Medjugorje: Document publié par l’épiscopat français

APIC- Dossier

« Y a-t-il une position autorisée et officielle de l’Eglise? »

Paris, 17 janvier 2000 (APIC) « Y a-t-il une position autorisée et officielle de l’Eglise concernant les faits qui motivent les pèlerinages à Medjugorje? ». La question, posée à la dernière Assemblée des évêques de France, a fait l’objet d’une réponse écrite de Mgr Henri Brincard, évêque du Puy-en-Velay, chargé d’accompagner l’Association des oeuvres mariales.

Sa réponse, très circonstanciée, vient d’être publiée par le Secrétariat de l’épiscopat français. Mgr Brincard, qui ne cache pas « les fruits douteux ou même mauvais » des faits de Medjugorje, s’en remet à l’avis – négatif – de l’évêque de Mostar. Et si les pèlerinages privés sont autorisés, il en relève l’ambiguïté et préfère, pour sa part, favoriser dans son diocèse « un vrai renouveau de la piété mariale ».

La première partie du document rappelle que, selon les normes de l’Eglise en vigueur relatives au discernement des révélations privées, qui datent de 1978, les autorités ecclésiales compétentes sont l’ordinaire du lieu, la Conférence épiscopale locale et la Congrégation pour la doctrine de la foi à Rome. C’est à l’ordinaire du lieu qu’il « appartient au premier chef d’enquêter et d’intervenir » – d’où l’enquête diligentée, de 1982 à 1986, par Mgr Pavao Zanic, évêque de Mostar.

La Conférence épiscopale peut être amenée à intervenir si l’ordinaire du lieu recourt à elle ou si le fait concerne aussi la région ou la nation, « moyennant le consentement préalable de l’ordinaire du lieu ». Ce ne fut pas le cas: c’est « sur proposition de la Congrégation pour la doctrine de la foi », indique Mgr Brincard, que Mgr Zanic a accepté que l’étude du dossier soit confiée à la Conférence épiscopale yougoslave, le retentissement de « l’événement » dépassant largement les limites de son diocèse.

Le vote négatif de la commission

Quant à la Congrégation pour la doctrine de la foi, seul dicastère du Saint-Siège habilité à intervenir au nom du pape (qui s’’en abstient dans ce genre d’affaire), son intervention peut être requise soit par l’ordinaire, soit par un groupe qualifié de fidèles. Une fois encore, Mgr Zanic n’a pas sollicité l’intervention du dicastère, qui a par ailleurs « apprécié le travail accompli par la commission diocésaine sous la responsabilité de Mgr Zanic ». Le 2 juin 1982, Mgr Zanic a soumis un premier rapport à la Congrégation et, le 26 avril 1986, il a remis à son préfet, le cardinal Ratzinger, un projet de jugement négatif. Le cardinal, explique Mgr Brincard, « demande alors de surseoir à la publication d’un jugement définitif ».

Le 2 mai 1986, la commission d’enquête vote, à bulletin secret, à 11 voix contre 4, contre la reconnaissance du caractère surnaturel des faits. En même temps, ayant conclu ses travaux, elle accepte sa dissolution, l’affaire étant désormais remise à Rome. Le 15 mai 1986, Mgr Zanic transmet à la Congrégation l’appréciation négative de la commission.

Il n’est donc pas exact d’affirmer que Mgr Zanic a été dessaisi dudossier, souligne Mgr Brincard. Par ailleurs, si le fait « affecte une large portion de l’Eglise », la Congrégation n’est pas intervenue de son propre chef. C’est Mgr Franic, archevêque de Split, qui, le 17 avril 1985, lors de l’assemblée plénière de l’épiscopat yougoslave, prie l’évêque de Mostar de « vérifier les faits de Medjugorje, en acceptant aussi l’aide du Saint-Siège et des personnes compétentes à l’étranger pour agir conformément à la maxime ’cum Petro’ et ’sub Petro’ ». La Congrégation charge alors la Conférence épiscopale de Yougoslavie de reprendre le dossier, avec l’aide d’une nouvelle commission. Les travaux de cette commission aboutiront à la « Déclaration de Zadar », du 10 avril 1991.

Les jugements des autorités ecclésiales compétentes

Jusqu’à ce jour, seuls les évêques de Mostar – Mgr Zanic, puis Mgr Peric -, ainsi que la Conférence épiscopale yougoslave (dissoute de facto par la partition du pays après la guerre) ont exprimé un jugement sur les « faits » de Medjugorje. En revanche, jamais la Congréégation pour la doctrine de la foi n’a émis de jugement officiel. Elle a seulement donné des indications d’ordre pastoral.

Les évêques de Mostar ont rendu des jugements « personnels », qui sont négatifs. Ils sont intervenus au terme d’enquêtes officielles longues et laborieuses, dont plusieurs éléments ne sont pas connus de Mgr Brincard. Mais l’évêque français remarque que jamais la Congrégation pour la doctrine de la foi n’a formulé la moindre réserve à l’encontre de ces jugements quand ils ont été publiés. Compte tenu de l’autorité que cette congrégation reconnaît « au premier chef » à l’ordinaire du lieu en matière de discernement et d’intervention, « il ne serait pas sage, dit-il, de prendre à la légère ce qu’ont dit les évêques successifs du diocèse de Mostar-Duvno ».

Le jugement de la Conférence épiscopale yougoslave, dans la déclaration dite « de Zadar », datée du 10 avril 1991, était un jugement provisoire réservé, formulé ainsi: « Sur la base des investigations menées jusqu’ici, il n’a pas été possible d’étalir qu’il s’agisse d’apparitions ou de révélations surnaturelles ». Mgr Brincard constate: « La disparition de la Conférence épiscopale yougoslave n’a pas permis à celle-ci de poursuivre ses investigations. Mais le fait qu’en 1991, dix ans après le début des événements, aucun élément décisif en faveur d’une possible origine surnaturelle des apparitions n’ait pu être mis en évidence, souligne non seulement la complexité du dossier, mais amène aussi à supposer qu’il y avait encore à l’époque des questions importantes laissées sans réponse ».

Depuis février 1999, la Conférence épiscopale de Bosnie-Herzégovine a reçu de la Congrégation pour la doctrine de la foi la tâche de se prononcer définitivement, après une nouvelle et dernière enquête. A l’heure actuelle, cette conférence ne s’est pas prononcée.

La question des pèlerinages

Mgr Brincard le rappelle: Rome renvoie toujours in fine à l’autorité et à la compétence de l’ordinaire du lieu. Ce fut le cas pour les faits de Beauraing et de Banneux : les évêques de Namur et de Liège, dépossédés un moment du pouvoir de se prononcer, au profit du cardinal Van Roey, à qui était confié l’ensemble du dossier sur les « apparitions belges » de 1932-1934, ont finalement obtenu la faculté de porter un jugement positif sur les faits survenus dans leur diocèse, malgré l’opinion demeurée très négative du primat de Belgique et de la commission que celui-ci avait instituée.

Dans le cas de Medjugorje, la Congrégation pour la doctrine de la foi n’est intervenue que sur le plan pastoral. Les actes officiels sont très rares. Mgr Brincard en signale trois. Le 23 mai 1985, Mgr Bovone, secrétaire du dicastère, demande aux évêques italiens de « décourager publiquement l’organisation de pèlerinages au susdit centre d’apparitions, ainsi que tout autre forme de publicité, spécialement éditoriale ». En 1996, dans deux interventions successives, Mgr Bertone, son successeur, rappelle à deux évêques français que le culte n’est pas autorisé. Le 26 mai 1998, Mgr Bertone renvoie un autre évêque français à la déclaration de Zadar, en précisant que « ce n’est pas l’usage du Saint-Siège d’assumer, en première instance, une position propre vis-à-vis de supposés phénomènes surnaturels ». Il ajoute, concernant « les pèlerinages à Medjugorje qui se déroulent de manière privée », qu’ils sont « permis à condition qu’ils ne soient pas considérés comme une authentification d’événements en cours qui demandent encore un examen par l’Eglise ».

Mgr Brincard reconnaît qu’il n’est pas aisé d’appliquer fidèlement cette recommandation. « Comment, en effet, demande-t-il, organiser un pèlerinage privé sans qu’il soit motivé par la conviction que les faits de Medjugorje sont d’origine surnaturelle? Dès lors que cette conviction est à l’origine du pèlerinage, ce dernier ne devient-il pas de facto « une authentification d’événements en cours et qui demandent encore un examen par l’Eglise » ? C’est bien cette difficulté qu’entrevoyaient le cardinal Kuharic et Mgr Zanic dans leur déclaration commune du 9 janvier 1987.

Le critère des fruits

A ce propos, Mgr Brincard fait une remarque liminaire. Il ressort du document publié en 1978 par la Congrégation pour la doctrine de la foi qu’il faut « en premier lieu » juger du fait selon les critères positifs et négatifs et « ensuite, si cet examen s’est révélé favorable, permettre certaines manifestations publiques de culte et de dévotion, tout en poursuivant sur les faits une investigation d’une extrême prudence (ce qui équivaut à la formule : pour l’instant, rien ne s’y oppose) ». L’examen des faits doit, par conséquent, précéder celui des fruits, commente Mgr Brincard. Lorsque cet ordre n’est pas respecté, des erreurs d’appréciation peuvent se produire.

Si on examine les faits de Medjugorje à la lumière des fruits, que constate-t-on ? « Il est tout d’abord indéniable, écrit l’évêque du Puy, qu’il se produit à Medjugorje des retours à Dieu et des guérisons « spirituelles ». Il n’est pas moins évident que la vie sacramentelle y est régulière et la prière fervente. On ne saurait nier ces bons fruits « in situ ». Il faut même beaucoup s’en réjouir. Mais peut-on dire qu’ils continuent dans nos paroisses ? Question difficile, car il faut malheureusement constater que la susceptibilité, voire l’agressivité, de certains partisans de Medjugorje à l’égard de ceux qui ne partagent pas leur enthousiasme est telle qu’elle suscite, ici et là, de sérieuses tensions portant atteinte à l’unité du peuple de Dieu.

Enfin, il est opportun de se demander, écrit Mgr Brincard, si les faits de Medjugorje ont produit de bons fruits chez les visionnaires qui, au moins pendant la durée des « apparitions », doivent être par leur vie les premiers témoins de la grâce dont ils disent bénéficier. Il en résulte qu’il convient de se poser les questions suivantes: « Ont-ils obéi à l’évêque de Mostar ? L’ont-ils respecté ? » Pour l’évêque français, « de telles questions et d’autres encore font habituellement partie d’une enquête sérieuse sur un fait d’apparitions. Pour que l’enquête aboutisse à une conclusion solide, il est nécessaire que ces interrogations fondamentales reçoivent une réponse claire et objective ».

Plus sévère: « On voudrait passer sous silence les fruits douteux ou même mauvais. Mais la vérité oblige à dire qu’ils existent. Citons, à titre d’exemples la mise en cause, allant jusqu’à la diffamation, de l’ordinaire du lieu ainsi que la désobéissance à l’égard de son autorité légitime; l’exaspération de la « question » d’Herzégovine à la suite de paroles attribuées à « la Gospa », paroles en faveur des franciscains et contre l’évêque ».

Un vrai renouveau de la piété mariale

En conclusion, Mgr Brincard se livre à la réflexion suivante: « Je n’ai aucune autorité pour prononcer le moindre jugement ecclésial sur les faits de Medjugorje. Je suis donc le premier à devoir donner l’exemple de l’obéissance, notamment en respectant les décisions pastorales de mon confrère de Mostar et en obtempérant avec joie à ses souhaits. Je ne vois pas comment je puis me rendre à Medjugorje sans cautionner, par ma seule venue, des faits dont le discernement et l’appréciation relèvent désormais de la Conférence épiscopale de Bosnie-Herzégovine. Une telle caution irait alors à l’encontre d’un enseignement traditionnel de l’Eglise, rappelé dans « Lumen Gentium » et applicable à tous les successeurs des apôtres. (apic/cip/pr)

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