France: Les évêques lancent un ouvrage valorisant le respect de la création
Paris, 13 janvier 2000 (APIC) Prenant acte que « le XXIe siècle devra être celui du combat contre la pénurie d’eau potable, l’effet de serre, la désertification, le déficit alimentaire et les multiples formes de pollution », les évêques de France, à travers un petit ouvrage intitulé « Le respect de la création », invitent les chrétiens à faire face à ces grands défis. Notamment en révisant leurs comportements individuels de consommateurs et de prédateurs. Et par la même occasion, en repensant la théologie de la création.
Les évêques de France patronnent la sortie de cette brochure en voulant faire rimer écologie et respect de la création. Mgr Olivier de Berranger, président de la Commission sociale des évêques, et Jean-Pierre Ribaut, de la Commission « Sauvegarde et gérance de la création » de Pax Christi-France, viennent de présenter à la presse les grandes lignes maîtresses de cet ouvrage.
A terme, le catholicisme doit dépasser des positions étroitement anthropocentriques héritées des Grecs qui ont conduit à exploiter la terre sans retenue et sans vergogne. « L’accent a été mis, dès saint Augustin, sur la théologie de la rédemption, au détriment de la théologie de la création, désormais appelée à une sérieuse revalorisation. A partir de ce travail, on pourra dégager une éthique et une spiritualité de la création », nuance le Père René Coste, ex-président de Pax Christi-France.
Indépendamment des soubassements anthropologiques de la situation critique actuelle, les évêques de France se rallient au concept de développement durable et au principe de précaution. « Il ne s’agit pas de remettre en cause le progrès mais bien de faire en sorte qu’il ne nuise pas à l’avenir de nos enfants », commente Mgr de Berranger. Et de se référer aux sommets mondiaux sur l’environnement de Stockholm et de Rio de Janeiro ainsi qu’aux rencontres oecuméniques européennes de Bâle et de Graz centrées sur le respect de la création.
Biologiste de formation, Jean-Pierre Ribaut dénonce « la logique productiviste, la logique du toujours plus et la logique du court terme face auxquelles les Eglises – à part quelques Eglises protestantes – ont jusque là été très muettes ». En aparté, Mgr Jacques Noyer, l’un des membres de la commission sociale de l’épiscopat, admet : « Nous aurions du réagir dès la rencontre de Bâle, qui avait eu un écho profond auprès de beaucoup d’entre nous ».
Mieux vaut tard que jamais : dorénavant l’Eglise catholique de France compte mobiliser ses troupes sur la défense de la création, via la catéchèse et les mouvements d’action catholique. Elle envisage en outre de célébrer une journée chrétienne de l’environnement, dont la date serait choisie entre le premier dimanche de septembre et le 4 octobre, fête de François d’Assise. Autre proposition : créer une commission « protection de l’environnement »
au sein de la Conférence des évêques et développer des antennes diocésaines, voire paroissiales.
Mobilisation positive contre l’OMC à Seattle
En quoi la mobilisation de l’Eglise peut-elle avoir un impact politique et économique ? Jean-Pierre Ribaut évoque la force de l’opinion publique. Pour preuve, « la mobilisation très positive de la société civile à la conférence de l’OMC à Seattle pour dire haut et fort qu’il faut repenser le devenir humain » Ou encore l’effet dissuasif pour les entreprises du boycott de tel ou tel de leur produit.
Cette déclaration des évêques sur le respect de la création ne fait-elle pas trop peu cas de la rapacité et du cynisme des acteurs économiques, à commencer par ceux impliqués dans la dernière marée noire ? Mgr de Berranger répond qu’il n’est pas du ressort de la Commission sociale de polémiquer. Sans oublier de rappeler que Mgr Pierre Molères, au nom du Comité épiscopal de la mission en monde maritime, a dénoncé « l’irresponsabilité de certains détenteurs de la finance et du commerce international qui transforment ce secteur de l’économie en un marché juteux, et parfois mafieux. Et les plus vulnérables en font les frais ». Et de s’interroger sur le bien-fondé de l’incarcération du capitaine du pétrolier « Erika » : coupable ou bouc émissaire ? (apic/jcn/ba)
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