Brésil : Comment et pourquoi utiliser les médias pour l’évangélisation?

APIC-Dossier:

Un point fort de la 8e Rencontre nationale des prêtres brésiliens

Paulo Pereira Lima, correspondant d’APIC à Sao Paulo

Itaici (Brésil), 14 février 2000 (APIC) Le phénomène «des prêtres stars» dans les radios et à la télévision préoccupent les prêtres brésiliens. Au moment où le Père Marcelo Rossi, à Sao Paulo, obtient une audience grandissante dans les médias, ils s’interrogent sur la place des moyens modernes de communication dans l’évangélisation. Un point fort abordé à la 8e Rencontre nationale des prêtres qui vient d’achever ses travaux à Itaici dans l’Etat de Sao Paulo.

A partir du thème «Nouveau millénaire, nouveau prêtre?», près de 500 prêtres brésiliens délégués demandent le respect, par Rome, de l’avis des Eglises locales dans la nomination des évêques. Ils s’inquiètent et se réjouissent à la fois de la place des médias dans l’évangélisation. Autres thèmes abordés: l’affectivité et la réalisation personnelle des prêtres, une question liée au célibat obligatoire; la formation spirituelle pour une vie sacerdotale authentique et la manière d’appréhender les nouveaux mouvements ecclésiaux, notamment le Renouveau charismatique en pleine expansion au Brésil.

Les 500 prêtres réunis à Itaici représentaient les 16’000 prêtres brésiliens, prêtres diocésains et religieux confondus, venus de toutes les régions du pays. Signé par le Conseil national des prêtres, un document, tiré à 14’000 exemplaires, avait d’abord circulé parmi les 260 diocèses du pays. Les principaux auteurs du texte de préparation sont deux théologiens de la libération, le Père Clodovis Boff (frère de Leonardo) et le Père Alberto Antoniazzi.

Un modèle de prêtres pour le futur ?

Clodovis Boff, analysant l’apparition du phénomène de «prêtres stars» ou «médiatisés», pose la question: «Ces prêtres «Pop stars» ne sont-ils pas en train de faire partie des rêves des séminaristes? Prêts à les imiter? Sont-ils un modèle de prêtres pour le futur?»

Pour approfondir le sujet, les participants de la 8e Rencontre ont écouté avec attention le témoignage du Père Zezinho qui depuis 30 ans a composé des chants d’église mais aussi de nombreuses chansons populaires connues dans tout le Brésil. Une sorte de barde, mais à la mode brésilienne, de ce qu’a été, dans la première moitié du 20e siècle, l’abbé Joseph Bovet pour le canton de Fribourg, en Suisse. Dans son intervention, le Père Zezinho a déclaré qu’il est un prêtre que les médias ont popularisé mais qu’il n’est pas un «prêtre des médias». Il s’interroge cependant: «Dois-je obéissance seulement à mon évêque ? Ou à tous les évêques qui connaissent mes disques à travers les radios et les télévisions ?

Les messes médiatisées du Père Marcelo Rossi

Cette question est d’actualité depuis que le Père Marcelo Rossi, lié au Renouveau charismatique, a vendu l’an dernier plus de 3 millions exemplaires de son premier CD. En novembre 1999, le Père Rossi a organisé une «Show-missa», à Sao Paulo, qui a attiré une foule record d’un million de personnes. En terme d’affluence, seul Jean Paul II a dépassé ce chiffre en 1997 lors de sa dernière messe à Rio de Janeiro dans et autour du stade de football du Maracana. Les messes et les spectacles liturgiques du Père Rossi sont souvent transmises en direct dans tout le pays par «TV Globo», la plus importante chaîne de télévision du Brésil.

Pour Mgr Angelico Sandalo Bernardino, évêque auxiliaire à Sao Paulo et responsable du secteur vocations et ministères au sein de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), «les prêtres rendus célèbres par les médias portent une immense responsabilité sur leurs épaules. Qu’ils le veuillent ou non ! «Normalement un prêtre est connu dans son diocèse. Et encore! Cela se limite souvent à sa paroisse et aux paroisses avoisinantes». Tandis que les médias offrent un espace aux limites du pays aux «prêtres stars».

«De fait ni l’Eglise catholique du Brésil pour l’instant, ni a fortiori le droit canon n’ont vraiment abordé sérieusement cette problématique», poursuit Mgr Bernardino. «Je comprends donc que les délégués de la 8e Rencontre nationale des prêtres interpellent la CNBB. Il est souhaitable qu’un document épiscopal essaye de situer la place des «prêtres pop stars» avec l’institution Eglise: Mais auparavant. j’estime que nous devons d’abord ouvrir un vaste débat à la base, c’est à dire entre prêtres et laïcs».

Le Père Manoel Godoy, l’un des prêtres organisateurs de la 8e Rencontre est plus pressé: «La CNBB ne peut en aucun cas se permettre d’avancer au rythme de la tortue. Les évêques doivent affronter immédiatement ce problème urgent. Nous attendons rapidement des directives qui soient une référence et un engagement pour tout le Brésil».

Les Rencontres nationales des prêtres brésiliens, dans un pays qui comprend le plus grand nombre de catholiques du monde, a lieu depuis 1985, tous les deux ans. (apic/plp/ba)

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