Congo RDC: Vague d’arrestations à Bukavu
Bukavu, 31 janvier 2000 (APIC) Une vague d’incarcérations de représentants importants de la société civile touche le Sud Kivu, dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), qui n’épargnerait pas les missionnaires, les prêtres et des laïcs. C’est ce qu’ont révélé à l’agence missionnaire Misna (Rome) et au Bulletin d’Information Africaine (ANB-BIA) à Bruxelles des sources qui désirent garder l’anonymat.
La série d’arrestations a débuté au cours des jours derniers, suite à la distribution de prospectus invitant à interrompre toute activité professionnelle le 31 janvier, afin de protester contre la situation dans laquelle se trouve la province. Etrangement, les promoteurs de l’initiative ne sont pas connus.
Un fait assez inhabituel pour le Sud Kivu, qui vante une société civile consolidée et coordonnée malgré l’occupation de la part des troupes rwandaises du Rcd (Coalition Démocratique Congolaise) depuis un an et demi, note Misna. Une situation ambiguë qui a amené les citoyens de Bukavu à ne pas sortir de chez eux ce lundi, affirme encore l’agence des Instituts missionnaires italiens. «Plus qu’une adhésion à la «grève», expliquent les sources de Misna, les gens sont restés chez eux de peur de subir des violences ou des abus».
Parmi les personnes arrêtées figurent Patient Bagenda Balagizi, responsable de l’»Anti Bwaki» (»Contre la Pauvreté»), une organisation non gouvernementale très active dans la lutte contre la malnutrition et dans la prise de conscience populaire, et représentant de renom de la société civile du Sud Kivu, ainsi que Ramos Ramazani Musombo, de l’ONG Rafad, et Gustave Lwijire, secrétaire général du Mouvement Xavérien. Tous trois ont été emmenés à l’ANR, l’Agence Nationale de Renseignement, et seraient toujours détenus.
Incitation à la grève
Selon Congosol, une ONG de Palerme (Italie), ce sont douze représentants de la société civile de Bukavu qui ont été arrêtés. D’autres personnalités, une quinzaine environ, sont actuellement recherchées. Interrogés par les épouses des trois personnalités arrêtées sur le motif de leur détention, les fonctionnaires de l’ANR l’ont justifiée par des «motifs d’investigation». Ils affirment avoir trouvé chez eux des tracts invitant à la manifestation de ce 31 janvier contre l’occupation «rwando-ugando-burundaise» dans la province du Sud-Kivu, des tracts qui, selon eux, contiennent une incitation à la grève illimitée et dissuadent de participer à l’effort de guerre. Les personnes arrêtées affirment de leur côté que les tracts ont été placés là par le service de sécurité du RCD lui-même, et surtout que la manifestation envisagée devait être une opération «ville morte», tout à fait pacifique puisqu’elle consiste à appeler les habitants à ne pas sortir de chez eux et à ne pas travailler.
Les sources qui ont alerté Misna et le BIA craignent que «les forces d’occupation ne cherchent (et ne trouvent) tout prétexte pour arrêter, piller ou pire encore». Elles invitent leurs destinataires à tout faire pour «prévenir toute répression contre la population, toute violence contre les personnes arrêtées (torture, déportation, disparition), pour assurer la liberté et l’intégrité aux personnalités recherchées. (apic/cip/pr)
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