Le problème socio-politique du Chiapas est encore aggravé par l’ »affaire Lopez », l’évêque du Chiapas que tout le monde s’attendait à voir prendre la succession de Mgr Ruiz. Trop proche à son tour des Indios et de l’évêque démissionnaire Ruiz – pour raison d’âge – Mgr Lopez, pourtant coadjuteur, a été déplacé. Et de l’avis des observateurs en place au Mexique, le coup semble bien mal ressenti. Et ce n’est pas l’intervention de l’archevêque de Mexico, le cardinal Roberto Rivera, qui calmera les esprits. Lui qui, en début de semaine, mettait au défi l’EZLN de prouver sa bonne foi pour la recherche d’une solution de paix. « Alors qu’il ne demandait rien au gouvernement, corrompu à souhait, d’en faire pour le moins autant. Ce même gouvernement qui méprise pourtant les accords de San Andrès. Et viol impunément les droits de l’homme. On a le sentiment de deux poids et deux mesures », estime-t-on au secrétariat des droits des indigènes, à Mexico.
Déjà bouillonnante, la situation qui se dégrade de jour en jour dans cette région pauvre parmi les pauvres, menace de bouillir davantage encore. De s’envenimer en raison de décisions mal pesées, mal jaugées. Où l’absence de sensibilité à l’égard des revendications des sans terre semble l’emporter au profit des intérêts économico-politico-militaires du pouvoir. Qui a trouvé auprès de certaines personnalités de l’Eglise mexicaine des alliés inespérés.
Et le transfert sur le siège de Saltillo de Mgr Vera Lopez, coadjuteur avec droit de succession de Mgr Samuel Ruiz à San Cristobal de las Casas, dans la très sensible région du Chiapas, n’est pas fait pour arranger les choses. Au contraire, avec les vagues que la décision provoque. Cela malgré l’assurance donnée par le Saint-Siège, dans un communiqué tout à fait inhabituel, que son départ « ne diminuera certainement pas l’engagement de l’Eglise en faveur de la paix civile et de la promotion spirituelle et humaine de toutes les composantes de la population du Chiapas ».
Visiblement, le communiqué du Vatican n’a guère convaincu. Les titres de la presse mexicaine sont éloquents: « Intrigue au Vatican », « préoccupante mutation épiscopale », « désillusion »… Au Chiapas, note pour sa part le correspondant local du quotidien français « La Croix », les réactions sont plus vives encore. Les communautés indigènes ne cachent pas leur tristesse. « L’Eglise locale étant l’une des rares forces d’équilibre dans la région, on peut craindre une recrudescence de la violence contre les communautés indigènes », affirme le correspondant du journal catholique français.
Le journal précise: « Beaucoup pensent, en fait, qu’il y a eu un coup de force visant à déconsidérer Mgr Vera Lopez au Vatican. Tout au long de 1999, certains évêques, encouragés par le gouvernement du Chiapas, les oligarchies économiques et politiques, ont orchestré les accusations. « Et de citer les noms les archevêques de Mexico, le cardinal Roberto Rivera, de Guadalajara, le cardinal Juan Sandoval, de Merida, Mgr Emilio Berlie, et d’Oaxaca, Mgr Hector Gonzalez, ainsi que le porte-parole de l’épiscopat, Mgr Onesimo Cepeda, tous des proches de l’ancien nonce, Mgr Girolamo Prigione.
Mgr Prigione, aujourd’hui retiré en Italie, était très lié à l’ancien président Salinas et à son Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) – certains écrivaient d’ailleurs son nom… P.R.I.-gione -, avec lesquels il avait négocié la reconnaissance de l’Eglise par le gouvernement mexicain (1992). C’est lui qui, après avoir tenté vainement d’obtenir la démission de Mgr Ruiz, lui avait imposé un coadjuteur avec droit de succession. Lequel n’était autre que Mgr Vera Lopez, aujourd’hui éloigné à son tour.
Selon « La Croix », les cinq évêques qui ont obtenu ce départ ont entamé « une reprise en main » de l’Eglise mexicaine avec l’appui des Légionnaires du Christ, une Congrégation fondée en 1941 par le Père Marcial Degollado Maciel, qui en est le supérieur général, et dont plusieurs prêtres ont été ordonnés le 2 janvier par le pape. « Il affronte donc, ouvertement sur sa gauche, écrit le journal, les derniers bastions de la théologie de la libération dont Mgr Vera Lopez et Mgr Ruiz seraient l’expression. La polémique que soulève la nomination de Mgr Vera Lopez est donc très embarrassante car elle renforce l’idéée d’une convergence de vues, pour ne pas dire une connivence, entre une partie de l’épiscopat et le gouvernement mexicain sur la question de la crise au Chiapas ». (apic/pr)
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