Luc Montagnier: Globalisons la lutte contre le Sida !
Rome, 7 janvier 2000 (APIC) «Il n’y a pas que la globalisation économique, il y a aussi la globalisation des germes des maladies», a déclaré à l’agence missionnaire Fides (Vatican) le Prof. Luc Montagnier, le savant français qui a découvert le virus HIV (sida). En conséquence, la lutte contre le sida «doit être menée dans tous les pays, sinon la maladie ne sera jamais vaincue».
D’après les données de la «World Foundation AIDS Research and Prevention», présidé par le professeur Montagnier, les deux tiers des malades vivent en Afrique. La recherche, considérée comme un luxe en Occident, est essentielle pour faire face au problème, souligne-t-il. Il faut donc faire passer les connaissances vers le Sud du monde, et c’est la raison pour laquelle sa fondation a ouvert un Centre à Abidjan, en Côte-d’Ivoire, et il collabore avec celui qui a été ouvert à Maputo par la Communauté «Sant’Egidio». La fondation étudie la possibilité d’en ouvrir un autre dans un pays du sud-est asiatique. «Ou bien l’on combat cette maladie partout, ou bien on perd», plaide le savant français.
Pour la seule année 1999, 5’600’000 personnes ont été atteintes par le virus. La majorité d’entre elles – c’est-à-dire 3’800’000 en Afrique et 1’300’000 en Asie -, sont touchées dans les pays pauvres, alors qu’il y a eu 30’000 personnes contaminées en Europe et 44’000 en Amérique du Nord. A l’échelon mondial, le sida vient en quatrième position pour les maladies mortelles; mais il vient en première position en Afrique.
Quelles stratégies adopter? «Tout d’abord, il faut augmenter la recherche sur place, répond Luc Montagnier: à Abidjan, nous nous sommes aperçus qu’à la vue des conditions dans lesquelles vivent les gens, la perspective changeait. En Occident, un traitement coûte 12’000 dollars par an, et la thérapie est administrée pendant des années et plusieurs fois par jour. On ne peut pas proposer les traitements européens en Afrique. Il faut élaborer des adaptations aux conditions africaines; la prévention maternelle au niveau du foetus, qui se fera au Mozambique, peut contribuer à sauver une génération. En outre, il faut insister sur les thérapies complémentaires pour soutenir des organismes déjà très affaiblis. «
Tout cela n’est pas possible sans la coopération des gouvernements des pays. «Sans l’accord et sans le soutien des autorités locales, on peut faire peu de choses, confirme le savant. La lutte contre le sida doit être menée en y englobant les efforts des pays proches des régions les plus fortement touchées. Il faut en outre des financements pour former des chercheurs sur place, pour créer des centres de dépistage et de soin. Les gouvernements africains savent désormais que le sida est une cause de déstabilisation intérieure parce qu’il frappe les personnes jeunes et détruit ainsi le tissu social et économique». (apic/cip/pr)
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