Menaces de David Lévy: « Sang contre sang, enfant contre enfant »
Beyrouth, 28 février 2000 (APIC) Le chef du gouvernement libanais, le Premier ministre Sélim el-Hoss, rencontrera jeudi au Vatican le pape Jean Paul II dans le cadre de ses efforts visant à épargner au Liban de nouvelles attaques israéliennes, annonce-t-on lundi de source gouvernementale à Beyrouth. Israël menace en effet de mettre le Liban à feu et à sang si le Hezbollah lance des katiouchas sur Kyriat Shmone.
« Sang contre sang, âme contre âme, enfant contre enfant », a lancé la semaine dernière le Ministre israélien des Affaires étrangères David Lévy, provoquant un véritable tollé dans le monde arabe, mais sans susciter l’indignation dans les médias et les chancelleries occidentales… C’est dans ce contexte déjà surchauffé que le Premier Ministre français Lionel Jospin, en visite en Israël, en a rajouté dans le sens des thèses israéliennes, en qualifiant d’ »actes terroristes » les attaques des combattants du Hezbollah contre les soldats de l’Etat hébreu qui occupent illégalement le Sud Liban, en contrevenant à une série de résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.
Si dans le monde occidental les propos outranciers du Ministre israélien des Affaires étrangères sont passés inaperçus ou ont été occultés, en Israël même, des voix se sont fait entendre pour demander la démission de David Lévy. Dans son éditorial, le quotidien israélien « Ha’aretz » écrit que le Ministre des Affaires étrangères n’est pas à sa place, en rappelant qu’il a déclaré du haut de la tribune de la Knesset qu’Israël allait suivre une politique de « sang contre sang, âme contre âme, enfant contre enfant. »
S’attaquer aux enfants innocents = crime de guerre, dénonce « Ha’aretz »
« Ha’aretz » souligne que par ses déclarations incendiaires, « qu’aucun Ministre des Affaires étrangères d’aucun gouvernement israélien n’a jamais faites dans le passé », Lévy, en fait, a lancé « un appel à contrevenir au droit international qui stipule qu’un pays qui frappe intentionnellement des enfants – même en représailles d’attaques contre ses propres enfants – est coupable de crimes de guerre ».
Le silence approbateur du Premier Ministre israélien Ehoud Barak, de ses collègues de la coalition « Israël uni » et du Cabinet israélien laisse à penser que les fortes paroles de David Lévy ne sont pas qu’un simple dérapage, « mais qu’elles expriment ainsi à la face de la région et du monde la politique israélienne et ses valeurs morales ».
Le quotidien israélien estime que ce fut une erreur de recruter David Lévy, du petit parti « centriste » Guesher, car il s’est surtout fait remarquer « par ses menaces contre les voisins, en attaquant les Palestiniens, en critiquant le Vatican et en exploitant son poste pour accorder des nominations politiques ». Et le journal d’affirmer que son apport au processus de paix a été « minime et même parfois négatif », le seul soutien qu’il a obtenu venant de l’extrême-droite. Le journal parle de l’urgence de faire partir cette « tache laide » sur l’Etat d’Israël représenté par l’appel « sang contre sang, âme contre âme, enfant contre enfant ».
C’est dans ce contexte de menaces israéliennes et d’indignation nationale contre les propos de Lionel Jospin que le Président du Conseil libanais se rendra à Rome mercredi et sera reçu par le Souverain pontife jeudi. Il s’entretiendra également avec le chef de la diplomatie du Vatican, Mgr Jean-Louis Tauran. « Le terrorisme s’incarne dans l’occupation par Israël de notre terre, ses bombardements quotidiens des villages habités par des civils et sa destruction des infrastructures » au Liban, a souligné Sélim el-Hoss, en référence aux bombardements par l’aviation israélienne, le 8 février, des stations électriques. Le terrorisme s’incarne aussi « dans le grand nombre de prisonniers et d’otages » dans les prisons d’Israël et dans « les menaces persistantes de ses responsables de brûler la terre du Liban », a ajouté le Premier ministre dans une allusion aux déclarations du Ministre israélien des Affaires étrangères David Lévy. Quant aux déclarations de Lionel Jospin, le chef du gouvernement libanais s’est dit surpris de « ce genre de propos » alors que la France, coprésidente avec les Etats-Unis du comité de surveillance des arrangements d’avril 96, tente de relancer ses réunions boycottées depuis le 11 février par l’Etat hébreu.
Dressant un parallèle avec l’occupation de la France par l’Allemagne nazie, Sélim el-Hoss s’interroge: « L’occupation par l’Allemagne nazie du territoire français constituait-elle une ceinture de sécurité pour protéger ses frontières ? L’héroïque résistance française qui fait la fierté de la France est-elle un mouvement terroriste qu’il faut condamner ? ». « Les lois internationales et les accords ont consacré le droit des peuples à résister à l’occupant », a rappelé le chef du gouvernement libanais. « Si le but est de préserver la vie des soldats israéliens, ils n’ont qu’à sortir du Liban », lance le représentant de la communauté musulmane sunnite.
L’évêque du Mont Liban: les Libanais sont unis derrière la Résistance nationale libanaise
Face aux menaces de « brûler le Liban », il semble en effet que l’ensemble des Libanais, toutes tendances politiques et confessionnelles confondues, se soient rangés derrière le Hezbollah. Dans une interview accordée à l’agence APIC, Mgr Georges Khodr, l’une des figures spirituelles les plus marquantes du christianisme au Proche-Orient, tient d’emblée à préciser: « Le Hezbollah, au Liban, tout le monde l’estime, car il pratique la résistance contre l’occupant israélien. Vous les appelez « terroristes », mais ils sont très sages à Beyrouth et dans le reste du Liban. Ils ne font qu’attaquer l’armée israélienne et leurs supplétifs au Sud Liban. C’est un combat national et ils ont le courage de l’entreprendre. Il ne faut pas oublier que nous sommes occupés ».
Théologien renommé, le métropolite orthodoxe de Byblos, Botris et du Mont-Liban est un éditorialiste influent dans un important quotidien libanais de langue arabe. Interpellant les Européens et en particulier la France, il poursuit: « Pour vous, il était non seulement légitime mais aussi louable de pratiquer la résistance contre l’occupation allemande durant la guerre, et il vous serait inconcevable que les Arabes fassent de même sur leur sol contre l’armée d’un Etat étranger qui bombarde tous les jours le Liban depuis 1982. Qui, en connaissance de cause, lance ses obus sur des femmes et des enfants réfugiés dans les bâtiments des Nations-Unies à Cana, qui enferment des adolescents et des jeunes Libanais dans la prison de Khiam et dans les prisons israéliennes sans jugement…? »
Le prélat grec-orthodoxe affirme que le Liban et le monde arabe en général souffrent d’un double standard moral: « Israël, peuple élu, béni de Dieu, peut faire ce qu’il veut: personne ne s’indigne quand on bombarde les civils libanais! Nous parlons du peuple d’Israël dans notre liturgie, mais cela n’a rien à faire avec le peuple actuel dont les 85% sont athées. L’Etat d’Israël d’aujourd’hui, nous, nous le voyons comme un fait purement colonial lié d’ailleurs à l’impérialisme américain, qui a chassé un peuple de sa terre. » (apic/haar/orj/be)
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