Les «manipulations» des puissances extra-africaines
Bujumbura, 5 juin 2001 (APIC) Les vues superficielles dominent dans la communauté internationale au sujet de la situation au Burundi, estime Mgr Bernard Bududira, évêque de Bururi, dans un entretien accordé à l’Agence Fides à Rome. Le prélat met en cause le Tribunal international sur les crimes de guerre. Il accuse les pays riches d’alimenter les divisions tribales et ethniques, et dénonce les manipulations des puissances extra-africaines.
«Les analyses faites sur le Burundi sont superficielles, parce qu’on ne connaît pas le pays tel qu’il est réellement. Une délégation de l’ONU s’est rendue récemment dans la capitale, Bujumbura, où elle a passé une demi-journée. Comment peut-on prétendre comprendre le pays dans son ensemble?», commente Mgr Bududira à propos des derniers rapports d’experts internationaux, qui décrivent le Burundi comme un pays au bord d’une guerre géénérale.
C’est seulement par une approche régionale que l’on pourra sortir de la guerre du Burundi, tout comme des autres guerres qui affligent ses voisins, relève encore le prélat. Selon lui, les divisions tribales et ethniques sont alimentées par des puissances extra-africaines. «Ce sont elles qui manipulent nos dirigeants politiques comme des marionnettes. Les groupes politiques et économiques internationaux ont tout intérêt à déstabiliser notre pays. Ils se trouvent bien dans une situation de dégradation où ils ont réintroduit l’économie du gouffre : je te donne des armes en échange de diamants ou de bois précieux. Et ils ne paient aucun droit de douane, vu qu’il n’y a pas d’Etat. Ces gens nous ramènent 200 ans en arrière. Les Etats riches sont complices de ces trafiquants. Pourquoi, par exemple, le Tribunal international sur les crimes de guerre, ne les poursuit-il pas?»
Concernant l’appui occidental aux négociations de paix, l’évêque déplore que l’Occident, même quand il est animé de bonnes intentions,a une vision simpliste de la situation des pays africains. Ainsi dans le cas du Burundi :
Mannes détournées
«L’Union Européenne patronne les Accords d’Arusha et paie les dépenses des participants sans s’occuper beaucoup, à ce qu’il paraît, du fait que la plus grande part des partis politiques burundais ne représente que ses propres dirigeants. En réalité, il y a deux partis qui ont une véritable base populaire, alors que le rapport de tous les autres avec la population est plutôt mince, voire même inexistant. Et ainsi, la plus grande partie de nos hommes politiques ont tout intérêt à faire traîner les négociations, afin qu’ils puissent continuer à être payés par les parrains internationaux. Plusieurs d’entre eux, de cette manière, se sont fait construire une maison. Il est inutile en conséquence de financer des initiatives de paix qui n’incluent pas les chefs de la rébellion, les véritables responsables de la guerre».
Et le rôle l’Eglise dans cette situation? «L’Eglise vit près du peuple et défend ses droits, assure Mgr Bududira. Nos prêtres, nos catéchistes et nos laïcs travaillent comme agents de réconciliation, en contribuant à créer un climat de confiance et de solidarité. En travaillant sur le terrain, nous nous sommes rendu compte que la plus grande partie des personnes veulent vivre entre elles dans la concorde. Les membres de l’Eglise ont payé, et paient toujours, un tribut élevé pour cette mission de réconciliation. Les oeuvres de l’Eglise locale (écoles, hôpitaux, réalisations hydriques) sont pour tous, sans distinction d’ethnie. Grâce aussi à cela, nous avons eu un nombre élevé de convertis venus des sectes. Ils ont vu que l’Eglise travaillait pour le bien de tous. A Pâques, nous avons ainsi accueilli, pour le seul Diocèse de Bururi, plus de 1’600 convertis, des jeunes et des couples pour la plupart». (apic/cip/pr)
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