n’est pas tout à fait ce que les évêques suisses avaient souhaité, puisqu’ils ont décidé dans leur plan pastoral de privilégier le service public; nous sommes présents sur les télévisions et les radios nationales et nous souhaitons le demeurer! »
Nicolas Betticher part du constat que l’Eglise catholique est certes bien présente dans les médias, mais les informations la concernant sont loin d’être toujours précises ou bienveillantes. D’où la nécessité d’aller vers les médias et de chercher à répondre à leurs besoins. Si dans certains endroits les Eglises sont vides, il ne faut par conséquent pas hésiter à utiliser d’autres moyens d’évangélisation. Etant donné les moyens financiers en constante diminution, les évêques ont fixé des priorités. Parmi celles-ci, la présence dans les médias de service public, avec les émissions religieuses, le soutien aux médias catholiques, comme l’agence de presse catholique APIC. Mais la volonté existe de toucher également les médias profanes, « dont l’impact sur la société est considérable. »
Nouvelles initiatives médiatiques
Au plan concret, pour alimenter les médias, la CES va publier un service d’information hebdomadaire et relancer sous une autre forme les rencontres avec la presse qui avaient traditionnellement lieu à Zurich, les « Zürcher Pressegespräche », interrompues il y a trois ans. Ces points de presse, trois fois par an, ne seront pas œcuméniques comme auparavant, les protestants ne souhaitant pas y participer pour le moment. Le 4 avril, la CES lancera donc la première de ces rencontres spécialisées pour journalistes sur des sujets d’Eglise. Au programme de la première édition, Mgr Walter Kasper, le nouveau secrétaire du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens au Vatican, « qui sera à l’entière disposition des journalistes ».
Le Grand Jubilé, un moment privilégié de conversion
La CES a choisi de lancer cette offensive médiatique à l’occasion du Grand Jubilé, un moment que l’Eglise choisit pour proposer aux fidèles – « la demande est forte! » – des expériences spirituelles, des moments forts, de l’émotion… De tels moments, offerts par exemple lors des pèlerinages de l’Année Sainte, sont propices à la conversion et au retour sur soi. Les juifs, dans l’Ancien Testament, connaissaient déjà l’année sabbatique, tous les 7 ans, qui permettait de faire le bilan sur la situation politique, économique, sociale et religieuse. C’était le temps de la libération des esclaves, de la remise des dettes et du rappel que la propriété de la terre n’était pas absolue, mais seulement temporaire.
Cette tradition a été reprise par l’Eglise catholique au cours des siècles. La première « Année Sainte » a été décrétée en 1300 par le pape Boniface VIII, qui répondait aux demandes des fidèles venus en foule à Rome pour obtenir des indulgences. Les dernières grandes « années saintes » sont 1983, quand le pape Jean Paul II déclare le Jubilé de la Rédemption, 1950e année de la résurrection du Christ, puis l’année mariale en 1987, enfin le Grand Jubilé de l’an 2000, année de réflexion sur les 2000 ans de la naissance du Christ et année de révision de la vie chrétienne. Ce retour sur eux-mêmes des chrétiens, précise Nicolas Betticher, se manifeste par trois signes principaux: la purification, la mémoire des martyrs et la charité.
Dans la démarche de purification, l’Eglise fera le bilan de l’histoire du christianisme, avec ses points forts et les fautes commises durant son histoire. Le pape, le 12 mars prochain, prononcera une demande de pardon dans l’église Ste-Sabine à Rome. En matière de charité, l’Eglise insiste sur la participation des chrétiens dans la chaîne de l’humanité, co-solidaires de l’histoire des hommes, unis contre l’injustice, la misère, la guerre et les autres maux qui frappent notre humanité actuelle. L’Eglise participe ainsi à la campagne pour le désendettement des pays les plus pauvres. En mémoire des martyrs, le pape présidera le 7 mai une célébration au Colisée, haut lieu de la persécution des premiers chrétiens, tandis que cette journée du souvenir des témoins de la foi sera commémorée dans toutes les cathédrales de Suisse et du monde entier.
Rappelant que les « indulgences, une question délicate et difficile sur laquelle on a écrit beaucoup de choses fausses », font tout à fait partie de l’Année Sainte, Nicolas Betticher en a expliqué le sens profond: il s’agit d’une révision des cœurs, dans une démarche de foi. La CES a d’ailleurs publié un petit dépliant sur les indications en vue de l’obtention d’une indulgence pendant l’Année Sainte 2000. Deux points forts ont encore été relevés: les JMJ, Journées Mondiales de la Jeunesse avec le pape, en août prochain, avec la participation attendue de 2 millions de jeunes (5 à 6’000 Suisses devraient y participer, dont 1’500 Romands) et le Pèlerinage national interdiocésain du 25 septembre à Rome, avec une affluence de 10’000 pèlerins, accompagnés par tous les évêques suisses. (apic/be)
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