«Le préservatif n’est pas la panacée universelle»
Rome, 29 février 2000 (APIC) Considérer que le préservatif est la panacée universelle contre la propagation du sida en Afrique est une erreur, estime Mgr Elio Sgreccia, vice-président de l’Académie pontificale pour la vie. Le développement économique, l’amélioration des services de santé, l’éducation, le respect de la femme sont autant d’éléments tout aussi nécessaires, souligne le prélat.
Interrogé par Radio Vatican, Mgr Sgreccia répondait à l’interpellation Walter Veltroni, secrétaire du Parti socialiste démocratique italien (PDS) qui à l’occasion d’une visite à Soweto a demandé à l’Eglise catholique de changer son attitude sur l’utilisation du préservatif, la rendant responsable de la progression du sida en Afrique.
Le directeur de l’Institut de bioéthique de l’Université catholique de Rome relance la balle dans le camp des décideurs: «Il serait bon que les hommes politiques qui se sont réveillés tard, fassent leur part pour ce qui est de la paix, du progrès économique, les structures sanitaires etc.». Autant de facteurs aggravants ou préparant le terrain au sida.
«Une réflexion théologique et pastorale a été faite, grâce à des gens qui se trouvent sur place depuis tant d’années, missionnaires de tant de congrégations, de large expérience: ils savent que les causes favorisant la diffusion du sida en Afrique plus qu’ailleurs, sont complexes, variées. Ce sont la misère, la dénutrition, le manque d’hygiène, la perte d’immunité de la population, ainsi que les guerres et la malaria, qui prédisposent les organismes à être attaqués. Naturellement on ne peut pas remédier à cet ensemble de causes avec la simple recette, plutôt superficielle, suggérée par M Veltroni «. Certains pays où le sida frappe le plus, ne comptent pas plus de 2% de catholiques, ajoute Mgr Sgreccia. «Donc le secrétaire du Parti socialiste démocratique ne peut pas donner à entendre que si le sida se diffuse en Afrique c’est la faute de l’Eglise catholique. Cela serait grave.»
Il faut changer les comportements
D’autre part, Mgr Sgreccia rappelle que le préservatif n’est pas la panacée universelle. Ce serait dit-il, une tromperie que d’affirmer son efficacité totale. Ce sont les comportements qu’il faut changer, que ce soit dans le rapport à la drogue ou dans les relations sexuelles: Il prône une vraie «pédagogie» qui rende les personnes plus responsables.
Pour le prélat, miser sur le moyen technique du préservatif est un chemin erroné et peut même provoquer l’augmentation de la diffusion du virus. «Parce que le préservatif ne préserve pas. Il y a de larges marges d’échec. De plus, les populations ne l’utilisent même pas, parce qu’elles-mêmes n’en voient pas la finalité. Enfin, on sait qu’encourager, donner l’illusion que ce soit un remède valide finit par faire augmenter les comportements à risque, que ce soit dans le domaine de la drogue ou de la sexualité.».
L’Eglise catholique fait sa part
Depuis plus de dix ans l’Eglise catholique s’est engagée en Afrique pour la lutte contre le sida, explique Mgr Sgreccia, que ce soit dans la prévention, les soins médicaux, ou l’assistance des personnes séropositives. «La ligne pédagogique étudiée, pour le bien global des personnes, des familles, et de la santé, est la ligne qui table sur la modification des comportements à risque.»
Celui qui défend l’usage du préservatif part de l’idée que le sexe et la drogue doivent être laissés libres. Ensuite on veut trouver un remède «technique» pour combiner le libéralisme des comportements, avec la préservation de la maladie. Pour Mgr Sgreccia il s’agit d’une «grande tromperie». «Il faut revoir la pédagogie de fond. Et c’est ce que font les missionnaires, dans la catéchèse, dans les écoles. Ils donnent des indications à la population sur les valeurs. […] L’Eglise catholique fait sa part, elle le fait avec sa méthode qui est à long terme la seule gagnante. Elle le fait en cherchant aussi à impliquer les autres religions et toutes les forces saines des pays», conclut-il. (apic/zn/mp)
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