APIC-Dossier
discriminations auxquelles sont exposés les musulmans en Suisse
Les musulmans, deuxième communauté religieuse de Suisse
Berne, 18 janvier 2000 (APIC) Les quelque 200 à 250’000 musulmans qui vivent en Suisse sont exposés à des discriminations et se heurtent parfois à des rejets voire à des obstacles institutionnels pour exercer librement leur culte, s’inquiète la Commission fédérale contre le racisme (CFR).
La CFR a plaidé mardi pour davantage d’ouverture d’esprit de la part du peuple suisse et pour une approche pragmatique des problèmes que pose la présence musulmane en Suisse. A l’instar du compromis qui vient d’être trouvé à Berne pour créer un «carré musulman» dans un cimetière. Pour la CFR, grâce à ce dialogue constructif, une importante étape dans l’intégration de cette minorité a pu être franchie. La CFR se déclare clairement contre l’interdiction généralisée de porter le foulard. Mais les représentants de l’autorité de l’Etat qui ont des rôles symboliques, tels les enseignants, n’ont par contre pas le droit de montrer de quelque façon que ce soit leur appartenance religieuse dans l’exercice de leurs fonctions, concède la Commission fédérale contre le racisme.
De toute façon, il n’y a pas d’alternative à une cohabitation – à souhaiter la plus harmonieuse possible -, «car l’islam est ici, et restera ici», comme le note Hartmut Fähndrich, professeur d’arabe à l’Ecole Polytechnique de Zurich. La présence des musulmans parmi nous fait désormais partie de notre quotidien, souligne la CFR.
L’Islam n’est pas un phénomène nouveau sur notre continent, mais bien que cette religion ait imprégné la culture, la science et l’art de notre pays, elle évoque toujours les guerres de religion, le passé colonial et la peur d’un choc des cultures, comme l’a affirmé de façon caricaturale le professeur américain d’Harvard Samuel Huntington, dans son ouvrage controversé «Clash of Civilizations». Cette vision «guerrière» des relations entre les cultures occidentales et islamiques ne voit pas seulement le problème fondamental pour l’Occident dans le fondamentalisme islamique, mais dans l’islam lui-même.
Représentant, après la communauté chrétienne, la plus importante communauté religieuse de Suisse, les musulmans (qui sont aujourd’hui au moins dix fois plus nombreux que dans les années 1970) sont souvent victimes de préjugés et d’hostilité et font souvent l’objet de débats et de controverses au sein de la population – «vite repris la les médias», souligne la CFR – lorsqu’il est question par exemple de construire un cimetière conforme aux prescriptions du Coran ou dans les fameuses affaires de «voile islamique».
Les médias véhiculent une image négative de l’islam
Dans sa revue «Tangram», dont le dernier numéro présenté mardi à Berne est consacré aux musulmans en Suisse, la CFR remarque que l’image que donnent les médias de l’islam en général et des musulmans en particulier, est plutôt négative. Pour Patrick Haenni, spécialiste de l’islam (Caire et Institut d’Etudes Politiques, Paris), les musulmans sont dans nos sociétés «au mieux une étrangeté, au pire une menace, certainement pas une part de nous-mêmes; le dernier (mal-)venu dans le paysage religieux suisse, l’islam, n’a pas bonne presse. Le spectre des ’fous de Dieu’, de l’intégrisme et du repli ’communautaire’ symbolisé par le voile islamique continue à hanter notre imaginaire, faisant violence à un fait social autrement plus pluriel et nuancé.»
Abordant ce traitement unilatéral de l’islam par une bonne partie des médias, le pasteur genevois Jean-Claude Basset affirme que le fait est d’autant plus patent que l’on n’assiste à rien de semblable à l’endroit du bouddhisme et des boudhistes, dont la présence et l’influence ne cessent de croître, en Suisse comme en Europe. Sous la plume de ce spécialiste de l’islam – il est aussi président de la Plateforme Interreligieuse de Genève -, on peut lire que 95% des prescriptions islamiques sont parfaitement compatibles avec les lois et les réglementations helvétiques. «Les 5% restants sont susceptibles de trouver une solution acceptable pour toutes les parties», écrit le pasteur genevois, qui a vécu à Téhéran et à Djibouti.
L’anti-islamisme latent, pas un projet délibéré de discrimination
Jean-Claude Basset affirme que l’anti-islamisme latent en Suisse n’est certes pas un projet délibéré de discrimination des musulmans, mais bien une résistance spécifique à l’égard de l’islam et de la communauté musulmane. Cet anti-islamisme s’alimente à deux sources bien distinctes: les membres de courants fondamentalistes chrétiens (il estime à 5% de la population le nombre de ces chrétiens «exclusifs», qui ne sont de loin pas tous protestants) et les partisans d’une laïcité pure et dure. La Commission fédérale contre le racisme, qui se bat contre l’intolérance religieuse, estime que toute personne a le droit de pratiquer sa religion, pour autant que celle-ci ne porte pas atteinte aux droits de la personne humaine et à la Constitution.
La capacité d’entretenir des rapports ouverts et dénués de préjugés avec cette nouvelle minorité que sont les musulmans représente «un test pour notre démocratie et notre société séculière». A l’argument selon lequel «les musulmans pourront espérer être traités sur un pied d’égalité en Suisse lorsqu’il sera possible de construire des églises en Arabie Saoudite», la CFR réplique que «notre démocratie est trop précieuse pour dépendre du comportement de théocraties absolues et réactionnaires.» La CFR considère qu’un Etat laïc est le meilleur garant de la liberté individuelle de culte et de la paix publique. Il est indéniable, pour la Commission, que la société et l’Etat suisses sont fortement imprégnés par la religion chrétienne, «mais nous devons être prêts à vérifier si cette tradition n’a pas des conséquences discriminatoires pour les personnes d’autres religions». Au niveau politique, le débat sur les besoins des musulmans ne doit pas servir d’instrument mais être conduit objectivement. (apic/be)
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