Mexique: Reprise en mains de l’Eglise avec le concours de son aile la plus conservatrice
Visiblement, le communiqué du Vatican n’a guère convaincu. Les titres de la presse mexicaine sont éloquents: " Intrigue au Vatican», «préoccupante mutation épiscopale», «désillusion»… Au Chiapas, note le correspondant local du quotidien français «La Croix», les réactions sont plus vives encore. Les communautés indigènes ne cachent pas leur tristesse. «L’Eglise locale étant l’une des rares forces d’équilibre dans la région, on peut craindre une recrudescence de la violence contre les communautés indigènes», affirme le correspondant du journal catholique français.
Le nonce apostolique à Mexico, Mgr Mullor Garcia, a beau assurer que le transfert de Mgr Vera «n’a rien à voir avec le soulèvement zapatiste», et plusieurs évêques expliquer que le temps de l’Eglise n’est pas celui de la politique, écrit «La Croix», une partie de l’opinion mexicaine «dénonce une alliance contre nature avec un gouvernement qui, au Chiapas, n’hésite pas à fermer des églises ou à expulser des prêtres et des religieux».
Le journal précise: «Beaucoup pensent, en fait, qu’il y a eu un coup de force visant à déconsidérer Mgr Vera Lopez au Vatican. Tout au long de 1999, certains évêques, encouragés par le gouvernement du Chiapas, les oligarchies économiques et politiques, ont orchestré les accusations. «Et de citer les noms les archevêques de Mexico, le cardinal Roberto Rivera, de Guadalajara, le cardinal Juan Sandoval, de Merida, Mgr Emilio Berlie, et d’Oaxaca, Mgr Hector Gonzalez, ainsi que le porte-parole de l’épiscopat, Mgr Onesimo Cepeda, tous des proches de l’ancien nonce, Mgr Girolamo Prigione.
«Reprise en main» des cinq ténors de l’épiscopat
Mgr Prigione, aujourd’hui retiré en Italie, était très lié à l’ancien président Salinas et à son Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) – certains écrivaient d’ailleurs son nom… P.R.I.-gione -, avec lesquels il avait négocié la reconnaissance de l’Eglise par le gouvernement mexicain (1992). C’est lui qui, après avoir tenté vainement d’obtenir la démission de Mgr Ruiz, lui avait imposé un coadjuteur avec droit de succession. Lequel n’était autre que Mgr Vera Lopez, aujourd’hui éloigné à son tour.
Selon «La Croix», les cinq évêques qui ont obtenu ce départ ont entamé «une reprise en main» de l’Eglise mexicaine avec l’appui des Légionnaires du Christ, une Congrégation fondée en 1941 par le Père Marcial Degollado Maciel, qui en est le supérieur général, et dont plusieurs prêtres ont été ordonnés le 2 janvier par le pape. «Il affronte donc, ouvertement sur sa gauche, écrit le journal, les derniers bastions de la théologie de la libération dont Mgr Vera Lopez et Mgr Ruiz seraient l’expression. La polémique que soulève la nomination de Mgr Vera Lopez est donc très embarrassante car elle renforce l’idée d’une convergence de vues, pour ne pas dire une connivence, entre une partie de l’épiscopat et le gouvernement mexicain sur la question de la crise au Chiapas».
Mgr Vera : une expérience tellement riche
Et Mgr Vera Lopez, qu’en pense-t-il ? «La Croix» le lui a demandé. Ce dominicain de 55 ans, ingénieur chimiste de formation, obéira au pape. «J’ai accepté d’être évêque avec tout ce que comprend cette responsabilité. Nous avons la charge d’un diocèse mais aussi l’obligation de servir l’Eglise». Son expérience comme évêque de Ciudad Altamirano, dans la région du Guerrero, où a été attaqué à deux reprises par des paramilitaires pour s’être intéressé de trop près au problème des narcotrafiquants, lui ont appris que les problèmes du Chiapas «ne sont pas des problèmes locaux, ils se posent à un niveau beaucoup plus large, celui d’une structure économique internationale profondément injuste».
Mgr Vera ignore les raisons de son transfert, mais il ne pense pas être désavoué pour son engagement aux côtés des Indiens du Chiapas, avec Mgr Ruiz. Lundi 3 janvier, Mgr Vera a été reçu par Jean Paul II. (apic/cx/cip/mex/pr)
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