Nigeria: Terrible bilan à Kaduna: les affrontements ont fait entre 400 et 1’000 morts
Lagos, 24 février 2000 (APIC) Plusieurs centaines de personnes, entre 400 et 1’000 selon les sources, ont été tuées lors des graves affrontements inter-religieux de lundi et mardi derniers à Kaduna (nord du Nigeria), a rapporté mercredi soir le correspondant de la radio française RFI de Kaduna.
Selon une organisation des droits de l’homme basée à Kaduna, les affrontements ont fait au moins 400 morts. Quant au correspondant de RFI, il parle de 1’000 morts et plus. Le bilan officiel fait de son côté état de 13 tués. Les autorités craignant que la publication d’un grand nombre de morts n’accentue les violences.
«Les musulmans ont déjà enterré la plupart de leurs morts. Les chrétiens enterrent les leurs. Nous sommes allés dans les rues, et nous avons dénombré plus de 400 tués», a affirmé à l’AFP Shehu Sani, responsable du Congrès des droits civiques (CRC) à Kaduna. Jeudi matin, dans la périphérie de la localité, des cadavres ont été brûlés. Selon l’Agence Misna, le risque de nouveaux incidents est très élevé.
Appel du président de l’Etat fédéral
Le président fédéral Olouségun Obasanjo a lancé un appel aux musulmans et chrétiens de la province, pour se tolérer mutuellement. Quant à l’archevêque d’Abuja, Mgr John Olorunfeni Onaiyekan, il soupçonne l’Arabie Saoudite d’être derrière ces incidents, et s’étonne de la présence de l’ambassadeur de ce pays lors de la cérémonie d’introduction de la charia dans l’Etat de Zamfara.
«A mon avis et d’après ce que j’ai vu, il y a plus de mille morts. Les policiers ramassent les morts dans les rues et dans tous les bâtiments brûûlés», commente la même source, ajoutant avoir dénombré 35 corps dans une même maison.
De nombreux autres correspondants et envoyés spéciaux à Kaduna, témoignent de la violence des affrontements. Les rues de la ville étaient jonchées de cadavres, de voitures incendiées, ainsi que de marchandises saccagées et de morceaux de verre brisés, écrivent-ils. La localité a été décrite comme «une ville fantôme».
Musulmans et chrétiens de Kaduna se sont violemment affrontés autour de la question de la charia (la loi islamique). Les premiers réclament son application, alors que les seconds se déclarent opposés. Pour se faire entendre, les musulmans avaient organisé ces dernières semaines plusieurs manifestations de rues. A leur tour, les chrétiens, majoritaires dans la région, sont descendus en masse dans les rues.
Grâce aux pétrodollars de l’Arabie Saoudite
L’archevêque d’Abuja, Mgr John Olorunfeni Onaiyekan montre donc du doigt l’Arabie Saoudite. Et accuse ce pays d’être derrière ces incidents, estimant que ce pays «apromis des aides économiques aux Etats (de la fédération du Nigeria) qui introduiraient la charia». «Ce n’est pas un hasard si à la cérémonie d’introduction de la charia à Zamfara il a noté la présence de l’ambassadeur d’Arabie Saoudite et aucun représentant du gouvernement central», a fait remarquer le prélat, dans une interview diffusée mercredi par l’Agence romaine FIDES. Il s’est, en outre, interrogé sur l’origine des armes utilisées par des civils lors des heurts de lundi et mardi, soulignant que ces personnes n’avaient pas d’argent pour se les procurer.
Depuis octobre dernier, plusieurs Etats musulmans du nord du Nigeria se sont lancés dans une politique d’islamisation de leur code pénal. (apic/ibc/pr)
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