Le lancinant problème de la relève

France: Première rencontre internationale de prêtres-ouvriers à Strasbourg

Jean-Claude Noyé, correspondant de l’APIC à Paris

Strasbourg, 1er juin 2001 (APIC) Près de cinq cents prêtres-ouvriers (PO) se retrouvent à Strasbourg du 2 au 4 juin. Parmi eux, 310 Français, mais aussi des Italiens, des Belges, des Allemands et des Espagnols. Quelques-uns viendront également d’Afrique, d’Amérique Latine et d’Asie. Ils échangeront sur des thèmes aussi divers que la mondialisation, l’exercice du ministère, la sécularisation et la précarité. Et s’interrogeront sur leur avenir.

Le problème de la relève est illustré par le fait qu’en France, les deux tiers des PO sont actuellement à la retraite ou en cessation d’activité. Et depuis dix ans, ils attirent chaque année seulement deux nouveaux prêtres en moyenne. Rencontre avec un de ces représentants de l’Eglise qui ont choisi d’être « au milieu des prolétaires ».

Quand on s’adresse à lui en lui donnant du « Père », il vous rétorque : « Ajoutez un « i », ca fera Pierre et je préfère comme cela »! Pierre Couchard se félicite du caractère international de la rencontre de Strasbourg, une première et l’occasion de retrouver des « copains » qu’il n’a pas vus depuis longtemps. Aujourd’hui retraité, il prête ses services au secrétariat national des PO, encore appelé le « Collectif PO ». Lui-même a été prêtre-ouvrier de 1971 à 1992 à Saint Gobain Vitrage, une filiale de Saint Gobain. Il a été un actif militant syndical, délégué du personnel puis délégué et secrétaire syndical de la CGT (Confédération Générale du Travail). Comme la plupart de ses confrères : 48 % sont syndiqués à la CGT, 42 % à la CFDT (Confédération Française Démocratique du Travail). Mais seulement 8,5 % sont engagés au Parti communiste français et moins de 2% au Parti socialiste.

Vocation: au milieu des prolétaires

Pourquoi choisir l’action syndicale plutôt que l’action politique? « Notre vocation est d’être au milieu d’un peuple, ceux qu’on appelait autrefois les prolétaires que l’Eglise ne rejoint pas ou peu. C’est plus facile quand on a un engagement au plan syndical ou comme délégué du personnel, au plus près des réalités. Si j’avais dû m’engager en politique, j’aurais pris des responsabilités. Or on ne peut être à fond sur plusieurs fronts à la fois », souligne Pierre. Le vieillissement des PO? « De fait on reçoit de plus en plus de faire-part de décès. Cela fait drôle… » La relève? « Certains jeunes prêtres veulent bien quitter le ministère traditionnel mais c’est pour s’engager dans le social. Ce n’est pas la même chose que de rejoindre les ouvriers. Il est vrai que les usines se vident de plus en plus. Pour autant, il ne faut pas parler trop vite de la disparition des « masses laborieuses » et l’exploitation, si elle a changé de forme, n’a pas disparu, elle est toujours aussi redoutable. »

Et de regretter que des congrégations religieuses – comme le Prado dont il est l’un des fils – qui ont fourni beaucoup de PO ne mettent plus désormais l’accent sur cet aspect de la mission. « De même, déplore-t-il en souriant, les évêques qui nous estiment se comptent sur les doigts de la main. » Les PO mal-aimés de l’institution ecclésiale? Un paradoxe puisque Eglise catholique a constamment réaffirmé son souci de rejoindre les petites gens. « On peut se demander si elle n’est pas restée sur la ligne d’Albert de Mun, un des premiers théoriciens du catholicisme social pour qui il fallait ramener les ouvriers dans le giron de l’Eglise. Or la démarche des PO est radicalement différente : nous franchissons la porte de l’Eglise pour nous laisser « convertir », à notre tour, par ceux que nous rejoignons. Une perspective radicalement différente que la hiérarchie n’a jamais vraiment acceptée. On me demandait souvent : combien de baptêmes, de mariages avez-vous faits? Je répondais : aucun. Là n’est pas le propos ». Pierre confie un souvenir marquant : l’enterrement d’un PO belge. « J’étais moi-même PO depuis peu. A cet enterrement, nombre d’incroyants et de syndicalistes étaient présents. Il y avait là une qualité de silence et de prise de parole qui m’a bouleversé. Fils d’ouvriers, j’ai eu le sentiment d’être de plain-pied avec mes camardes, avec « mon peuple », alors que ma formation au séminaire m’avait inculqué une éducation bourgeoise qui m’en éloignait. » (apic/jcn/bb)

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