Belgique: Colloque interuniversitaire à l’UCL sur la réduction de la dette du tiers monde

Le remboursement sans contrepartie, « une mesure inefficace »

Louvain-la-Neuve, 13 février 2000 (APIC) Le Colloque interuniversitaire sur la réduction de la dette du tiers monde, réunissant l’Université catholique de Louvain (UCL) et son homologue flamande, la KUL, vient de s’achever à Louvain-la-Neuve. Les deux jours de travaux ont permis d’élaborer des propositions concrètes. Il ne s’agirait pas de libérer complètement les pays pauvres de leur dette extérieure – une mesure souvent « inefficace » – mais de rendre les remboursements « supportables », n’excédant pas 25% du revenu national.

Ce colloque a été sollicité par les évêques de Belgique – qui l’ont patronné – à l’occasion du Jubilé de l’an 2000. Il a été mis sur pied en collaboration avec les organisations catholiques pour le « Carême de Partage » et les Commissions catholiques « Justice et Paix ». Les organisateurs ont fait appel à divers spécialistes pour aborder les implications éthiques de l’endettement du tiers monde et les exigences théologiques de la solidarité avant de laisser les économistes débattre d’une proposition concrète formulée par quatre d’entre eux.

Cette proposition lie fondamentalement le problème de la réduction de la dette à celui d’un accroissement ou d’une meilleure répartition de l’aide au développement des pays pauvres. Elle tient en un document d’une trentaine de pages, élaboré par les professeurs Lode Berlage (KUL), Danny Cassiman (Facultés St-Ignace d’Anvers), Jacques Drèze (UCL) et Paul Reding (Facultés N.-D. de la Paix à Namur).

Des revenus de 70 à 1

41 pays du tiers monde croulent aujourd’hui sous le poids d’une dette extérieure qui absorbe 70 % de leur revenu national. Si l’on y ajoute 8 autres pays moins endettés mais fort appauvris, l’ensemble des 49 pays regroupe 850 millions d’habitants dont le revenu annuel moyen par habitant ne dépasse pas 372 dollars. En comparaison, 850 autres millions d’habitants répartis dans 23 pays riches (Etats-Unis, Canada, Japon, Europe occidentale, Australie et Nouvelle Zélande) disposent d’un revenu annuel moyen par habitant de 26’000 dollars. Ce revenu national, 70 fois plus élevé, permet aux pays riches d’investir 100 fois plus dans l’éducation et dans la santé. Or de tels besoins primaires ne peuvent être satisfaits dans le tiers monde à cause de la charge de la dette.

La proposition des quatre économistes belges vise précisément à réduire toute cette dette de 2001 à 2015, grâce à un programme qui tienne compte des impératifs sociaux du développement humain. Il serait géré par un Conseil réunissant toutes les parties intéressées: pays riches, pays pauvres, organismes de l’ONU pour le développement, organisations non gouvernementales, experts universitaires.

Un remboursement « supportable »

Aux pays pauvres serait demandé un remboursement « supportable », n’excédant pas 25% du revenu national, à réunir par une imposition raisonnable des contribuables selon leurs revenus propres. Pour équilibrer les apports de remboursements, les contributions seraient versées à un fonds commun, et non directement aux créanciers. Les ménages aux revenus trop faibles seraient exemptés d’impôt et la dette extérieure « insupportable » serait annulée.

De leur côté, les pays riches s’engageraient à augmenter leur contribution à l’aide au développement. En moyenne, celle-ci ne dépasse pas 0,25 % du revenu national, au lieu des 0,70 % souvent souhaités. Ce dernier taux n’est atteint que par les Pays-Bas et par trois pays scandinaves; la Belgique suit avec 0,35 %, tandis que les Etats-Unis ne dépassent pas 0,10 %. Réclamer à tous les pays riches une contribution d’au moins 0,10 % supplémentaires paraît raisonnable; cela équivaudrait à 325 milliards de dollars par an et permettrait à la fois d’appuyer des projets de développement et de garantir jusqu’au bout un remboursement supportable de la dette, chiffré quant à lui à 61 milliards de dollars par an.

Annulation pure et simple de la dette exclue

Les économistes excluent le principe d’une annulation pure et simple de la dette pour tous. Expérience faite, ce genre de « cadeau » se révèle inefficace quand il est offert sans garantie concernant la démocratie, la responsabilité du gouvernement, la qualité des institutions et la santé de l’économie. Des réductions d’office d’une dette supportable équivaudraient, en outre, à des privilèges arbitraires accordés aux uns, au risque de gêner voire de saper les efforts de développement des autres.

« Notre première préoccupation n’est toutefois pas de rendre le remboursement de la dette efficace, a précisé le professeur Drèze. Il est de rendre efficace notre contribution à des projets de développement, dont il est essentiel que les groupes de populations locales restent les initiateurs et les porteurs. » (apic/cip/be)

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