L’image de la Vierge Marie peut-elle entrer dans le carnaval ?

Brésil: Polémique entre l’Eglise catholique et les écoles de samba

Sao Paulo, 28 février 2000 (APIC) Au pays du carnaval, l’image de la Vierge Marie est le centre d’une polémique entre l’Eglise catholique et les écoles de samba de Rio de Janeiro et de Sao Paulo, les plus fameuses de tout le Brésil. Des évêques menacent de se plaindre à la justice car des organisateurs du défilé ont prévu de présenter l’image de «Notre-Dame» dans des chars du carnaval.

Le thème de la fête du carnaval de cette année était facile à trouver. En l’an 2000, on célèbre en effet officiellement le 500e anniversaire de la «découverte du Brésil» par les Portugais. Le thème a d’ailleurs été suggéré par le gouvernement brésilien.

L’archidiocèse de Rio a pourtant l’intention d’aller au tribunal pour empêcher que l’école de samba «Unidos da Tijuca» ne présente l’image de la Vierge Marie. «Notre Dame de la Bonne Espérance», à ses yeux, ne doit pas être représentée dans une allégorie du carnaval.

Dans une interview à la presse, l’avocat de l’archidiocèse, Antônio Passos, avertit qu’il peut se plaindre à la police et empêcher que l’image de Notre-Dame ne soit présentée au «Sambadrome», un espace construit spécialement pour le défilé du carnaval.

Les directeurs de l’école de samba se défendent en affirmant que la Vierge Marie fait partie du thème choisi cette année. D’ailleurs le roi du Portugal, Dom Manuel a remis à Pedro Alvares Cabral, le navigateur qui a découvert le Brésil, une image de «Notre-Dame de la Bonne Espérance» pour le protéger durant son voyage sur les mers. Mais l’avocat de l’archidiocèse n’en démord pas. La présentation de la Mère de Dieu, est pour lui un crime d’irrespect pour des symboles religieux sacrés protégés par l’article 208 du Code pénal. Au lieu de recourir à la justice et à la police, le cardinal Eugêênio Sales, archevêque de Rio, veut cependant tenter un accord ou un compromis avec les responsables de l’école de samba.

Même scénario polémique à Sao Paulo

A Sao Paulo, même scénario polémique. L’intrigue a pour motif une autre image de la «Mère de Dieu», celle d’une Pieta, réplique de la sculpture de Michel-Ange exposée dans la basilique Saint Pierre à Rome. L’école de samba «Aguia de Ouro» veut la montrer sur un char du défilé.

Le président régional de la Conférence nationale des évêques brésiliens (CNBB), dom Fernando Figueiredo, estime qu’il s’agit d’une offense au sentiment religieux de la communauté catholique. Les images saintes qui représentent un objet de dévotion doivent être respectées par tous. Elles ont leur place sur les autels et dans les églises et non pas sur les chars allégoriques du carnaval.

Pour le représentant de l’école de samba, Paulo Filho, la réaction de l’Eglise catholique est disproportionnée. Nous allons présenter dans notre défilé des missionnaires jsuites qui ont été les grands défenseurs des Indiens. Montrer Notre-Dame est une façon aussi pour nous de manifester qu’elle a justement protégé sans cesse les opprimés. Ironique, il affirme encore: «Les évêques devraient venir voir nos préparatifs du défilé au lieu d’intervenir dans notre manifestation comme s’ils étaient ’les dominicains de la Sainte Inquisition’. L’objet de la discorde est précisément la reproduction de la Pieta sculptée par Michel Ange (1475-1564). Mais avec un changement fondamental. Au lieu du Christ mort soutenu par la Vierge Marie, on y trouve un Indien mort avec les signes de crucifixion aux mains et aux pieds. «L’intention est de montrer le martyr des Indiens», affirme le représentant de l’école de samba. «Car au Brésil, la culture des Indiens fut véritablement crucifiée».

Un peu de théologie…

Paulo Filho, semble bien connaître la théologie catholique et l’histoire de l’Eglise. Il est vrai qu’il fut séminariste autrefois dans l’Etat de Rio Grande du Sul. Il rappelle que la théologie catholique insiste sur la nécessité du respect de la culture de chaque peuple. Au lieu d’imposer la culture européenne. Comme cela s’est fait dans le passé. «J’essaye de comprendre, sans y réussir, pour quels motifs les évêques essayent de nous empêcher de mettre un Indien tué dans les bras de Notre-Dame». (apic/plp/ba)

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