Entrer – avec la Bible – dans le 3ème millénaire
Fribourg, 16 janvier 2000 (APIC) Grande première œcuménique à Fribourg: dans le but d’entrer du bon pied dans le 3ème millénaire, les communautés chrétiennes fribourgeoises francophones et alémaniques ont décidé de le faire ensemble … « avec la Bible ». A la veille de la traditionnelle semaine pour l’unité des chrétiens, elles se sont toutes rassemblées pour présenter la grande exposition « La Bible en Suisse » organisée en collaboration avec la Société Biblique Suisse.
Plus d’une centaine de fidèles de diverses confessions, étudiants en théologie, religieuses, prêtres, pasteurs, professeurs, personnalités politiques et responsables de toutes les Eglises et communautés chrétiennes fribourgeoises se sont réunis vendredi au Temple réformé pour le vernissage de l’exposition « La Bible en Suisse » qui se tient du 15 au 30 janvier dans les locaux sous le Temple. Le « plus grand best-seller de l’humanité », traduit aujourd’hui en 2’000 langues de tous les continents sera à l’honneur jusqu’à la fin du mois à Fribourg.
Aux racines de la civilisation européenne
Les Eglises évangélique réformée, catholique romaine, orthodoxe et les diverses communautés évangéliques libres ont rappelé à cette occasion que la Bible n’est pas seulement le fondement de leur foi commune, mais également un élément déterminant de la culture judéo-chrétienne européenne et de l’histoire de la Suisse, dont les premières traces d’évangélisation remontent au IVème siècle.
L’exposition (d’abord conçue pour le 700ème anniversaire de la Confédération) présente en effet plus d’un millénaire d’histoire de la Bible et de ses textes en différentes langues. Elle est enrichie de documents et de photographies, du scriptorium médiéval jusqu’aux traductions modernes de la Bible. Elle illustre la progression et la propagation de la Bible en Suisse selon un découpage historique partant de la première évangélisation du pays, en passant par le Moyen Age, l’époque de la Réforme, le XIXème (genèse des sociétés bibliques), le XXème siècle (traductions interconfessionnelles de la Bible) pour finir à l’ère d’Internet.
Incunables provenant des grands monastères de Suisse (la Bibliothèque de l’Abbaye de Saint-Gall était considéré vers l’an mil comme l’une des plus grandes de la chrétienté), copie de la fameuse presse de Gutenberg – le visiteur pourra s’essayer à imprimer un texte biblique selon la technique du XVème siècle ou s’exercer à la calligraphie des moines copistes – jusqu’à la possibilité de surfer sur Internet, tout est fait pour inviter les visiteurs à une approche active.
Cette exposition se veut en effet à la fois didactique et ludique, car des activités ont été organisées spécialement pour les jeunes et les enfants, notamment avec la participation du théâtre de Guignol. Les enfants de 10 à 16 ans, invités à un concours de dessin, peuvent espérer gagner une semaine de neige au Simplon. Quatre vitrines du centre ville ont offert un espace parallèle conçu par le professeur fribourgeois Othmar Keel et l’Institut « Bible et Orient », notamment sur les « Animaux de la Bible dans l’Orient ancien » (voir encadré). L’invitation à apporter des vieilles Bibles adressée aux Fribourgeois a d’ores et déjà rencontré un vif succès. Tandis que la récitation par Jean-Luc Bideau du texte de l’Ecclésiaste, avec des interludes musicaux de Bach et de M. Reger par le violoncelliste François Guye, a emporté l’adhésion du public. Pour cet unique spectacle, le comédien a fait salle comble samedi soir à l’Aula du Collège Saint-Michel.
Une invitation à l’action
La Bible n’est certes pas une relique poussiéreuse et stérile rangée au dernier rayon de la bibliothèque; elle est bel et bien une invitation vivante à changer la vie. Elle continue à inspirer de nombreux combats pour la justice, la défense de la dignité humaine et des droits humains. Certes, de nombreux conflits et déchirements sanglants ont éclaté en arguant de la Bible, mais cela ne signifie de loin pas que son histoire puisse se résumer à de telles déviations. Ainsi nombre d’œuvres d’entraide, d’organisations sociales, de mouvements de solidarité et d’expressions culturelles et artistiques tirent encore aujourd’hui leurs racines de la Bible. La connaissance des valeurs bibliques et la lecture de la Bible ont contribué dans l’histoire au processus de démocratisation et ont préparé le terreau aux droits de l’homme.
La Bible, à la racine de l’unité des chrétiens
Au nom de l’Eglise catholique, le vicaire épiscopal Jacques Banderet a rappelé ces mots de saint Jérôme, le traducteur de la Bible dans la langue vernaculaire de l’époque, le latin: « Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ ». Il a déploré l’époque où l’Eglise catholique cherchait à occulter les Ecritures au peuple, en rappelant que la Bible est la racine même de l’unité, un immense patrimoine commun à toutes les familles chrétiennes.
Il n’y a pas si longtemps, venaient d’ailleurs de rappeler les participants à la table ronde « La Bible, un livre à plusieurs entrées », on se battait encore au nom de la Bible. Aujourd’hui, a rappelé Regula Strobel, beaucoup reste à faire, la Bible ayant d’abord été écrite par des hommes, qui pensent et interprètent différemment. Pour la théologienne féministe catholique, les textes de la Bible sont souvent pour les femmes « à la fois pain et pierre », car elles s’y retrouvent à certains endroits traitées comme des objets et non comme des sujets. Dans l’histoire, la Bible a exercé une double influence, a-t-elle expliqué.
Instrument de libération (comme l’a aussi souligné le professeur Mariano Delgado, en rappelant que la parole de Dieu est un appel à la conversion, comme le montre l’exemple de saint Augustin ou le combat de Barthélemy de las Casas, défenseur des Indiens), elle a aussi été utilisée comme ferment d’antijudaïsme ou pour justifier l’esclavage ou la position inférieure de la femme dans la société. Malgré l’utilisation ambivalente des textes bibliques dans l’histoire, le bilan global est incontestablement positif comme on le voit dans l’éthique de la famille et du mariage ou la protection de la dignité humaine, notamment des plus faibles, a relevé pour sa part le professeur Delgado, spécialiste de l’histoire de l’Eglise.
Président du Conseil synodal de l’Eglise réformée du canton de Fribourg, le pasteur Daniel de Roche a lui aussi tenu à montrer la couleur: « Même si d’autres ne partagent pas forcément mon opinion, j’affirme que pour moi, le Christ est le centre de l’Etat ». Cette forte conviction a été reprise par conseiller d’Etat Augustin Macheret. Le chef de l’Instruction publique du canton de Fribourg avait fait le déplacement pour saluer l’initiative des Eglises chrétiennes fribourgeoises, soutenue également par la communauté juive représentée au vernissage par le ministre du culte israélite L. Elkaim. L’occasion pour le responsable des écoles fribourgeoises de rappeler « le rôle central joué par la Bible dans notre histoire, notre culture, notre art de vivre ».
Le conseiller d’Etat Macheret déplore « l’analphabétisme biblique et religieux » contemporain
Si la Bible peut être un livre difficile, « cela ne justifie pas encore l’analphabétisme biblique et religieux de beaucoup de monde en cette fin de XXème siècle, en particulier dans les jeunes générations ». Le conseiller d’Etat a tenu à souligner toute l’importance de l’enseignement biblique dans les écoles, reconnue désormais même par les plus farouches défenseurs de l’école laïque. Ils n’y sont plus opposés, peut-être par crainte d’un nouvel obscurantisme ou de dérives spirituelles tragiques. La connaissance de ce patrimoine est
également nécessaire pour les personnes venant d’un autre horizon culturel et religieux, « car elles ont le droit de connaître les racines de la société qui les accueille ». Cette connaissance est de toute façon indispensable pour la compréhension d’un grand nombre d’œuvres artistiques anciennes et contemporaines, dans le domaine des beaux-arts, de la littérature, de la musique ou du cinéma. « L’élève privé d’un minimum de savoir biblique risque bien d’errer sans repères dans son propre environnement, d’être dépourvu d’une sève qui aide à grandir », a-t-il lancé lors du vernissage de l’exposition. Et d’inviter les classes d’école fribourgeoises à venir nombreuses visiter cette riche exposition. (apic/be)
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