Pour une collaboration harmonieuse entre musulmans et chrétiens

Le Caire: 20’000 personnes autour du pape pour une célébration haute en couleurs

De notre envoyée spéciale au Caire, Caroline Boüan

Le Caire, 25 février 2000 (APIC) Plus de 20’000 personnes, dont un certain nombre de musulmans, ont accueilli par des cris de liesse le pape Jean Paul II, venu célébrer une messe au Palais des Sports du Caire. Au deuxième jour de sa visite historique en Egypte, son 90e voyage pastoral hors d’Italie, le pape poursuit son pèlerinage sur les pas de Moïse. Dans son homélie, Jean Paul II encourage les chrétiens à prendre des responsabilités dans la société égyptienne, les invitant à une collaboration harmonieuse avec les musulmans, après avoir rendu hommage à l’oeuvre de l’Eglise catholique dans le domaine de l’éducation.

La messe de vendredi matin était primitivement prévue à la cathédrale catholique, qui ne peut contenir que 2’000 fidèles.

Sous un écran géant proclamant «Jean-Paul II, nous vous aimons», la foule, compacte, a chanté des hymnes de bienvenue, tout en agitant des foulards blancs frappés à l’effigie du pape. Ce dernier a lentement pris place derrière l’autel pour célébrer l’office, appuyé sur son bâton de pèlerin. Fait sans précédent en Egypte, la messe a été retransmise à la télévision, notamment, en français et en arabe. Des prières ont été prononcées en arabe, en signe d´unité.

Pour rejoindre le stade, le pape a parcouru une vingtaine de kilomètres vers le nord-est du Caire, en partant de la nonciature apostolique où il a passé sa première nuit. Les quelque 20’000 personnes présentes ont préalablement été soumises à des contrôles particulièrement sévères à l’entrée du stade, tandis que plus de 3000 places avaient été laissées vides derrière l’autel du pape pour des raisons de sécurité.

Pour une participation active

«C’est un devoir pour tous les citoyens de participer activement, dans un esprit de solidarité, à l’édification sociale, à la consolidation de la paix entre les communautés et à la gestion honnête du bien commun», a déclaré Jean Paul II dans son adresse aux participants, depuis un podium décoré de tentures rouges et blanches. «Pour réaliser cette oeuvre commune qui doit rapprocher les membres d’une même nation, il est légitime que tous, chrétiens et musulmans, dans le respect des différentes opinions religieuses, mettent également leurs compétences au service de la collectivité, à tous les niveau de la vie sociale».

Le pape a par ailleurs rendu particulièrement hommage à l’engagement de l’Eglise catholique auprès du peuple égyptien dans les domaines de la santé, des oeuvres de charité et surtout de l’éducation, grâce aux nombreuses écoles tenues par les Congrégations du patriarcat copte catholique et par celles qui dépendent du vicariat latin, dirigées notamment par des jésuites, des salésiens et des Frères des Ecoles chrétiennes.

«Par l’éducation des jeunes aux valeurs humaines, spirituelles et morales essentielles, dans le respect de la conscience de chacun, les institutions éducatives catholiques souhaitent apporter leur contribution à la promotion de la personne, particulièrement de la femme et de la famille», a poursuivi le pape. «Elles entendent aussi favoriser des relations amicales avec les musulmans, a-t-il ajouté, afin que les membres de chacune des communautés s’efforcent sincèrement de se comprendre mutuellement et de promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix, le respect et la liberté».

De nombreuses écoles étaient effectivement représentées lors de cette cérémonie célébrée par Jean Paul II avec les patriarches et les 15 évêques catholiques d’Egypte, représentant les rites copte, latin, maronite, byzantin, arménien, syriaque et chaldéen. «C’est encore dans les écoles qu’il y avait le plus de chance d’obtenir un billet d’entrée pour cette messe», a expliqué à l’APIC une jeune fille de 28 ans, Nevine, appartenant à un mouvement scout de rite copte catholique chargé de l’organisation de la cérémonie. «J’ai moi-même appris le français dans une école tenue par des franciscaines de Rome», a-t-elle ajouté. «Les écoles catholiques sont généralement très appréciées ici, y compris par les musulmans».

Nombreux jeunes

La présence des jeunes s’est particulièrement manifestée au début et à la fin de la messe par l’intensité des cris et des applaudissements. «Il y a beaucoup de jeunes engagés dans les mouvements chrétiens», a pour sa part expliqué Paula, une autre jeune fille appartenant au rite arménien, âgée de 21 ans et étudiante en informatique. «Pour nous cette journée est unique. C’est en plus la première fois que je vois le pape».

«Votre présence ici autour du successeur de Pierre est un signe de l’unité de l’Eglise dont le Christ est la tête», a dit Jean Paul II à l’attention des jeunes. Une unité qui s’est manifestée dans une diversité joyeuse et finalement harmonieuse au cours de cette liturgie où l’on a vu se succéder des mélodies coptes et des chants en latin, tandis que la procession de l’Evangile, selon le rite byzantin, était suivie de l’acclamation enthousiaste de «l’Alleluia» de la communauté française de Taizé.

Le pape a par ailleurs adressé un salut particulièrement affectueux à un groupe important de Soudanais. «Je prie pour vous tous les jours», leur a-t-il assuré. «As-salam u’ alaikum !», «La paix soit avec vous», a enfin conclu le pape en arabe, au milieu de cris d’enthousiasme. «Demain, j’accomplirai un pèlerinage au Mont Sinaï où Moïse a reçu la loi inscrite désormais dans le coeur des hommes. Dieu nous appelle à l’amour».

Appel du pape pour le Nigeria et le Mozambique

Au terme de la messe encore, Jean Paul II a lancé un appel pour le Nigeria et le Mozambique. «J’apprends avec peine qu’au Nigeria une tension a causé beaucoup de morts. (réd: entre 400 et 1’000, selon les sources, lors d’affrontements entre chrétiens et musulmans, survenus lundi et mardi à Kaduna, à la suite d’une vague de protestation des chrétiens de cette région située au nord du pays, contre l’application de la charia – loi islamique -) En déplorant toute forme de violence, je prie le Seigneur, a-t-il dit, pour que tous les habitants de ce pays s’attachent à vivre dans la fraternité, fondée sur le respect des personnes et sur la liberté religieuse. Ces valeurs peuvent seules ouvrir un avenir au Nigeria».

Quant au Mozambique, le pape «confie aussi au Seigneur le peuple du Mozambique, touché par de graves inondations. Puisse-t-il trouver auprès de la communauté internationale la solidarité effective dont il a besoin!».

«Moment historique»

Avant la célébration, le patriarche copte catholique d’Egypte Stéphanos II Ghattas a souhaité la bienvenue à Jean Paul II, et souligné l’importance de «ce moment historique». La visite de Jean Paul II constitue en effet la première visite d’un pape catholique en Egypte.

Comme il l’avait fait la veille, dans son appel à la tolérance, au rejet des fanatismes religieux, le pape a renouvelé son invitation dialogue et à l’oecuménisme: «Que le Seigneur, maître du temps et de l’histoire daigne se servir de nos humbles personnes qui, quoique indignes, sont appelées à oeuvrer pour la restauration de la communion entre les Eglises et de l’unité de l’Eglise».

Le pape est arrivé jeudi pour une visite de trois jours en Egypte avec un message de paix et d’harmonie entre les religions. Dans l’après-midi de cette seconde journée, le pape rencontrera les représentants des Eglises chrétiennes non-catholiques d’Egypte (apic/imed/cb/pr)

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